Chiisme, fete l'Achoura
-
apollon
- Sergent Virtuel

- Messages : 597
- Inscription : dim. 22 avr. 2007 08:00
- Contact :
- Status : Hors-ligne
qu est ce que le chiisme?
salut
http://www.dailymotion.com/the_king_of_ ... tie-1_news
http://www.dailymotion.com/the_king_of_ ... e-partie-2
http://www.dailymotion.com/the_king_of_ ... tie-3_news
je ne suis pas d accord avec bcp de points relates dans ce documentaire,mais je crois que c est un debut(surtout pour les personnes qui connaissent pas ce courant/rite islamique) afin de comprendre ce que le chiisme.
ps:j aurais aime qu il y ait un chiite dans le forum pour que le debat soit plus fructueux.
http://www.dailymotion.com/the_king_of_ ... tie-1_news
http://www.dailymotion.com/the_king_of_ ... e-partie-2
http://www.dailymotion.com/the_king_of_ ... tie-3_news
je ne suis pas d accord avec bcp de points relates dans ce documentaire,mais je crois que c est un debut(surtout pour les personnes qui connaissent pas ce courant/rite islamique) afin de comprendre ce que le chiisme.
ps:j aurais aime qu il y ait un chiite dans le forum pour que le debat soit plus fructueux.
-
adonai
- Recrue pour la Paix

- Messages : 17
- Inscription : lun. 31 déc. 2007 08:00
- Twitter : Belgique
- Status : Hors-ligne
Re: qu est ce que le chiisme?
bonsoir.apollon a écrit :salut
http://www.dailymotion.com/the_king_of_ ... tie-1_news
http://www.dailymotion.com/the_king_of_ ... e-partie-2
http://www.dailymotion.com/the_king_of_ ... tie-3_news
je ne suis pas d accord avec bcp de points relates dans ce documentaire,mais je crois que c est un debut(surtout pour les personnes qui connaissent pas ce courant/rite islamique) afin de comprendre ce que le chiisme.
ps:j aurais aime qu il y ait un chiite dans le forum pour que le debat soit plus fructueux.
C'est une excellente idée d'ouvrir ce sujet sur les chiites,c'est vrai que je ne connais que les grandes genéralités de ce courant de l'islam.
Lorsque je lance une recherche sur google je ne tombe que sur des sites sunnites très haineux à leur encontre.
http://chiite.over-blog.com/
Connais tu un site interressant en français? je ne suis malheureusement pas polyglotte.
Amicalement.
Je n\avais pas un iota de pensée...
-
lala
- Soldat Virtuel 1ere

- Messages : 82
- Inscription : mar. 17 juil. 2007 08:00
- Status : Hors-ligne
Re : qu est ce que le chiisme?
Bonjour et bonne annee 2008.
J'ai trouve un lien sur ce sujet
http://www.persocite.com/orient/chiisme.htm
Bonne lecture...

J'ai trouve un lien sur ce sujet
http://www.persocite.com/orient/chiisme.htm
Bonne lecture...
-
adonai
- Recrue pour la Paix

- Messages : 17
- Inscription : lun. 31 déc. 2007 08:00
- Twitter : Belgique
- Status : Hors-ligne
Re: Re : qu est ce que le chiisme?
Bonjour.lala a écrit :Bonjour et bonne annee 2008.
J'ai trouve un lien sur ce sujet
http://www.persocite.com/orient/chiisme.htm
Bonne lecture...
Merci
Je n\avais pas un iota de pensée...
-
apollon
- Sergent Virtuel

- Messages : 597
- Inscription : dim. 22 avr. 2007 08:00
- Contact :
- Status : Hors-ligne
Re: qu est ce que le chiisme?
bonsoiradonai a écrit :bonsoir.apollon a écrit :salut
http://www.dailymotion.com/the_king_of_ ... tie-1_news
http://www.dailymotion.com/the_king_of_ ... e-partie-2
http://www.dailymotion.com/the_king_of_ ... tie-3_news
je ne suis pas d accord avec bcp de points relates dans ce documentaire,mais je crois que c est un debut(surtout pour les personnes qui connaissent pas ce courant/rite islamique) afin de comprendre ce que le chiisme.
ps:j aurais aime qu il y ait un chiite dans le forum pour que le debat soit plus fructueux.
C'est une excellente idée d'ouvrir ce sujet sur les chiites,c'est vrai que je ne connais que les grandes genéralités de ce courant de l'islam.
Lorsque je lance une recherche sur google je ne tombe que sur des sites sunnites très haineux à leur encontre.
http://chiite.over-blog.com/
Connais tu un site interressant en français? je ne suis malheureusement pas polyglotte.
Amicalement.
tu dis que t es pas polyglotte ,mais je ne sais pas si tu connais l arabe sinon j aurais pu t envoyer des ouvrages parlant de ce rite.de toute facon et vu qu il n y pas de chiite(meme arabophone) dans le forum(ca aurait pu etre interessant),j essayerais au fur et a mesure de discuter de quelques points concernant le chiisme d une facon tres simple et claire.
la prochaine fois j essayerais d expliquer la doctrine de l imamat dans le chiisme pour les personnes qui ne la connaissent pas.
-
adonai
- Recrue pour la Paix

- Messages : 17
- Inscription : lun. 31 déc. 2007 08:00
- Twitter : Belgique
- Status : Hors-ligne
Re: qu est ce que le chiisme?
Bonsoir.apollon a écrit :bonsoiradonai a écrit :bonsoir.apollon a écrit :salut
http://www.dailymotion.com/the_king_of_ ... tie-1_news
http://www.dailymotion.com/the_king_of_ ... e-partie-2
http://www.dailymotion.com/the_king_of_ ... tie-3_news
je ne suis pas d accord avec bcp de points relates dans ce documentaire,mais je crois que c est un debut(surtout pour les personnes qui connaissent pas ce courant/rite islamique) afin de comprendre ce que le chiisme.
ps:j aurais aime qu il y ait un chiite dans le forum pour que le debat soit plus fructueux.
C'est une excellente idée d'ouvrir ce sujet sur les chiites,c'est vrai que je ne connais que les grandes genéralités de ce courant de l'islam.
Lorsque je lance une recherche sur google je ne tombe que sur des sites sunnites très haineux à leur encontre.
http://chiite.over-blog.com/
Connais tu un site interressant en français? je ne suis malheureusement pas polyglotte.
Amicalement.
tu dis que t es pas polyglotte ,mais je ne sais pas si tu connais l arabe sinon j aurais pu t envoyer des ouvrages parlant de ce rite.de toute facon et vu qu il n y pas de chiite(meme arabophone) dans le forum(ca aurait pu etre interessant),j essayerais au fur et a mesure de discuter de quelques points concernant le chiisme d une facon tres simple et claire.
la prochaine fois j essayerais d expliquer la doctrine de l imamat dans le chiisme pour les personnes qui ne la connaissent pas.
Non malheureusement je ne connais pas bien l'arabe et c'est principalement ça qui m'empeche de me documenter à ce sujet.
Il me parait qu'en general lorsque l'on évoque les sciences"arabes" ce sont pricipalement des chiites et puis je viens de kabylie et malgré la "sunisation" il reste plein de rituels qui ressemble à du chiisme comme par exemple la veneration des tombes.
Il existe plein de saints avec des chapelles qui portent leurs noms etc...
J'aimerais en savoir plus car je sais que la region fut dans le temps un bastion des fatimides.
Amicalement.
Je n\avais pas un iota de pensée...
- Satan
- Adjudant-chef Virtuel

- Messages : 1974
- Inscription : lun. 23 avr. 2007 08:00
- Twitter : USA
- Status : Hors-ligne
Re : qu est ce que le chiisme?
Il y'a un article sur ce site à propos du chiisme(3 pages):
http://islamla.com/tutoriaux-d24.html
Je vai le citer dans ce topic:
1 - Qu’est-ce que le "Chiisme" ?
La Révolution islamique en Iran, dont on a fêté ces derniers jours le vingt-cinquième anniversaire, et surtout l’évolution de la situation en Irak, après la chute du régime de Saddam Husseïn, ont fait apparaître le rôle important que joue le Chiisme, tant sur le plan religieux qu’au niveau des rapports de force politique dans les deux pays et dans toute la région.
Le Chiisme est souvent perçu comme un courant contestataire au sein de l’Islam. Ce serait en quelque sorte l’Islam des déshérités, des laissés pour compte, des exclus. On l’oppose au Sunnisme, considéré de façon schématique comme l’émanation d’un Islam plus intégré et plus proche des puissants. Cette vision est de toute évidence partielle et simplificatrice. La réalité est beaucoup plus nuancée et surtout plus riche.
Au départ, il s’agissait d’une revendication. La succession du Prophète devait revenir à Ali et le “coup de force” de Mouawia était considéré comme une usurpation qu’il fallait combattre. Comme l’écrit André Miquel dans son livre “L’Islam et sa civilisation” : “ Au Sunnisme s’oppose le Chiisme, qui regroupe les partisants de la famille d’Ali. Pour l’essentiel, le Chiisme oppose, à la réalité historique du pouvoir califien assuré par les Umayyades et les Abassides, un ordre idéal de succession du Prophète, celui de la légitimité dynastique des imams alides, investis par décret divin ou en vertu d’une désignation explicite, par l’Imam vivant, de son successeur. La croyance et la fidélité à l’imam vivant, détenteur de lumières secrètes reçues de Muhammad par Ali et transmises par celui-ci à ses descendants, sont, pour les Chiites, un principe de foi qui s’ajoute aux cinq piliers traditionnels de la foi musulmane ”.
A la mort de Othman, assassiné, Ali devient le quatrième calife, dans une période politique délicate pour le nouveau pouvoir. La contestation ne tarde pas à monter et c’est finalement Mouawia, lui aussi Compagnon du Prophète, qui accède au Califat, dont il fera une monarchie héréditaire. Cette accession s’est faite dans des conditions très contestées, dont essentiellement l’épisode de l’arbitrage dont Ali a fait les frais. Ce fut également le début d’une scission au sein de ses partisans. Le groupe le plus important d’entre eux fut celui des Kharéjites qui constituèrent, comme l’écrit Zyed Krichen (Réalités du 4 décembre 2003), “le premier véritable parti politique-religieux dans l’histoire de l’Islam” et qui, “après leur cinglante défaite à Haroura, décidèrent d’assassiner les “chefs de l’apostasie” : Ali, Mouawia et Ibn Ass. Le destin s’abattit encore une fois sur Ali : lui seul mourut d’un coup de poignard du Kharijite Ibn Moljem ; les deux autres échappèrent à la mort”. Ce fut le début d’une longue histoire de martyre que les Chiites célèbrent encore aujourd’hui.
Cette histoire a profondément marqué le Chiisme. L’image de l’imam est celle de la souffrance. Il est le “témoin douloureux de la foi” et, à un certain moment de la lignée, l’imam a disparu. C’est, comme l’écrit André Miquel dans l’ouvrage cité plus haut, “L’imam caché dont le retour est attendu pour la fin des temps, où il viendra inaugurer le règne de Dieu sur terre : au justicier, personnage central de l’apocalypse musulmane, que le Sunnisme connaît aussi, mais de façon, semble-t-il, beaucoup plus diffuse, le Chiisme prête ainsi un visage, celui des imams, et un nom qui lui appartient en propre, celui d’inspiré de Dieu, le Mahdi”.
Le Chiisme se situe en marge de l’orthodoxie officielle. Ses adeptes doivent cacher leur foi, tout en déclarant, en apparence, leur allégeance à “l’idéologie dominante”. C’est le principe de la Taquiya. C’est en quelque sorte l’ancêtre de l’entrisme…
De par sa nature, le Chiisme s’est impliqué dans des “sociétés secrètes” qui ont émaillé l’histoire de l’Islam et qui ont donné naissance à des mouvements de contestation et aussi à la prise du pouvoir dans certains pays arabes et musulmans.
Ali Ben Samir
http://islamla.com/tutoriaux-d24.html
Je vai le citer dans ce topic:
1 - Qu’est-ce que le "Chiisme" ?
