Les femmes rient à la barbe du vice-Premier turc
Sourires et éclats de rires pullulent sur les réseaux sociaux en riposte à une sortie de Bülent Arinç qui a soutenu que les femmes devaient s’abstenir de rire en public.
Le rire est le propre de l’homme. Et de la femme. Depuis la sortie du vice-Premier turc Bülent Arinç qui a soutenu lundi que par décence et pour respecter leur honneur, les femmes feraient mieux de s’abstenir de rire aux éclats en public, la riposte s’organise sur les réseaux sociaux.
« La femme doit être chaste. Elle ne doit pas rire aux éclats devant autrui et ne pas avoir de comportement attirant. Elle doit préserver sa dignité en tout temps », a déclaré le vice-Premier turc lors d’un discours prononcé à l’occasion de célébrations entourant la fin du ramadan. En guise de protestation, de nombreuses Turques ont publié en ligne des photos d’elles en train de s’esclaffer. Sur Twitter, ces clichés sont regroupés sous le mot-clé #kahkaha, qui signifie rire, en turc. Les mots-clés ironiques #direnkahkaha (résister au rire) et #direnkadin (résister aux femmes) sont également très populaires. Des dizaines de milliers de photos contenant ces mots-clés ont été envoyées depuis le début du mouvement, principalement sur Twitter et Instagram.
La vice-présidente de la Commission européenne Neelie Kroes s’est jointe au concert de protestations dans un tweet publié mercredi : « #LOL. je serai à Istanbul en septembre. Et je rirai quand j’en ai envie, merci M. Arinc » .
Bülent Arinç, une des figures de proue du parti Justice et Développement (AKP) au pouvoir, n’a pas pour autant modéré ses propos. Que du contraire. Mercredi, il en a remis une couche, s’attaquant cette fois aux femmes libérées (entendez celles qui partent en vacances sans leur mari) et aux danseuses. Estimant que ses propos sur le rire avaient été sortis de leur contexte, il a précisé ses « principes généraux de morale ». Dans une émission de télé, il a affirmé avoir de la pitié pour certaines femmes : « Il y a des femmes qui partent en vacances sans leur mari et d’autres qui n’arrivent pas à se retenir de grimper sur une barre verticale. Chacun vit comme il veut. Je ne suis pas en colère contre vous, mais j’ai de la pitié pour vous ». Pourquoi cette soudaine attaque en règle contre les femmes émancipées et la « pole dance » ? Il semblerait que le vice-Premier ministre ait réagi à la photo de l’épouse d’un joueur de l’équipe stambouliote de Fenerbahce qui avait publié une photo d’elle sur Instagram, effacée depuis, où elle dansait en avouant ne pas pouvoir résister à une barre verticale…
Prolongeant la campagne de mardi sur Twitter contre les propos de M. Arinc sur le rire des femmes, les internautes ont posté mercredi des photos de leur animal favori grimpant à la barre verticale ou de drapeaux s’envolant à partir de barres verticales.
La tension monte entre le mouvement laïc anti-islamiste et les sympathisants de la mouvance islamique dont est né l’AKP à l’approche de l’élection présidentielle du 10 août. Le poste est brigué par le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, accusé par ses ennemis de vouloir remettre en cause les principes de laïcité sur lesquels s’est bâtie la Turquie moderne depuis la chute de l’Empire ottoman. Une éditorialiste du site Bianet, l’un des sites du mouvement libéral hostile à l’AKP, a commenté les réflexions de M. Arinc en lui conseillant d’aller « arroser ses fleurs » et précisé : « Nous savons très bien quel type de société, de moralité et d’attitude vis-à-vis des femmes vous voulez établir. Nous n’en voulons pas ».
http://www.lesoir.be/613090/article/sty ... emier-turc