La Révolution islamique en Iran, dont on a fêté ces derniers jours le vingt-cinquième anniversaire, et surtout l’évolution de la situation en Irak, après la chute du régime de Saddam Husseïn, ont fait apparaître le rôle important que joue le Chiisme, tant sur le plan religieux qu’au niveau des rapports de force politique dans les deux pays et dans toute la région.
Le Chiisme est souvent perçu comme un courant contestataire au sein de l’Islam. Ce serait en quelque sorte l’Islam des déshérités, des laissés pour compte, des exclus. On l’oppose au Sunnisme, considéré de façon schématique comme l’émanation d’un Islam plus intégré et plus proche des puissants. Cette vision est de toute évidence partielle et simplificatrice. La réalité est beaucoup plus nuancée et surtout plus riche.
Au départ, il s’agissait d’une revendication. La succession du Prophète devait revenir à Ali et le “coup de force” de Mouawia était considéré comme une usurpation qu’il fallait combattre. Comme l’écrit André Miquel dans son livre “L’Islam et sa civilisation” : “ Au Sunnisme s’oppose le Chiisme, qui regroupe les partisants de la famille d’Ali. Pour l’essentiel, le Chiisme oppose, à la réalité historique du pouvoir califien assuré par les Umayyades et les Abassides, un ordre idéal de succession du Prophète, celui de la légitimité dynastique des imams alides, investis par décret divin ou en vertu d’une désignation explicite, par l’Imam vivant, de son successeur. La croyance et la fidélité à l’imam vivant, détenteur de lumières secrètes reçues de Muhammad par Ali et transmises par celui-ci à ses descendants, sont, pour les Chiites, un principe de foi qui s’ajoute aux cinq piliers traditionnels de la foi musulmane ”.
A la mort de Othman, assassiné, Ali devient le quatrième calife, dans une période politique délicate pour le nouveau pouvoir. La contestation ne tarde pas à monter et c’est finalement Mouawia, lui aussi Compagnon du Prophète, qui accède au Califat, dont il fera une monarchie héréditaire. Cette accession s’est faite dans des conditions très contestées, dont essentiellement l’épisode de l’arbitrage dont Ali a fait les frais. Ce fut également le début d’une scission au sein de ses partisans. Le groupe le plus important d’entre eux fut celui des Kharéjites qui constituèrent, comme l’écrit Zyed Krichen (Réalités du 4 décembre 2003), “le premier véritable parti politique-religieux dans l’histoire de l’Islam” et qui, “après leur cinglante défaite à Haroura, décidèrent d’assassiner les “chefs de l’apostasie” : Ali, Mouawia et Ibn Ass. Le destin s’abattit encore une fois sur Ali : lui seul mourut d’un coup de poignard du Kharijite Ibn Moljem ; les deux autres échappèrent à la mort”. Ce fut le début d’une longue histoire de martyre que les Chiites célèbrent encore aujourd’hui.
Cette histoire a profondément marqué le Chiisme. L’image de l’imam est celle de la souffrance. Il est le “témoin douloureux de la foi” et, à un certain moment de la lignée, l’imam a disparu. C’est, comme l’écrit André Miquel dans l’ouvrage cité plus haut, “L’imam caché dont le retour est attendu pour la fin des temps, où il viendra inaugurer le règne de Dieu sur terre : au justicier, personnage central de l’apocalypse musulmane, que le Sunnisme connaît aussi, mais de façon, semble-t-il, beaucoup plus diffuse, le Chiisme prête ainsi un visage, celui des imams, et un nom qui lui appartient en propre, celui d’inspiré de Dieu, le Mahdi”.
Le Chiisme se situe en marge de l’orthodoxie officielle. Ses adeptes doivent cacher leur foi, tout en déclarant, en apparence, leur allégeance à “l’idéologie dominante”. C’est le principe de la Taquiya. C’est en quelque sorte l’ancêtre de l’entrisme…
De par sa nature, le Chiisme s’est impliqué dans des “sociétés secrètes” qui ont émaillé l’histoire de l’Islam et qui ont donné naissance à des mouvements de contestation et aussi à la prise du pouvoir dans certains pays arabes et musulmans.
Ali Ben Samir
"Il existe une analogie entre la religion et la nevrose obsessionnelle. La religion est une sorte de névrose collective, les symptomes du névrosé sont symboliques et répétitifs."
- Satan
- Adjudant-chef Virtuel

- Messages : 1974
- Inscription : lun. 23 avr. 2007 08:00
- Twitter : USA
- Status : Hors-ligne
Re : qu est ce que le chiisme?
2 - Ali, le fondateur
Le Hezbollah, voilà désormais un mouvement emblématique d’une certaine idée de l’arabité… Il est devenu le réceptacle de tant de passions, d’espoirs et de peurs… avant lui la Révolution islamique en Iran a eu le même effet magique…
Les chiites, ce dixième du Monde musulman, se rappellent aux bons vieux souvenirs de la majorité sunnite.
Nous vous proposons dans ce feuilleton un voyage à travers l’histoire pour vous raconter la grande histoire de ce mouvement politico-religieux.
Les chiites (الشيعة) signifie en arabe “les partisans”. Historiquement les chiites étaient les partisans de Ali, fils d’Abou Talib, cousin germain (détail d’importance dans une société patriarcale et tribale) du Prophète devenu son gendre en épousant Fatima, la plus jeune des filles de l’Envoyé de Dieu de son premier mariage avec Khadija. Ali fut aussi le quatrième et dernier Calife bien guidé.
Le premier conflit
A la mort du Prophète, et avant même son inhumation, éclata le premier conflit entre Musulmans : qui était en droit de devenir le successeur politique de l’Envoyé de Dieu ?
La nouvelle communauté était composée de deux grands groupes : les Muhajirun (les Emigrants) et les Ansar (Partisans).
Les Muhajirun sont ceux qui ont émigré de la Mecque à Médine. Ils étaient près de trois cents hommes en l’an deux de l’Hégire. A la conquête de la Mecque, en l’an huit, la Hijra (migration) était stoppée selon la fameuse tradition prophétique “pas de migration après la conquête (de la Mecque)”. On peut estimer le nombre des Muhajirun à la mort du Prophète à quelques centaines tout au plus.
les Ansar sont les habitants de Médine (Yathrib) qui ont adopté l’Islam, accueilli le Prophète et constitué l’essentiel des troupes combattantes.
Une fois que le bruit a couru à Médine que l’Envoyé de Dieu n’était plus, les principaux chefs des Ansar se sont réunis en secret. L’objectif était d’élire le successeur politique du Prophète.
Omar Ibn al Khattab (le seconde Calife bien guidé) eut vent de la chose. Il alerta rapidement deux Grands compagnons des Muhajirun : Abou Bakr al Siddik (Premier Calife bien guidé) et Hudhaïfa…
Les trois se rendirent dare-dare à la Sakifa des Banou Saïda, lieu de conclave des Ansars. Un débat houleux s’ensuivit qui a failli dégénérer.
Les Ansar étaient sur le point d’élire Saâd Ibn Oubada. Omar eut des propos très virulents. Il faillit en venir aux mains avec les partisans da Saad.
Le clan des Ansar se fissura. Le souvenir des guerres fraticides entre les deux grandes tribus de Yathrib (Médine), les Aws et les Khazrej y était pour quelque chose. Craignant la mainmise des Khazrej sur Médine, les Aws se rallièrent aux Muhajirun et dans un tumulte monstre Abou Bakr fut élu premier Calife (successeur) de Mohamed.
Pendant ce temps-là Ali était préoccupé par l’inhumation de son cousin et beau-père. Les traditions historiographiques chiites et sunnites sont unanimes pour dire qu’Ali refusa de prêter allégeance à Abou Bakr, pensant qu’on lui avait usurpé une succession qui lui revenait de droit.
Et de Un…
Si le conflit entre les Muhajirun et les Ansar fut très vite résorbé au détriment des seconds, un nouveau conflit beaucoup plus grave et plus durable allait éclater…
Alors que Ali, principale figure islamique du clan des Hachémites, était en train d’inhumer son cousin et beau-père, les bruits de la ville arrivèrent jusqu’à lui : on disait qu’Abou Bakr était proclamé calife successeur de Mohamed…
Il est très difficile d’établi une chronologie précise et fiable des évènements qui allaient suivre… plus tard les premiers historiographes donnèrent des versions souvent contradictoires en fonction de leur “penchant” (hawa) sunnite ou chiite.
Toutefois il y a presque un consensus historique sur le fait que Ali refusa de prêter allégeance à Abou Bakr…
L’accord conclu de haute lutte à la Sakifa était encore très fragile. Ce n’est qu’à la venue de la puissante tribu des Banu Salim à Médine, après la réunion de la Sakifa, que le pouvoir d’Abou Bakr trouva une assise suffisamment solide pour entamer ce nouveau type de pouvoir : le Califat.
Une querelle opposa aussi le nouveau Calife à la fille du Prophète et épouse de Ali : Fatima. Elle a réclamé sa part d’héritage d’une terre qui appartenait à son père à quelques lieux de Médine (Fadk). Abou Bakr invoqua un propos du Prophète où il aurait dit : “Nous, les Prophètes, nous n’héritions de rien et ne laissons rien en héritage. Tout ce que nous laisserons (après notre mort) est aumône”.
Fatima en prit ombrage. Elle n’adressa plus la arole à Abou Bakr et ses alliés et vécut cloîtrée chez elle. Elle mourut de chagrin, quatre mois (six selon certaines traditions) après la mort de son père.
“Ahl al Bayt” avec ses deux représentants les plus éminents Fatma et Ali, était ainsi en conflit ouvert avec le nouveau pouvoir califal…
Quelle était la portée exacte de ce conflit ?
Un successeur naturel
Ici les sources sunnites c’est une appréciation personnelle et politiques ; quant aux Chiites, Ali était nommément désigné par le Prophète pour leur succéder. Les Grands Compagnons ont transgressé cet ordre prophétique. Pour les mosérés, les Grands Compagnons ont pêché (exception faite pour les Zaydites dont on reparlera dans nos prochains épisodes) pour les ultras c’est une apostasie caractérisée.
Il est clair que la compréhension de ce moment initial est importante la suite des évènements.
A la mort du Prophète, Abou Bakr était âgé d’une soixantaine d’années, Omar d’une cinquantaine et Ali d’une trentaine.
On a vu que les Ansar, un certain moment, se sont cru en droit d’assurer, par l’un d’entre eux, la succession du Prophète. Seulement le clivage tribal Aws/Khazrej les a handicapés lourdement. De plus la super élite musulmane était constituée exclusivement des Muhajirun (les dix Compagnons auquel Dieu a promis le Paradis).
Seulement il y avait une inadéquation entre la noblesse en Islam et la noblesse du Sang.
Le clan le plus puissant de Quoraïsh à l’époque était, sans conteste, les Bânu Omaya. Seulement leur chef Abou Sofyane était l’un des plus farouches adversaires du Prophète. Il ne s’est converti qu’après la conquête de la Mecque en l’an huit. De ce fait il ne pouvait peser sur le choix du successeur du Prophète, bien que certaines sources aient parlé d’une tentative d’Abou Sofyane de prêter allégeance à Ali. Tentative que ce dernier refusa de la manière la plus énergique, qualifiant même Abou Sofyane d’ennemi de Dieu.
Le second clan est celui des Hachémites. C’étaient les gardiens du Temple de la Kaâba. Ils se sont beaucoup appauvris avec Abou Talib (oncle du Prophète et père de Ali). Ensuite le clan fut profondément divisé par la prédication du Prophète. Ses principaux chefs furent soit des adversaires farouches de Mohamed comme Abou Jahl, ou des protecteurs du Prophète sans franchir, pour autant, le pas de la conversion (Abou Talib) ou de tard convertis (al Abbas, ancêtre des Abbassides). Ainsi Ali, à trente ans, se trouvait-il le plus éminent Musulman des Hachémites sans être le plus illustre de son clan.
L’héritier du Prophète
Pourquoi Ali a-t-il revendiqué pour sa personne le legs politique du Prophète ?
Ali est le benjamin des enfants d’Abou Talib. Mohamed voulu aider son oncle et tuteur. Il prit à sa charge le tout petit nouveau Ali. Mohamed et Khadija élevèrent leur jeune cousin comme s’il s’agissait de leur propre fils. Gamin, Ali accompagnait son cousin dans ses méditations aux faubourgs de la Mecque.
A la Révélation Ali n’avait que dix ans. Il devint naturellement musulman.
Parmi tous les Grands Compagnons, Ali fut le pur produit de l’Ecole prophétique. Il avait acquis, au contact quotidien du Prophète, un savoir immense et une spiritualité hors pair.
Ses propos et discours, rassemblés quelques siècles plus tard, dans un livre au nom évocateur “la voie de l’éloquence” (نهج البلاغة) est l’une des plus belles œuvres de l’Arabe classique, même si l’authenticité intégrale de ce livre n’est pas avérée..
A Médine, le Prophète ordonna une grande opération de fraternisation entre Ansar et Muhajirun. Il se retourna vers Ali et lui dit : “Quant à moi, c’est toi qui es mon frère en Islam”.
Les propos du Prophète vantant les mérites de Ali sont innombrables, même dans les recueils des traditionnistes sunnites. On peut toujours discuter de l’authenticité du fameux hadith du “Ghadir” où le Prophète cita nommément Ali pour lui succéder.
Toujours est –il que Ali avait un statut religieux et familial à part. Statut qui lui vaut la sympathie de la plupart des Ansar et de certains Muhajirun, comme le fameux Ammar Ibn Yasser dont la mère fut, à la Mecque, la première martyre en Islam.
Ali acquit la conviction, très jeune, qu’il lui incombait de continuer et de défendre l’œuvre spirituelle de l’Envoyé de Dieu. Il lui semblait qu’il était l’héritier naturel et indiscutable du Prophète, lui, le plus illustre des hommes de Ahl al Bayt et l’unique transmetteur de cette noble lignée avec les deux fils de Fatima, Al Hassan et Al Husseïn, dont le Prophète disait qu’ils étaient les Seigneurs des jeunes du Paradis.
Le jeune âge de Ali à la mort de Mohamed (trente-trois ans) et le jeu des alliances politiques le privèrent de l’honneur de succéder immédiatement à son cousin.
Ali refusa de prêter allégeance au nouveau Calife. Omar voulut l’y contraindre par la force. Il faut reconnaître à Abou Bakr le tact et la délicatesse de la patience. Ali ne fut pas le seul à ne pas prêter allégeance. Tous les hommes de Ahl al Bayt et ceux qui s’y apparentèrent firent de même. A la mort de Fatma, Ali changea de tactique tout en affirmant publiquement devant le nouveau Calife que son geste de refus n’était motivé ni par la cupidité ni par la haine, mais parce qu’il pensait qu’on lui avait usurpé quelque chose qui lui revenait de droit…
Et de deux… et de trois
Le règne de Abou Bakr fut court; deux ans et quelques mois. Sur son lit de mort il légua le Califat à Omar.
Quelques Grands Compagnons montrèrent leur désapprobation. Omar était d’une rudesse et d’une dureté légendaires. Ali ne put rien faire. Il ne pouvait pas ne pas reconnaître au “Farouk” de grandes qualités morales et politiques. Dix nouvelles années passèrent. Ali pensait que ses frères en Islam finiraient par lui rendre ce qui lui revenait de droit…
Blessé à mort par un esclave chrétien, Omar appela en urgence l’un de “ceux auquel Dieu a promis le Paradis” encore en vie, Abderrahmane Ibn Awf, Ali, Othman, Talha, Zoubayr et Saad. Omar dit à Ibn Awf de réunir ces six en conclave, de ne point briguer le Califat pour sa personne afin de pouvoir départager les postulants en cas d’égalité… le Califat échappa une nouvelle fois à Ali et c’est Othman qui fut élu comme troisième Calife bien guidé.
Les six premières années règne du nouveau Calife furent, pratiquement, dans la continuité de ses deux illustres prédecesseurs. L’âge aidant—Othman avait soixante-dix ans au moment de son élection—l’impact du clan de Othman, les Omeyyades, se fit de plus en plus sentir. Ils eurent la mainmise sur les principaux postes du nouvel Etat islamique. Leur nouveau chef de file, Mouaouia fils d’Abou Sofyane, gouverneur de Syrie dès le Califat de Omar, était à la tête d’une armée redoutable.
L’insubordination commençait à sourdre dans les nouvelles villes/camps surtout en Irak (Basra et Kufa) et en Egypte. La politique de Othman devint de moins en moins populaire à Médine après les sanctions humiliantes qu’il infligea à deux compagnons emblématiques : Ibn Massoud et Abou Dharr al Ghifani.
L’insubordination se mua en véritable mouvement insurrectionnel surtout dans les cités irakiennes. Tabari et de nombreuses sources sunnites évoquent le rôle prépondérant d’un certain Abdallah Ibn Sabaâ, un Juif yéménite converti à l’Islam, qui fut le premier “Chiite” ay sens où il développa la sacralisation de la personne de Ali jusqu’à friser l’idôlatrie.
L’insurrection
Quel que soit le rôle du conspirateur Ibn Sabaâ, l’insurrection contre Othma prit une ampleur telle que l’Egypte et surtout l’Irak devinrent ingouvernables. Les raisons fondamentales sont sociales et idéologiques/religieuses. Les grandes tribus arabes islamisées fournissaient à l’époque l’essentiel des guerriers du nouvel empire.
L’emprise d’un clan de Quoraïsh n’était plus supportable. La justice, valeur tribale et islamique, exigeait un nouveau partage du pouvoir et des richesses… profitant de la saison du pèlerinage, plusieurs centaines d’immigrés d’Irak et d’Egypte encerclèrent Médine en l’an 35 de l’Hégire. Il y eut près de quarante jours de négociations via les Grands Compagnons dont notamment Ali, Talha et Zubeïr.
Othman n’avait pratiquement aucun défenseur… Le quarantième jour, à la surprise générale des gens de Médine, la maison de Othman fut attaquée et le Califa tué.
Ce Calificide inaugura une nouvelle ère en Islam, faite de guerres fraticides entre faction rivales…
Ali prit conscience, très rapidement des dangers de cette fitna (discorde)… il voulut se retirer de toute compétition pour succéder à Othman… Talha et Zubeïr lorgnaient vers le poste mais les insurgés, devenus maîtres de la capitale du Califat, ne voulaient que de Ali…
Dans une confusion totale et après moultes tractations, Ali sur insistance de son oncle al Abbas, accepta de devenir, à cinquante-sept ans, le quatrième Calife et Commandeur des Croyants… Ali s’est assuré de l’allégeance de tous les Grands Compagnons présents à Médine et surtout de Talha et Zubeïr dont il redoutait la félonie.
La triade du Chameau
Talha et Zubeïr, après avoir prêté allégeance à Ali, se rendirent à la Mecque… Aïsha, épouse du Prophète et fille d’Abou Bakr, était l’une des pourfendeuses les plus virulentes de Othman.
Quans elle apprit sa mort, alors qu’elle était en route pour la Mecque, elle ne put cacher sa joie. Mais, à l’annonce de l’élection de Ali, elle changea radicalement d’attitude. A¨sha avait la mémoire longue et elle ne pouvait oublier la position de Ali dans l’affaire de l’Ifk où elle fut accusé de comportement louche avec un jeune homme.
Pendant le mois qui suivit cette affaire et avant que le Coran ne l’innocentât totalement (Sourate de la Lumière), Ali conseilla à son cousin de la répudier…
Vindicative, Aïsha demanda justice pour le meurtre de Othman, elle fut immédiatement rejointe par Talha et Zubeïr… une nouvelle sédition pointait le nez. Le trio se dirigea vers Basra où certains émissaires les assuraient du soutien de la population. Aïsha, qui en tant que Mère des Croyants, était soumise au voile, se fit construire un palanquin en fer porté par un chameau.
Elle haranguait les foules de Basra pour rendre justice à Othman et punir les Calificides.
Ali eut vent de la nouvelle sédition. Les insurgés, qui formaient l’essentiel de ses troupes, lui conseillèrent de rendre à koufa où les dizaines de milliers de guerriers de l’Islam n’avaient de sympathie que pour lui. A ce moment-là Médine perdit, à jamais, son statut de capitale et le Hijaz (principalement la Mecque, Taïf et Médine) sa centralité dans l’histoire de l’Islam.
Quelques semaines plus tard, une bataille terrible opposa les partisans de Ali (ils ne sont pas encore Chiites dans l’acception doctrinale du terme) aux partisans de la “triade du chameau”…
Plusieurs milliers de morts en un seul jour. Talha et Zueïr furent tués et leurs partisans rendirent les armes au nouveau Calife.
La Bataille du Chameau fut le premier épisode militaire de cette grande discorde ( ) qui allait secouer la communauté des Musulmans.
De l’arbitrage du Coran à l’attentat Kharégite
Mais la Bataille du Chameau ne profitera pas à Ali. Elle profitera au puissant gouverneur de la Syrie, Mouaouia fils d’Abou Sofiane. Il adopta une tactique qui s’avéra payante : “Je ne prêterai allégeance à Ali que s’il livre les assassins de Othman”… Grand dilemme pour le nouveau Calife. Les assassins, directs ou indirects, de Othman sont parmi ses plus fidèles lieutenants.
L’un d’eux ( ?), Al Achtar, est devenu un général écouté et respecté par ses hommes. Ali savait que la guerre était inéluctable.
A peine un an après son élection au Califat et neuf mois après la Bataille du Chameau, Ali et ses partisans étaient, de nouveau, sur le champ de bataille pour affronter les armées du gouverneur de Syrie… La tournure des batailles pour affronter les armées du gouverneur de Syrie… la tournure des batailles étaient en faveur de Ali, quand Mouaouia proposa à son adversaire l’arbitrage du Coran. Ali savait que c’était une ruse de guerre et voulut gagner par les armes. Seulement nombreux parmi ses généraux et ses troupes étaient d’un avis contraire.
Ils estimaient que le sang des Musulmans avait suffisamment coulé… contraint, Ali accepta l’arbitrage.
Il ne put même pas désigner son propre arbitre. Le reste de l’histoire est connu…
L’arbitre de Mouaouia, Amr Ibn al Ass, était l’un des plus fin tacticien politique que l’Arabie ait enfanté. Il dupa le pieux Abou Moussa al Ashari en le convainquant de démettre son propre chef, selon la narration la plus courante. De toute façons, Ali refusa le résultat de l’arbitrage et ses partisans se scindèrent en deux : les fidèles, qui sont les premiers Chiites, et ceux qui lui reprochèrent d’avoir accepté le jugement des hommes alors qu’il n’y a de juge que Dieu. Ils lui dirent qu’il avait pêché et qu’ils devant se repentir : ce sont les premières Khaourej (littéralement rebelles). Ali en chercha une nouvelle guerre contre ses anciens partisans. Entre temps son principal ennemi Mouaouia fortifiait ses place et recrutait des guerriers.
Après avoir fini avec les Khaourej, Ali voulut combattre de nouveau les gens de Syrie. Mais ses partisans se montrèrent peu enclins à le suivre dans une nouvelle aventure militaire…
Dans “la voie de l’éloquence” nous avons de très beaux textes où Ali se plaint de ses hommes et de leur manque de volonté et de courage… Ali est certes le Commandeur des Croyants…. Mais c’est devenu un commandeur sans légion et sans soldats obéissants…
Les Khaourej, véritable premier parti politico-religieux dans l’histoire de l’Islam, décidèrent de frapper un grand coup : tuer les trois grands “apostats”—Ali, Mouaouia et Amr Ibn al Ass— le même jour, à la prière de l’aube. Ils envoyèrent trois “Kamikazes” pour accomplir ce triple meurtre. Un seul des trois réussit. Moins de cinq ans après son ascension au califat, Ali fut tué par l’un de ses anciens partisans.
Les partisans de Ali prêtèrent allégeance à l’aîné de ses fils al Hassan. Mais la cause était déjà entendue. Quelques mois plus tard al Hassan abdiqua et Mouaouia fut proclamé nouveau Calife et Commandeur des Croyants.
(A suivre)
II-Al Hussein le prince des martyrs
Zyed Krichen
Le Hezbollah, voilà désormais un mouvement emblématique d’une certaine idée de l’arabité… Il est devenu le réceptacle de tant de passions, d’espoirs et de peurs… avant lui la Révolution islamique en Iran a eu le même effet magique…
Les chiites, ce dixième du Monde musulman, se rappellent aux bons vieux souvenirs de la majorité sunnite.
Nous vous proposons dans ce feuilleton un voyage à travers l’histoire pour vous raconter la grande histoire de ce mouvement politico-religieux.
Les chiites (الشيعة) signifie en arabe “les partisans”. Historiquement les chiites étaient les partisans de Ali, fils d’Abou Talib, cousin germain (détail d’importance dans une société patriarcale et tribale) du Prophète devenu son gendre en épousant Fatima, la plus jeune des filles de l’Envoyé de Dieu de son premier mariage avec Khadija. Ali fut aussi le quatrième et dernier Calife bien guidé.
Le premier conflit
A la mort du Prophète, et avant même son inhumation, éclata le premier conflit entre Musulmans : qui était en droit de devenir le successeur politique de l’Envoyé de Dieu ?
La nouvelle communauté était composée de deux grands groupes : les Muhajirun (les Emigrants) et les Ansar (Partisans).
Les Muhajirun sont ceux qui ont émigré de la Mecque à Médine. Ils étaient près de trois cents hommes en l’an deux de l’Hégire. A la conquête de la Mecque, en l’an huit, la Hijra (migration) était stoppée selon la fameuse tradition prophétique “pas de migration après la conquête (de la Mecque)”. On peut estimer le nombre des Muhajirun à la mort du Prophète à quelques centaines tout au plus.
les Ansar sont les habitants de Médine (Yathrib) qui ont adopté l’Islam, accueilli le Prophète et constitué l’essentiel des troupes combattantes.
Une fois que le bruit a couru à Médine que l’Envoyé de Dieu n’était plus, les principaux chefs des Ansar se sont réunis en secret. L’objectif était d’élire le successeur politique du Prophète.
Omar Ibn al Khattab (le seconde Calife bien guidé) eut vent de la chose. Il alerta rapidement deux Grands compagnons des Muhajirun : Abou Bakr al Siddik (Premier Calife bien guidé) et Hudhaïfa…
Les trois se rendirent dare-dare à la Sakifa des Banou Saïda, lieu de conclave des Ansars. Un débat houleux s’ensuivit qui a failli dégénérer.
Les Ansar étaient sur le point d’élire Saâd Ibn Oubada. Omar eut des propos très virulents. Il faillit en venir aux mains avec les partisans da Saad.
Le clan des Ansar se fissura. Le souvenir des guerres fraticides entre les deux grandes tribus de Yathrib (Médine), les Aws et les Khazrej y était pour quelque chose. Craignant la mainmise des Khazrej sur Médine, les Aws se rallièrent aux Muhajirun et dans un tumulte monstre Abou Bakr fut élu premier Calife (successeur) de Mohamed.
Pendant ce temps-là Ali était préoccupé par l’inhumation de son cousin et beau-père. Les traditions historiographiques chiites et sunnites sont unanimes pour dire qu’Ali refusa de prêter allégeance à Abou Bakr, pensant qu’on lui avait usurpé une succession qui lui revenait de droit.
Et de Un…
Si le conflit entre les Muhajirun et les Ansar fut très vite résorbé au détriment des seconds, un nouveau conflit beaucoup plus grave et plus durable allait éclater…
Alors que Ali, principale figure islamique du clan des Hachémites, était en train d’inhumer son cousin et beau-père, les bruits de la ville arrivèrent jusqu’à lui : on disait qu’Abou Bakr était proclamé calife successeur de Mohamed…
Il est très difficile d’établi une chronologie précise et fiable des évènements qui allaient suivre… plus tard les premiers historiographes donnèrent des versions souvent contradictoires en fonction de leur “penchant” (hawa) sunnite ou chiite.
Toutefois il y a presque un consensus historique sur le fait que Ali refusa de prêter allégeance à Abou Bakr…
L’accord conclu de haute lutte à la Sakifa était encore très fragile. Ce n’est qu’à la venue de la puissante tribu des Banu Salim à Médine, après la réunion de la Sakifa, que le pouvoir d’Abou Bakr trouva une assise suffisamment solide pour entamer ce nouveau type de pouvoir : le Califat.
Une querelle opposa aussi le nouveau Calife à la fille du Prophète et épouse de Ali : Fatima. Elle a réclamé sa part d’héritage d’une terre qui appartenait à son père à quelques lieux de Médine (Fadk). Abou Bakr invoqua un propos du Prophète où il aurait dit : “Nous, les Prophètes, nous n’héritions de rien et ne laissons rien en héritage. Tout ce que nous laisserons (après notre mort) est aumône”.
Fatima en prit ombrage. Elle n’adressa plus la arole à Abou Bakr et ses alliés et vécut cloîtrée chez elle. Elle mourut de chagrin, quatre mois (six selon certaines traditions) après la mort de son père.
“Ahl al Bayt” avec ses deux représentants les plus éminents Fatma et Ali, était ainsi en conflit ouvert avec le nouveau pouvoir califal…
Quelle était la portée exacte de ce conflit ?
Un successeur naturel
Ici les sources sunnites c’est une appréciation personnelle et politiques ; quant aux Chiites, Ali était nommément désigné par le Prophète pour leur succéder. Les Grands Compagnons ont transgressé cet ordre prophétique. Pour les mosérés, les Grands Compagnons ont pêché (exception faite pour les Zaydites dont on reparlera dans nos prochains épisodes) pour les ultras c’est une apostasie caractérisée.
Il est clair que la compréhension de ce moment initial est importante la suite des évènements.
A la mort du Prophète, Abou Bakr était âgé d’une soixantaine d’années, Omar d’une cinquantaine et Ali d’une trentaine.
On a vu que les Ansar, un certain moment, se sont cru en droit d’assurer, par l’un d’entre eux, la succession du Prophète. Seulement le clivage tribal Aws/Khazrej les a handicapés lourdement. De plus la super élite musulmane était constituée exclusivement des Muhajirun (les dix Compagnons auquel Dieu a promis le Paradis).
Seulement il y avait une inadéquation entre la noblesse en Islam et la noblesse du Sang.
Le clan le plus puissant de Quoraïsh à l’époque était, sans conteste, les Bânu Omaya. Seulement leur chef Abou Sofyane était l’un des plus farouches adversaires du Prophète. Il ne s’est converti qu’après la conquête de la Mecque en l’an huit. De ce fait il ne pouvait peser sur le choix du successeur du Prophète, bien que certaines sources aient parlé d’une tentative d’Abou Sofyane de prêter allégeance à Ali. Tentative que ce dernier refusa de la manière la plus énergique, qualifiant même Abou Sofyane d’ennemi de Dieu.
Le second clan est celui des Hachémites. C’étaient les gardiens du Temple de la Kaâba. Ils se sont beaucoup appauvris avec Abou Talib (oncle du Prophète et père de Ali). Ensuite le clan fut profondément divisé par la prédication du Prophète. Ses principaux chefs furent soit des adversaires farouches de Mohamed comme Abou Jahl, ou des protecteurs du Prophète sans franchir, pour autant, le pas de la conversion (Abou Talib) ou de tard convertis (al Abbas, ancêtre des Abbassides). Ainsi Ali, à trente ans, se trouvait-il le plus éminent Musulman des Hachémites sans être le plus illustre de son clan.
L’héritier du Prophète
Pourquoi Ali a-t-il revendiqué pour sa personne le legs politique du Prophète ?
Ali est le benjamin des enfants d’Abou Talib. Mohamed voulu aider son oncle et tuteur. Il prit à sa charge le tout petit nouveau Ali. Mohamed et Khadija élevèrent leur jeune cousin comme s’il s’agissait de leur propre fils. Gamin, Ali accompagnait son cousin dans ses méditations aux faubourgs de la Mecque.
A la Révélation Ali n’avait que dix ans. Il devint naturellement musulman.
Parmi tous les Grands Compagnons, Ali fut le pur produit de l’Ecole prophétique. Il avait acquis, au contact quotidien du Prophète, un savoir immense et une spiritualité hors pair.
Ses propos et discours, rassemblés quelques siècles plus tard, dans un livre au nom évocateur “la voie de l’éloquence” (نهج البلاغة) est l’une des plus belles œuvres de l’Arabe classique, même si l’authenticité intégrale de ce livre n’est pas avérée..
A Médine, le Prophète ordonna une grande opération de fraternisation entre Ansar et Muhajirun. Il se retourna vers Ali et lui dit : “Quant à moi, c’est toi qui es mon frère en Islam”.
Les propos du Prophète vantant les mérites de Ali sont innombrables, même dans les recueils des traditionnistes sunnites. On peut toujours discuter de l’authenticité du fameux hadith du “Ghadir” où le Prophète cita nommément Ali pour lui succéder.
Toujours est –il que Ali avait un statut religieux et familial à part. Statut qui lui vaut la sympathie de la plupart des Ansar et de certains Muhajirun, comme le fameux Ammar Ibn Yasser dont la mère fut, à la Mecque, la première martyre en Islam.
Ali acquit la conviction, très jeune, qu’il lui incombait de continuer et de défendre l’œuvre spirituelle de l’Envoyé de Dieu. Il lui semblait qu’il était l’héritier naturel et indiscutable du Prophète, lui, le plus illustre des hommes de Ahl al Bayt et l’unique transmetteur de cette noble lignée avec les deux fils de Fatima, Al Hassan et Al Husseïn, dont le Prophète disait qu’ils étaient les Seigneurs des jeunes du Paradis.
Le jeune âge de Ali à la mort de Mohamed (trente-trois ans) et le jeu des alliances politiques le privèrent de l’honneur de succéder immédiatement à son cousin.
Ali refusa de prêter allégeance au nouveau Calife. Omar voulut l’y contraindre par la force. Il faut reconnaître à Abou Bakr le tact et la délicatesse de la patience. Ali ne fut pas le seul à ne pas prêter allégeance. Tous les hommes de Ahl al Bayt et ceux qui s’y apparentèrent firent de même. A la mort de Fatma, Ali changea de tactique tout en affirmant publiquement devant le nouveau Calife que son geste de refus n’était motivé ni par la cupidité ni par la haine, mais parce qu’il pensait qu’on lui avait usurpé quelque chose qui lui revenait de droit…
Et de deux… et de trois
Le règne de Abou Bakr fut court; deux ans et quelques mois. Sur son lit de mort il légua le Califat à Omar.
Quelques Grands Compagnons montrèrent leur désapprobation. Omar était d’une rudesse et d’une dureté légendaires. Ali ne put rien faire. Il ne pouvait pas ne pas reconnaître au “Farouk” de grandes qualités morales et politiques. Dix nouvelles années passèrent. Ali pensait que ses frères en Islam finiraient par lui rendre ce qui lui revenait de droit…
Blessé à mort par un esclave chrétien, Omar appela en urgence l’un de “ceux auquel Dieu a promis le Paradis” encore en vie, Abderrahmane Ibn Awf, Ali, Othman, Talha, Zoubayr et Saad. Omar dit à Ibn Awf de réunir ces six en conclave, de ne point briguer le Califat pour sa personne afin de pouvoir départager les postulants en cas d’égalité… le Califat échappa une nouvelle fois à Ali et c’est Othman qui fut élu comme troisième Calife bien guidé.
Les six premières années règne du nouveau Calife furent, pratiquement, dans la continuité de ses deux illustres prédecesseurs. L’âge aidant—Othman avait soixante-dix ans au moment de son élection—l’impact du clan de Othman, les Omeyyades, se fit de plus en plus sentir. Ils eurent la mainmise sur les principaux postes du nouvel Etat islamique. Leur nouveau chef de file, Mouaouia fils d’Abou Sofyane, gouverneur de Syrie dès le Califat de Omar, était à la tête d’une armée redoutable.
L’insubordination commençait à sourdre dans les nouvelles villes/camps surtout en Irak (Basra et Kufa) et en Egypte. La politique de Othman devint de moins en moins populaire à Médine après les sanctions humiliantes qu’il infligea à deux compagnons emblématiques : Ibn Massoud et Abou Dharr al Ghifani.
L’insubordination se mua en véritable mouvement insurrectionnel surtout dans les cités irakiennes. Tabari et de nombreuses sources sunnites évoquent le rôle prépondérant d’un certain Abdallah Ibn Sabaâ, un Juif yéménite converti à l’Islam, qui fut le premier “Chiite” ay sens où il développa la sacralisation de la personne de Ali jusqu’à friser l’idôlatrie.
L’insurrection
Quel que soit le rôle du conspirateur Ibn Sabaâ, l’insurrection contre Othma prit une ampleur telle que l’Egypte et surtout l’Irak devinrent ingouvernables. Les raisons fondamentales sont sociales et idéologiques/religieuses. Les grandes tribus arabes islamisées fournissaient à l’époque l’essentiel des guerriers du nouvel empire.
L’emprise d’un clan de Quoraïsh n’était plus supportable. La justice, valeur tribale et islamique, exigeait un nouveau partage du pouvoir et des richesses… profitant de la saison du pèlerinage, plusieurs centaines d’immigrés d’Irak et d’Egypte encerclèrent Médine en l’an 35 de l’Hégire. Il y eut près de quarante jours de négociations via les Grands Compagnons dont notamment Ali, Talha et Zubeïr.
Othman n’avait pratiquement aucun défenseur… Le quarantième jour, à la surprise générale des gens de Médine, la maison de Othman fut attaquée et le Califa tué.
Ce Calificide inaugura une nouvelle ère en Islam, faite de guerres fraticides entre faction rivales…
Ali prit conscience, très rapidement des dangers de cette fitna (discorde)… il voulut se retirer de toute compétition pour succéder à Othman… Talha et Zubeïr lorgnaient vers le poste mais les insurgés, devenus maîtres de la capitale du Califat, ne voulaient que de Ali…
Dans une confusion totale et après moultes tractations, Ali sur insistance de son oncle al Abbas, accepta de devenir, à cinquante-sept ans, le quatrième Calife et Commandeur des Croyants… Ali s’est assuré de l’allégeance de tous les Grands Compagnons présents à Médine et surtout de Talha et Zubeïr dont il redoutait la félonie.
La triade du Chameau
Talha et Zubeïr, après avoir prêté allégeance à Ali, se rendirent à la Mecque… Aïsha, épouse du Prophète et fille d’Abou Bakr, était l’une des pourfendeuses les plus virulentes de Othman.
Quans elle apprit sa mort, alors qu’elle était en route pour la Mecque, elle ne put cacher sa joie. Mais, à l’annonce de l’élection de Ali, elle changea radicalement d’attitude. A¨sha avait la mémoire longue et elle ne pouvait oublier la position de Ali dans l’affaire de l’Ifk où elle fut accusé de comportement louche avec un jeune homme.
Pendant le mois qui suivit cette affaire et avant que le Coran ne l’innocentât totalement (Sourate de la Lumière), Ali conseilla à son cousin de la répudier…
Vindicative, Aïsha demanda justice pour le meurtre de Othman, elle fut immédiatement rejointe par Talha et Zubeïr… une nouvelle sédition pointait le nez. Le trio se dirigea vers Basra où certains émissaires les assuraient du soutien de la population. Aïsha, qui en tant que Mère des Croyants, était soumise au voile, se fit construire un palanquin en fer porté par un chameau.
Elle haranguait les foules de Basra pour rendre justice à Othman et punir les Calificides.
Ali eut vent de la nouvelle sédition. Les insurgés, qui formaient l’essentiel de ses troupes, lui conseillèrent de rendre à koufa où les dizaines de milliers de guerriers de l’Islam n’avaient de sympathie que pour lui. A ce moment-là Médine perdit, à jamais, son statut de capitale et le Hijaz (principalement la Mecque, Taïf et Médine) sa centralité dans l’histoire de l’Islam.
Quelques semaines plus tard, une bataille terrible opposa les partisans de Ali (ils ne sont pas encore Chiites dans l’acception doctrinale du terme) aux partisans de la “triade du chameau”…
Plusieurs milliers de morts en un seul jour. Talha et Zueïr furent tués et leurs partisans rendirent les armes au nouveau Calife.
La Bataille du Chameau fut le premier épisode militaire de cette grande discorde ( ) qui allait secouer la communauté des Musulmans.
De l’arbitrage du Coran à l’attentat Kharégite
Mais la Bataille du Chameau ne profitera pas à Ali. Elle profitera au puissant gouverneur de la Syrie, Mouaouia fils d’Abou Sofiane. Il adopta une tactique qui s’avéra payante : “Je ne prêterai allégeance à Ali que s’il livre les assassins de Othman”… Grand dilemme pour le nouveau Calife. Les assassins, directs ou indirects, de Othman sont parmi ses plus fidèles lieutenants.
L’un d’eux ( ?), Al Achtar, est devenu un général écouté et respecté par ses hommes. Ali savait que la guerre était inéluctable.
A peine un an après son élection au Califat et neuf mois après la Bataille du Chameau, Ali et ses partisans étaient, de nouveau, sur le champ de bataille pour affronter les armées du gouverneur de Syrie… La tournure des batailles pour affronter les armées du gouverneur de Syrie… la tournure des batailles étaient en faveur de Ali, quand Mouaouia proposa à son adversaire l’arbitrage du Coran. Ali savait que c’était une ruse de guerre et voulut gagner par les armes. Seulement nombreux parmi ses généraux et ses troupes étaient d’un avis contraire.
Ils estimaient que le sang des Musulmans avait suffisamment coulé… contraint, Ali accepta l’arbitrage.
Il ne put même pas désigner son propre arbitre. Le reste de l’histoire est connu…
L’arbitre de Mouaouia, Amr Ibn al Ass, était l’un des plus fin tacticien politique que l’Arabie ait enfanté. Il dupa le pieux Abou Moussa al Ashari en le convainquant de démettre son propre chef, selon la narration la plus courante. De toute façons, Ali refusa le résultat de l’arbitrage et ses partisans se scindèrent en deux : les fidèles, qui sont les premiers Chiites, et ceux qui lui reprochèrent d’avoir accepté le jugement des hommes alors qu’il n’y a de juge que Dieu. Ils lui dirent qu’il avait pêché et qu’ils devant se repentir : ce sont les premières Khaourej (littéralement rebelles). Ali en chercha une nouvelle guerre contre ses anciens partisans. Entre temps son principal ennemi Mouaouia fortifiait ses place et recrutait des guerriers.
Après avoir fini avec les Khaourej, Ali voulut combattre de nouveau les gens de Syrie. Mais ses partisans se montrèrent peu enclins à le suivre dans une nouvelle aventure militaire…
Dans “la voie de l’éloquence” nous avons de très beaux textes où Ali se plaint de ses hommes et de leur manque de volonté et de courage… Ali est certes le Commandeur des Croyants…. Mais c’est devenu un commandeur sans légion et sans soldats obéissants…
Les Khaourej, véritable premier parti politico-religieux dans l’histoire de l’Islam, décidèrent de frapper un grand coup : tuer les trois grands “apostats”—Ali, Mouaouia et Amr Ibn al Ass— le même jour, à la prière de l’aube. Ils envoyèrent trois “Kamikazes” pour accomplir ce triple meurtre. Un seul des trois réussit. Moins de cinq ans après son ascension au califat, Ali fut tué par l’un de ses anciens partisans.
Les partisans de Ali prêtèrent allégeance à l’aîné de ses fils al Hassan. Mais la cause était déjà entendue. Quelques mois plus tard al Hassan abdiqua et Mouaouia fut proclamé nouveau Calife et Commandeur des Croyants.
(A suivre)
II-Al Hussein le prince des martyrs
Zyed Krichen
"Il existe une analogie entre la religion et la nevrose obsessionnelle. La religion est une sorte de névrose collective, les symptomes du névrosé sont symboliques et répétitifs."
- Satan
- Adjudant-chef Virtuel

- Messages : 1974
- Inscription : lun. 23 avr. 2007 08:00
- Twitter : USA
- Status : Hors-ligne
Re : qu est ce que le chiisme?
3 - Al Husseïn, le prince des martyrs. Par Zyed Krichen
Après l’assassinat de l’Imam Ali en l’an 40 de l’Hégire et l’abdication d’Al Hassan en l’an 41 de l’Hégire, les Chiites restèrent sans chef (Imam) déclaré jusqu’à l’an 60 de l’Hégire, à la mort de Mouaouia. L’épopée d’Al Husseïn, troisième Imam, fut courte. Sa fin fut tragique et marqua à jamais la mémoire collective des Chiites.
Après l’assassinat de Ali par le Kharéjite Ibn Moljem en l’an 40 de l’Hégire, la division de la communauté des Musulmans est définitivement consommée.
Une communauté divisée
Les partisans de Ali et sa descendance sont très fortement implantés en Irak et surtout à Koufa, l’une des principales villes-camps de l’époque. Mouaouia et ses partisans dominent la Syrie et en partie l’Egypte. Les Kharijites, premier véritable parti politico-religieux, commencent à s’implanter dans cette nouvelle classe sociale appelée les récitants (du Coran) « ». A l’époque les divergences entre ces différentes factions étaient exclusivement politiques. Pour les Chiites historiques, Ali est le Calife légitime et le Commandeur des croyants. Les partisans de Mouaouia et les Kharijites sont des séditieux. Les Chiites étaient des légitimistes, mais qui jugeaient très sévèrement la politique clanique du troisième Calife, Othman. En prêtant immédiatement allégeance à l’aîné des fils de Ali, Al Hassan, ils étaient les premiers à rompre avec la tradition du Califat bien guidé en instaurant le règne dynastique bien avant les Omeyades. A part cela, on ne peut déceler des divergences de doctrine, à ce moment-là, avec les autres factions.
L’historiographie chiite est d’un autre avis. Pour eux, Ali est l’héritier légitime du Prophète. Cet héritage a été explicitement (re)commandé par un hadith (propos) du Prophète. Seulement même les Chiites de la deuxième moitié du premier siècle de l’Hégire n’étaient pas d’accord sur ce point. On peut estimer, raisonnablement, que c’est un point de doctrine du Chiisme duodécimain et ismaélien qui a été élaboré ultérieurement.
Le Kharijisme de cette fin de la première moitié du premier siècle de l’Hégire était un mouvement minoritaire. Il a certainement souffert de l’absence d’un chef charismatique. Sa doctrine initiale se résumait à ce slogan : “Il n’y a de pouvoir/autorité que celui de Dieu”. Pour eux, Othman et Ali, plus tard Mouaouia, ont dévié de la voie juste. Voie tracée par le Prophète et ses deux illustres successeurs.
Les Kharijites étaient des adeptes de la sédition armée. Il leur suffisait de réunir quarante guerriers pour entrer en rébellion.
Mouaouia et les gens du Cham (la grande Syrie) se présentaient eux aussi comme étant des légitimistes.
Mais leur loyauté était pour le “Calife martyr” Othman et non pour le Calife en exercice, Ali, accusé de couvrir les calificides.
C’était, pratiquement, l’unique point de doctrine des partisans de Mouaouia. le second était celui d’instituer, avant même l’accès de Mouaouia au Califat, l’injure de Ali dans le prêche des mosquées sous leur autorité. Pratique à double tranchant, car elle a attisé les rancœurs des Chiites sur les Omeyades.
Mais on peut estimer qu’à cette époque-là (juste après l’assassinat de Ali) que la grande majorité des Musulmans étaient tout simplement légaliste. De nombreux compagnons du Prophète encore en vie ont refusé de prendre part aux combats fratricides. Cette position sera conceptualisée quelques années plus tard par les “Murjia” et d’une certaine manière par les Mutazilites.
Comme on l’a vu précédemment, les partisans d’Ali dominaient l’Irak et surtout la ville-camp de Koufa. Les partisans de Mouaouia étaient, quant à eux, bien implantés en Syrie. La capitale du Prophète, Médine, n’est plus le centre de la communauté islamique. Médine n’était pas chiite au sens partisan du terme, mais avait beaucoup de sympathie pour Ali et sa descendance.
La Mecque était partagée entre les Hachémites (le clan de Ali) et les Omeyades (le clan de Mouaouia)...
L’abdication d’Al Hassan
A la mort de Ali, les Chiites historiques prétèrent allégeance à l’aîné de ses fils, Al Hassan. Al Hassan (plus tard devenu le deuxième Imam pour les Duodécimains et les Ismaéliens) posa une condition curieuse à ses partisans: vous devez m’obéir pour faire la guerre ou contracter la paix. En fait, Al Hassan avait une idée derrière la tête. Il estimait qu’il n’avait pas les moyens de battre Mouaouia. Il envoya des émissaires en secret pour négocier une reddition honorable avec les maîtres de Syrie. Le deal était que les partisans de Ali ne seraient pas poursuivis et que leurs rentes ne seraient pas interrompues.
Quelques mois après la mort de Ali, Al Hassan et ses partisans prêtèrent allégeance au nouveau Calife, Mouaouia, mettant ainsi un terme, provisoirement, à cinq ans de guerres fraticides...
Al Hassan, son frère germain Al Husseïn et leur demi-frère Mohamed Ibn al Hanafya, quittèrent Koufa et s’installèrent à Médine. Damas devint la nouvelle capitale du Califat...
Les partisans de Ali à Koufa digérèrent mal cette débacle. Ils ne supportèrent pas du tout l’injure institutionnalisée de Ali dans le prêche des Mosquées.
Mouaouia eut l’intelligence de nommer Al Mughira Ibn Chaâba gouverneur de Koufa. Ce grand notable de l’Islam connaissait très bien la ville et ses habitants. Il y était déjà gouverneur du temps de Omar Ibn al Khattab... Il sut se montrer patient face aux sautes d’humeur des partisans de Ali. Il était au courant de leur réunions secrètes mais ne tenta rien contre eux...
La dynastie Omeyade
Seulement l’Irak et Koufa en particulier demeurèrent difficilement gouvernables. Les partisans de Ali y furent très nombreux. Ils étaient habités par un sentiment de revanche. Les plus engagés d’entre eux s’en voulurent d’avoir lâché Ali et son fils Al Hassan. Ils ne purent supporter de voir la mémoire de leur Imam (guide, chef...) injuriée et souillée par les partisans de Mouaouia.
Les plus contestataires d’entre eux furent tués et torturés. Les historiographes rapportent que Hijr Ibn Adii et six de ses compgnons furent torturés à mort en l’an 51 de l’Hégire pour avoir protesté contre les insultes à répétition à l’égard de l’Imam Ali...
Seulement, pendant la vingtaine d’années du règne de Mouaouia, l’usage de la violence contre les partisans de Ali fut assez modéré. Mouaouia cherchait à asseoir le règne de son clan dans la durée. Il reprit les conquêtes, un moment stoppées sous le Califat de Ali, réprima violemment la sédition kharijite. On lui impute l’empoisonnement de son ancien rival Al Hassan en l’an 49 de l’Hégire. Les agents de Mouaouia auraient promis à la femme d’Al Hassan une très forte somme si elle empoisonnait son mari. Cerise sur le gâteau, elle épousera aussi Yazid fils de Mouaouia.
Al Hassan fut empoisonné. Mouaouia tint la moitié de ses promesses : l’argent. Il avait très peur que son fils épouse une empoisonneuse...
Le règne de Mouaouia fut prospère. Le Calife sut garder une ligne de conduite politique et personnelle acceptable par la majorité des Musulmans. Pour l’essentiel, la cruauté était bannie de son registre...
Mouaouia était un monarque dans l’âme. Il ne pouvait concevoir son pouvoir que dans une lignée dynastique. Certes Al Hassan a succédé à son père Ali, mais c’étaient les gens de Koufa qui le voulurent. Mouaouia prépara le terrain pour son fils. En l’an 56 de l’Hégire, Mouaouia commençait à tester dans les importantes contrées de l’Islam, l’hypothèse d’un prince héritier, en l’occurence Yazid.
Les principales sources anciennes rapportent l’anecdote suivante :
En l’an 57 de l’Hégire, soit trois ans avant la mort de Mouaouia, le fondateur de la dynastie Omeyade organisa en grandes pompes une cérémonie d’investiture pour son fils Yazid. Un des généraux de Mouaouia prit la parole et dit : après celui-là (Mouaouia) c’est celui-ci (Yazid) et pour tous ceux qui refusent il y a celle-là (son épée).
Yazid contesté
Le danger pour Yazid venait des enfants des Grands Compagnons. Tabari rapporte que cinq d’entre eux ont refusé de prêter allégeance au nouveau prince héritier : Al Husseïn, fils de Ali, Abderrahmane, fils d’Abou Bakr, Abdallah, fils de Omar Ibn Khattab, Abdallah fils de Zoubayr et Abdallah fils d’Al Abbes (oncle du Prophète). Lors du pélerinage de l’an 56 de l’Hégire, Mouaouia tenta de rallier ces grandes personnalités: peine perdue. Mouaouia décéda en l’an 60. Yazid devint le nouveau Calife. Les partisans de Ali à Koufa pensèrent que c’était le moment ou jamais pour renverser la tyrannie des Omeyades... Al Husseïn était l’homme idoine. Personne ne pouvait prétendre à tant de noblesse en Islam. Petit-fils du Prophète et fils de Ali, Al Husseïn était le chef désigné des Chiites...
Les partisans de Ali à Koufa s’organisèrent secrètement. Ils envoyèrent plusieurs missives demandant à Al Husseïn de venir chez eux réclamer l’héritage de son père et de son frère.
Al Husseïn avait élu domicile à Médine. A la mort de Mouaouia, le Gouverneur de Médine pressa Al Husseïn de prêter allégeance au nouveau Calife. Al Husseïn rassura le gouverneur sur ses intentions et demanda qu’il le fasse le lendemain publiquement. La nuit tombée, Al Husseïn quitta Médine avec femmes et enfants, en direction de la Mecque.
Le Hijaz, c’est-à-dire essentiellement la Mecque et Médine, n’avait pas d’atomes crochus avec le nouveau Calife.
Sa réputation, à tort ou à raison, de buveur de vin et de passionné de chasse l’a précédé et ne l’a pas servi. Les deux villes saintes de l’Islam regorgeaient de grands noms, comme les cinq qui avaient refusé, déjà, de prêter allégeance à Yazid alors qu’il n’était que prince héritier. Mais le Hijaz n’avait plus les moyens de sa politique. Les centres névralgiques du nouvel empire de l’Islam se situaient en Syrie et en Irak. La Mecque ne pouvait être qu’un refuge, jamais une base arrière pour la conquête du pouvoir. Arrivé à la Mecque, Al Husseïn examina sérieusement l’idée de rejoindre ses partisans à Koufa. Seulement les expériences malheureuses de son père et de son frère avec les gens de Koufa trottèrent dans sa tête. Il envoya son cousin Muslim Ibn Oukaïl en éclaireur pour apprécier l’état réel de la situation.
Koufa se rebelle
Koufa était dans une véritable ébullition révolutionnaire. La mort de Mouaouia était une opportunité historique pour les partisans de Ali. Ils avaient un chef induscutable, Al Husseïn, et un ennemi dépravé: Yazid. Ils multiplièrent réunions sur réunions. La ville comptait à l’époque plus de 100.000 guerriers de métier... pour la plupart des Chiites (au sens historique: partisans de Ali). La noblesse arabe de la ville penchait, elle aussi, pour les Alaouites. Même les Mawalis (non-arabes islamisés et ralliés à des tribus arabes) étaient avec les “Ahl al Bayt”...
La ville était plus que mûre pour tomber entre les mains des partisans de Al Husseïn.
Yazid paniqua devant la tournure des évènements. Les plus avisés de ses proches lui conseillèrent de confier Koufa à Obaïd Allah Ibn Ziad, gouverneur de Basra, que Yazid comptait démettre. Le rusé et cruel Ibn Ziad devint gouverneur des deux principales villes de l’Irak de l’époque, Basra et Koufa.
Muslim Ibn Oukaïl, le cousin d’Al Husseïn, était à pied d’œuvre à Koufa. près de 12.000 combattants avaient déjà prêté allégeance au petit-fils du Prophète...
Quand Ibn Ziad entra à Koufa, le visage caché par un foulard, les gens de la ville le prirent, au début, pour Al Husseïn.
La première tâche d’Ibn Ziad fut de découvrir les chefs de la sédition chiite. Il chargea l’un de ses meilleurs espions d’infiltrer le parti de la rebellion. Maôkal se présenta comme un habitant de Hims (ville de Syrie) partisan de Ali et riche donateur pour la cause d’Al Husseïn... Le désordre et l’inexpérience des insurgés lui permirent d’arriver jusqu’au chef koufi des Chiites, Hani Ibn Arwa.
Ibn Ziad demanda à Hani de se présenter à son palais. Le chef des insurgés pensait qu’il n’avait rien à craindre. Ibn Ziad le tortura et le jeta en prison. Muslim Ibn Oukaïl rassembla 4.000 hommes pour le libérer... Mais la politique d’Ibn Ziad, faite de bâton et de carotte, a déjà porté ses fruits. Les 4.000 devinrent 500 et à la tombée de la nuit Muslim se retrouva tout seul. Il fut capturé par les agents d’Ibn Ziad et décapité. Auparavant Ibn Ziad jeta Hani du haut de son palais. Il mit plusieurs centaines de partisans en prison. Ibn Ziad fut aussi informé par ses espions des échanges entre Al Husseïn et les insurgés et de la probable venue du petit-fils du Prophète à Koufa...
Le martyre d’Al Husseïn
Les missives qui arrivèrent à la Mecque furent très encourageantes. On y parle parfois de 80.000 combattants prêts à venger Ali et Al Hassan.
On ne peut pas décrire avec certitude l’état d’esprit d’Al Husseïn à ce moment précis des évènements.
Nous sommes en l’an 60 de l’Hégire. Nous ne disposons d’aucune source écrite contemporaine de ces évènements. Les premiers récits écrits datent de la fin du premier siècle, mais toutes ces sources ont disparu. Certaines ont été conservées dans des ouvrages de compilation ultérieurs (début du 3ème siècle de l’Hégire).
L’histoire que nous essayons de vous raconter a été écrite bien après la disparition de l’empire omeyade. Même les premières sources sunnites, telle que la chronique de Tabari, sont relativement hostiles aux Omeyades et forcent le trait quand il s’agit de certains monarques, tel que Yazid auquel on impute tous les vices de la terre. Les sources chiites, quant à elles, font carrément dans l’apologétique. L’histoire concrète n’est, ainsi, que la réalisation d’un destin et d’un dessein divins.
Pour les Chiites (par exemple “Le martyre d’Al Hussein” d’Ibn Taous al Husseïn, 7ème siècle de l’Hégire) Al Husseïn connaissait, par illumination divine, le temps, le lieu et la manière de son martyre. Les anges et les djinns lui ont proposé d‘anéantir ses ennemis, mais il voulut que le dessein de Dieu se réalise. Seulement certains éléments factuels, rapportés par ces mêmes sources, contredisent cette eschatologie historique. C’est par le recoupement de ces éléments avec les narrations des sources sunnites (beaucoup plus soucieuses de l’évènementiel que leur concurrentes) que nous allons essayer de comprendre les motivations de l’action d’Al Husseïn. Action qui sera, comme nous le verrons plus tard, fondatrice du Chiisme et qui opèrera une rupture définitive entre les Chiites et les autres.
L’entourage d’Al Husseïn, à la Mecque, n’était pas favorable au départ pour Koufa. Les habitants de la cité n’avaient pas bonne presse chez le clan des Hachémites. Ils ont lâché Ali et trahi Al Husseïn... Que peut-on espérer de pareilles gens ? Mohamed Ibn Al Hanafya, fils de Ali et demi-frère d'Al Husseïn, fit une analyse lucide de la situation: malgré les promesses d’allégeance à Al Husseïn et le chiffre avancé de 80.000 partisans, Koufa est encore sous pouvoir omeyade. les insurgés n’ont même pas réussi à chasser le gouverneur de Yazid. Le pouvoir et l’argent étant encore aux mains des fidèles de Yazid, rien ne dit que la venue d’Al Husseïn y changera quelque chose... En plus Al Husseïn est protégé à la Mecque. Personne n’osera attaquer le sanctuaire de Dieu. Si le petit-fils du Prophète se proclame Calife, les grandes tribus ne manqueraient pas de lui prêter allégeance. Apparemment les arguments de son frère n’ont pas convaincu Al Husseïn. Même le conseil, plus qu’intéressé, d’Ibn Zoubayr (dont le père fut l’un des ennemis de Ali dans la bataille du Chameau) n’infléchira pas la décision d’Al Husseïn : il faut qu’il se rende à Koufa avant que le pouvoir de Yazid n’arrive à se stabiliser.
Mais au moment où Al Husseïn quitta la Mecque avec quelques dizaines de combattants, ses femmes et ses enfants, la situation à Koufa avait déjà tourné au profit des Omeyades... L’insurrection est décapitée, les partisans les plus intransigeants sont en prison.
Koufa est à près de 1300 km, à vol d’oiseau, il faut traverser le désert aride de l’Arabie. Ibn Ziad se prépara minutieusement pour “recevoir” Al Husseïn et sa maigre armée. Il chargea un régiment de 4.000 hommes pour lui barrer la route de Koufa. L’ordre n’avait pas encore été donné d’attaquer Al Husseïn. On obligea la petite armée d’Al Husseïn d’aller vers Kerbala (une cinquantaine de kilomètres au Nord de Koufa). On proposa à Al Husseïn de prêter allégeance à Yazid ou de partir de l’Irak, mais sans retourner au Hijaz. Al Husseïn essaya de négocier, mais Ibn Ziad attendait l’ordre de Yazid. En fin de compte Al Husseïn avait le choix entre prêter allégeance à Yazid, la reddition sans condition ou le combat inégal...
La petite armée d’Al Husseïn n’en pouvait plus, privée des sources d’eau depuis plusieurs jours. Et c’est dans des conditions très pénibles qu’Al Husseïn livra bataille. L’issue était plus que prévisible. Tous les combattants et les garçons furent tués et décapités, sauf un jeune enfant d’Al Husseïn, Ali, malade, sauvé par sa tante. Les femmes furent prises comme esclaves.
Ibn Ziad envoya, fièrement, la tête d’Al Husseïn au palais de Yazid à Damas. La rébellion d’Al Husseïn fut de courte durée et sa fin une véritable tragédie...
Ses partisans à Koufa furent frappés de stupeur. Ils n’en croyaient pas leur yeux. Le petit-fils du Prophète, le Seigneur des jeunes du Paradis, est décapité par les agents de l’immonde Yazid et eux n’ont pas bougé le petit doigt pour venir en aide à leur Imam. Honte à eux à la vie à la mort! La seule rédemption encore possible est de venger dans le sang le fils de Fatima.
(A suivre
Zyed Krichen
Après l’assassinat de l’Imam Ali en l’an 40 de l’Hégire et l’abdication d’Al Hassan en l’an 41 de l’Hégire, les Chiites restèrent sans chef (Imam) déclaré jusqu’à l’an 60 de l’Hégire, à la mort de Mouaouia. L’épopée d’Al Husseïn, troisième Imam, fut courte. Sa fin fut tragique et marqua à jamais la mémoire collective des Chiites.
Après l’assassinat de Ali par le Kharéjite Ibn Moljem en l’an 40 de l’Hégire, la division de la communauté des Musulmans est définitivement consommée.
Une communauté divisée
Les partisans de Ali et sa descendance sont très fortement implantés en Irak et surtout à Koufa, l’une des principales villes-camps de l’époque. Mouaouia et ses partisans dominent la Syrie et en partie l’Egypte. Les Kharijites, premier véritable parti politico-religieux, commencent à s’implanter dans cette nouvelle classe sociale appelée les récitants (du Coran) « ». A l’époque les divergences entre ces différentes factions étaient exclusivement politiques. Pour les Chiites historiques, Ali est le Calife légitime et le Commandeur des croyants. Les partisans de Mouaouia et les Kharijites sont des séditieux. Les Chiites étaient des légitimistes, mais qui jugeaient très sévèrement la politique clanique du troisième Calife, Othman. En prêtant immédiatement allégeance à l’aîné des fils de Ali, Al Hassan, ils étaient les premiers à rompre avec la tradition du Califat bien guidé en instaurant le règne dynastique bien avant les Omeyades. A part cela, on ne peut déceler des divergences de doctrine, à ce moment-là, avec les autres factions.
L’historiographie chiite est d’un autre avis. Pour eux, Ali est l’héritier légitime du Prophète. Cet héritage a été explicitement (re)commandé par un hadith (propos) du Prophète. Seulement même les Chiites de la deuxième moitié du premier siècle de l’Hégire n’étaient pas d’accord sur ce point. On peut estimer, raisonnablement, que c’est un point de doctrine du Chiisme duodécimain et ismaélien qui a été élaboré ultérieurement.
Le Kharijisme de cette fin de la première moitié du premier siècle de l’Hégire était un mouvement minoritaire. Il a certainement souffert de l’absence d’un chef charismatique. Sa doctrine initiale se résumait à ce slogan : “Il n’y a de pouvoir/autorité que celui de Dieu”. Pour eux, Othman et Ali, plus tard Mouaouia, ont dévié de la voie juste. Voie tracée par le Prophète et ses deux illustres successeurs.
Les Kharijites étaient des adeptes de la sédition armée. Il leur suffisait de réunir quarante guerriers pour entrer en rébellion.
Mouaouia et les gens du Cham (la grande Syrie) se présentaient eux aussi comme étant des légitimistes.
Mais leur loyauté était pour le “Calife martyr” Othman et non pour le Calife en exercice, Ali, accusé de couvrir les calificides.
C’était, pratiquement, l’unique point de doctrine des partisans de Mouaouia. le second était celui d’instituer, avant même l’accès de Mouaouia au Califat, l’injure de Ali dans le prêche des mosquées sous leur autorité. Pratique à double tranchant, car elle a attisé les rancœurs des Chiites sur les Omeyades.
Mais on peut estimer qu’à cette époque-là (juste après l’assassinat de Ali) que la grande majorité des Musulmans étaient tout simplement légaliste. De nombreux compagnons du Prophète encore en vie ont refusé de prendre part aux combats fratricides. Cette position sera conceptualisée quelques années plus tard par les “Murjia” et d’une certaine manière par les Mutazilites.
Comme on l’a vu précédemment, les partisans d’Ali dominaient l’Irak et surtout la ville-camp de Koufa. Les partisans de Mouaouia étaient, quant à eux, bien implantés en Syrie. La capitale du Prophète, Médine, n’est plus le centre de la communauté islamique. Médine n’était pas chiite au sens partisan du terme, mais avait beaucoup de sympathie pour Ali et sa descendance.
La Mecque était partagée entre les Hachémites (le clan de Ali) et les Omeyades (le clan de Mouaouia)...
L’abdication d’Al Hassan
A la mort de Ali, les Chiites historiques prétèrent allégeance à l’aîné de ses fils, Al Hassan. Al Hassan (plus tard devenu le deuxième Imam pour les Duodécimains et les Ismaéliens) posa une condition curieuse à ses partisans: vous devez m’obéir pour faire la guerre ou contracter la paix. En fait, Al Hassan avait une idée derrière la tête. Il estimait qu’il n’avait pas les moyens de battre Mouaouia. Il envoya des émissaires en secret pour négocier une reddition honorable avec les maîtres de Syrie. Le deal était que les partisans de Ali ne seraient pas poursuivis et que leurs rentes ne seraient pas interrompues.
Quelques mois après la mort de Ali, Al Hassan et ses partisans prêtèrent allégeance au nouveau Calife, Mouaouia, mettant ainsi un terme, provisoirement, à cinq ans de guerres fraticides...
Al Hassan, son frère germain Al Husseïn et leur demi-frère Mohamed Ibn al Hanafya, quittèrent Koufa et s’installèrent à Médine. Damas devint la nouvelle capitale du Califat...
Les partisans de Ali à Koufa digérèrent mal cette débacle. Ils ne supportèrent pas du tout l’injure institutionnalisée de Ali dans le prêche des Mosquées.
Mouaouia eut l’intelligence de nommer Al Mughira Ibn Chaâba gouverneur de Koufa. Ce grand notable de l’Islam connaissait très bien la ville et ses habitants. Il y était déjà gouverneur du temps de Omar Ibn al Khattab... Il sut se montrer patient face aux sautes d’humeur des partisans de Ali. Il était au courant de leur réunions secrètes mais ne tenta rien contre eux...
La dynastie Omeyade
Seulement l’Irak et Koufa en particulier demeurèrent difficilement gouvernables. Les partisans de Ali y furent très nombreux. Ils étaient habités par un sentiment de revanche. Les plus engagés d’entre eux s’en voulurent d’avoir lâché Ali et son fils Al Hassan. Ils ne purent supporter de voir la mémoire de leur Imam (guide, chef...) injuriée et souillée par les partisans de Mouaouia.
Les plus contestataires d’entre eux furent tués et torturés. Les historiographes rapportent que Hijr Ibn Adii et six de ses compgnons furent torturés à mort en l’an 51 de l’Hégire pour avoir protesté contre les insultes à répétition à l’égard de l’Imam Ali...
Seulement, pendant la vingtaine d’années du règne de Mouaouia, l’usage de la violence contre les partisans de Ali fut assez modéré. Mouaouia cherchait à asseoir le règne de son clan dans la durée. Il reprit les conquêtes, un moment stoppées sous le Califat de Ali, réprima violemment la sédition kharijite. On lui impute l’empoisonnement de son ancien rival Al Hassan en l’an 49 de l’Hégire. Les agents de Mouaouia auraient promis à la femme d’Al Hassan une très forte somme si elle empoisonnait son mari. Cerise sur le gâteau, elle épousera aussi Yazid fils de Mouaouia.
Al Hassan fut empoisonné. Mouaouia tint la moitié de ses promesses : l’argent. Il avait très peur que son fils épouse une empoisonneuse...
Le règne de Mouaouia fut prospère. Le Calife sut garder une ligne de conduite politique et personnelle acceptable par la majorité des Musulmans. Pour l’essentiel, la cruauté était bannie de son registre...
Mouaouia était un monarque dans l’âme. Il ne pouvait concevoir son pouvoir que dans une lignée dynastique. Certes Al Hassan a succédé à son père Ali, mais c’étaient les gens de Koufa qui le voulurent. Mouaouia prépara le terrain pour son fils. En l’an 56 de l’Hégire, Mouaouia commençait à tester dans les importantes contrées de l’Islam, l’hypothèse d’un prince héritier, en l’occurence Yazid.
Les principales sources anciennes rapportent l’anecdote suivante :
En l’an 57 de l’Hégire, soit trois ans avant la mort de Mouaouia, le fondateur de la dynastie Omeyade organisa en grandes pompes une cérémonie d’investiture pour son fils Yazid. Un des généraux de Mouaouia prit la parole et dit : après celui-là (Mouaouia) c’est celui-ci (Yazid) et pour tous ceux qui refusent il y a celle-là (son épée).
Yazid contesté
Le danger pour Yazid venait des enfants des Grands Compagnons. Tabari rapporte que cinq d’entre eux ont refusé de prêter allégeance au nouveau prince héritier : Al Husseïn, fils de Ali, Abderrahmane, fils d’Abou Bakr, Abdallah, fils de Omar Ibn Khattab, Abdallah fils de Zoubayr et Abdallah fils d’Al Abbes (oncle du Prophète). Lors du pélerinage de l’an 56 de l’Hégire, Mouaouia tenta de rallier ces grandes personnalités: peine perdue. Mouaouia décéda en l’an 60. Yazid devint le nouveau Calife. Les partisans de Ali à Koufa pensèrent que c’était le moment ou jamais pour renverser la tyrannie des Omeyades... Al Husseïn était l’homme idoine. Personne ne pouvait prétendre à tant de noblesse en Islam. Petit-fils du Prophète et fils de Ali, Al Husseïn était le chef désigné des Chiites...
Les partisans de Ali à Koufa s’organisèrent secrètement. Ils envoyèrent plusieurs missives demandant à Al Husseïn de venir chez eux réclamer l’héritage de son père et de son frère.
Al Husseïn avait élu domicile à Médine. A la mort de Mouaouia, le Gouverneur de Médine pressa Al Husseïn de prêter allégeance au nouveau Calife. Al Husseïn rassura le gouverneur sur ses intentions et demanda qu’il le fasse le lendemain publiquement. La nuit tombée, Al Husseïn quitta Médine avec femmes et enfants, en direction de la Mecque.
Le Hijaz, c’est-à-dire essentiellement la Mecque et Médine, n’avait pas d’atomes crochus avec le nouveau Calife.
Sa réputation, à tort ou à raison, de buveur de vin et de passionné de chasse l’a précédé et ne l’a pas servi. Les deux villes saintes de l’Islam regorgeaient de grands noms, comme les cinq qui avaient refusé, déjà, de prêter allégeance à Yazid alors qu’il n’était que prince héritier. Mais le Hijaz n’avait plus les moyens de sa politique. Les centres névralgiques du nouvel empire de l’Islam se situaient en Syrie et en Irak. La Mecque ne pouvait être qu’un refuge, jamais une base arrière pour la conquête du pouvoir. Arrivé à la Mecque, Al Husseïn examina sérieusement l’idée de rejoindre ses partisans à Koufa. Seulement les expériences malheureuses de son père et de son frère avec les gens de Koufa trottèrent dans sa tête. Il envoya son cousin Muslim Ibn Oukaïl en éclaireur pour apprécier l’état réel de la situation.
Koufa se rebelle
Koufa était dans une véritable ébullition révolutionnaire. La mort de Mouaouia était une opportunité historique pour les partisans de Ali. Ils avaient un chef induscutable, Al Husseïn, et un ennemi dépravé: Yazid. Ils multiplièrent réunions sur réunions. La ville comptait à l’époque plus de 100.000 guerriers de métier... pour la plupart des Chiites (au sens historique: partisans de Ali). La noblesse arabe de la ville penchait, elle aussi, pour les Alaouites. Même les Mawalis (non-arabes islamisés et ralliés à des tribus arabes) étaient avec les “Ahl al Bayt”...
La ville était plus que mûre pour tomber entre les mains des partisans de Al Husseïn.
Yazid paniqua devant la tournure des évènements. Les plus avisés de ses proches lui conseillèrent de confier Koufa à Obaïd Allah Ibn Ziad, gouverneur de Basra, que Yazid comptait démettre. Le rusé et cruel Ibn Ziad devint gouverneur des deux principales villes de l’Irak de l’époque, Basra et Koufa.
Muslim Ibn Oukaïl, le cousin d’Al Husseïn, était à pied d’œuvre à Koufa. près de 12.000 combattants avaient déjà prêté allégeance au petit-fils du Prophète...
Quand Ibn Ziad entra à Koufa, le visage caché par un foulard, les gens de la ville le prirent, au début, pour Al Husseïn.
La première tâche d’Ibn Ziad fut de découvrir les chefs de la sédition chiite. Il chargea l’un de ses meilleurs espions d’infiltrer le parti de la rebellion. Maôkal se présenta comme un habitant de Hims (ville de Syrie) partisan de Ali et riche donateur pour la cause d’Al Husseïn... Le désordre et l’inexpérience des insurgés lui permirent d’arriver jusqu’au chef koufi des Chiites, Hani Ibn Arwa.
Ibn Ziad demanda à Hani de se présenter à son palais. Le chef des insurgés pensait qu’il n’avait rien à craindre. Ibn Ziad le tortura et le jeta en prison. Muslim Ibn Oukaïl rassembla 4.000 hommes pour le libérer... Mais la politique d’Ibn Ziad, faite de bâton et de carotte, a déjà porté ses fruits. Les 4.000 devinrent 500 et à la tombée de la nuit Muslim se retrouva tout seul. Il fut capturé par les agents d’Ibn Ziad et décapité. Auparavant Ibn Ziad jeta Hani du haut de son palais. Il mit plusieurs centaines de partisans en prison. Ibn Ziad fut aussi informé par ses espions des échanges entre Al Husseïn et les insurgés et de la probable venue du petit-fils du Prophète à Koufa...
Le martyre d’Al Husseïn
Les missives qui arrivèrent à la Mecque furent très encourageantes. On y parle parfois de 80.000 combattants prêts à venger Ali et Al Hassan.
On ne peut pas décrire avec certitude l’état d’esprit d’Al Husseïn à ce moment précis des évènements.
Nous sommes en l’an 60 de l’Hégire. Nous ne disposons d’aucune source écrite contemporaine de ces évènements. Les premiers récits écrits datent de la fin du premier siècle, mais toutes ces sources ont disparu. Certaines ont été conservées dans des ouvrages de compilation ultérieurs (début du 3ème siècle de l’Hégire).
L’histoire que nous essayons de vous raconter a été écrite bien après la disparition de l’empire omeyade. Même les premières sources sunnites, telle que la chronique de Tabari, sont relativement hostiles aux Omeyades et forcent le trait quand il s’agit de certains monarques, tel que Yazid auquel on impute tous les vices de la terre. Les sources chiites, quant à elles, font carrément dans l’apologétique. L’histoire concrète n’est, ainsi, que la réalisation d’un destin et d’un dessein divins.
Pour les Chiites (par exemple “Le martyre d’Al Hussein” d’Ibn Taous al Husseïn, 7ème siècle de l’Hégire) Al Husseïn connaissait, par illumination divine, le temps, le lieu et la manière de son martyre. Les anges et les djinns lui ont proposé d‘anéantir ses ennemis, mais il voulut que le dessein de Dieu se réalise. Seulement certains éléments factuels, rapportés par ces mêmes sources, contredisent cette eschatologie historique. C’est par le recoupement de ces éléments avec les narrations des sources sunnites (beaucoup plus soucieuses de l’évènementiel que leur concurrentes) que nous allons essayer de comprendre les motivations de l’action d’Al Husseïn. Action qui sera, comme nous le verrons plus tard, fondatrice du Chiisme et qui opèrera une rupture définitive entre les Chiites et les autres.
L’entourage d’Al Husseïn, à la Mecque, n’était pas favorable au départ pour Koufa. Les habitants de la cité n’avaient pas bonne presse chez le clan des Hachémites. Ils ont lâché Ali et trahi Al Husseïn... Que peut-on espérer de pareilles gens ? Mohamed Ibn Al Hanafya, fils de Ali et demi-frère d'Al Husseïn, fit une analyse lucide de la situation: malgré les promesses d’allégeance à Al Husseïn et le chiffre avancé de 80.000 partisans, Koufa est encore sous pouvoir omeyade. les insurgés n’ont même pas réussi à chasser le gouverneur de Yazid. Le pouvoir et l’argent étant encore aux mains des fidèles de Yazid, rien ne dit que la venue d’Al Husseïn y changera quelque chose... En plus Al Husseïn est protégé à la Mecque. Personne n’osera attaquer le sanctuaire de Dieu. Si le petit-fils du Prophète se proclame Calife, les grandes tribus ne manqueraient pas de lui prêter allégeance. Apparemment les arguments de son frère n’ont pas convaincu Al Husseïn. Même le conseil, plus qu’intéressé, d’Ibn Zoubayr (dont le père fut l’un des ennemis de Ali dans la bataille du Chameau) n’infléchira pas la décision d’Al Husseïn : il faut qu’il se rende à Koufa avant que le pouvoir de Yazid n’arrive à se stabiliser.
Mais au moment où Al Husseïn quitta la Mecque avec quelques dizaines de combattants, ses femmes et ses enfants, la situation à Koufa avait déjà tourné au profit des Omeyades... L’insurrection est décapitée, les partisans les plus intransigeants sont en prison.
Koufa est à près de 1300 km, à vol d’oiseau, il faut traverser le désert aride de l’Arabie. Ibn Ziad se prépara minutieusement pour “recevoir” Al Husseïn et sa maigre armée. Il chargea un régiment de 4.000 hommes pour lui barrer la route de Koufa. L’ordre n’avait pas encore été donné d’attaquer Al Husseïn. On obligea la petite armée d’Al Husseïn d’aller vers Kerbala (une cinquantaine de kilomètres au Nord de Koufa). On proposa à Al Husseïn de prêter allégeance à Yazid ou de partir de l’Irak, mais sans retourner au Hijaz. Al Husseïn essaya de négocier, mais Ibn Ziad attendait l’ordre de Yazid. En fin de compte Al Husseïn avait le choix entre prêter allégeance à Yazid, la reddition sans condition ou le combat inégal...
La petite armée d’Al Husseïn n’en pouvait plus, privée des sources d’eau depuis plusieurs jours. Et c’est dans des conditions très pénibles qu’Al Husseïn livra bataille. L’issue était plus que prévisible. Tous les combattants et les garçons furent tués et décapités, sauf un jeune enfant d’Al Husseïn, Ali, malade, sauvé par sa tante. Les femmes furent prises comme esclaves.
Ibn Ziad envoya, fièrement, la tête d’Al Husseïn au palais de Yazid à Damas. La rébellion d’Al Husseïn fut de courte durée et sa fin une véritable tragédie...
Ses partisans à Koufa furent frappés de stupeur. Ils n’en croyaient pas leur yeux. Le petit-fils du Prophète, le Seigneur des jeunes du Paradis, est décapité par les agents de l’immonde Yazid et eux n’ont pas bougé le petit doigt pour venir en aide à leur Imam. Honte à eux à la vie à la mort! La seule rédemption encore possible est de venger dans le sang le fils de Fatima.
(A suivre
Zyed Krichen
"Il existe une analogie entre la religion et la nevrose obsessionnelle. La religion est une sorte de névrose collective, les symptomes du névrosé sont symboliques et répétitifs."
- Abdalazrad
- Caporal Virtuel

- Messages : 152
- Inscription : mar. 20 nov. 2007 08:00
- Status : Hors-ligne
Re : qu est ce que le chiisme?
Cet exposé est intéressant, mais pour moi, les péripéties politiques sont secondaires, les sources historiques étant peu fiables.
Voici comment je vois les choses.
A la base, il y a un désaccord sur un point de doctrine dans les premiers siècles de l'islam. Il survient durant la période où les intellectuels convertis entreprennent de définir les bases théoriques de la religion. Ces savants sont de culture grecque ou perse, donc en tout cas hellenistique.
Ce désaccord porte sur le statut des textes qui viennent juste d'être compilés, et leur rapport avec les croyants. Il rappelle les controverses du début du christianisme.
Le Coran est-il divin ? Est-il suffisant pour guider une communauté ? Qui tranche dans les multiples interprétations ? ...
Chacune de ces questions a donné naissance à un courant particulier. Et comme les Arabes ne distinguait pas le religieux du politique, les querelles dogmatiques ont épousé les luttes de succession, chaque camp voulant démontrer que son champion avait la légitimité pour lui.
Voici comment je vois les choses.
A la base, il y a un désaccord sur un point de doctrine dans les premiers siècles de l'islam. Il survient durant la période où les intellectuels convertis entreprennent de définir les bases théoriques de la religion. Ces savants sont de culture grecque ou perse, donc en tout cas hellenistique.
Ce désaccord porte sur le statut des textes qui viennent juste d'être compilés, et leur rapport avec les croyants. Il rappelle les controverses du début du christianisme.
Le Coran est-il divin ? Est-il suffisant pour guider une communauté ? Qui tranche dans les multiples interprétations ? ...
Chacune de ces questions a donné naissance à un courant particulier. Et comme les Arabes ne distinguait pas le religieux du politique, les querelles dogmatiques ont épousé les luttes de succession, chaque camp voulant démontrer que son champion avait la légitimité pour lui.
-
caius
- Caporal-chef Virtuel

- Messages : 253
- Inscription : ven. 1 août 2008 08:00
- Status : Hors-ligne
La genèse du chiisme
La genèse de l’islam chiite
Comme nous l’avons vu dans le fil sur « La famille royale de l’islam », le mot arabe shî'a d'où vient le mot « chiite » ne signifie au départ rien d'autre que « parti »: shî'a 'Alî, « le parti d'Ali», soit au départ ceux des musulmans qui pensaient que Mahomet souhaitait que Ali, son cousin et gendre, prenne la direction de la Ummah par opposition à la grande majorité qui, en acceptant comme Calife (successeur du Prophète) Abu Bakr, s’était ralliée aux traditionnelles pratiques patriarcales arabes basées sur la cooptation entre notables de la tribu. Les particularités doctrinales et les différences théologiques entre ces deux courants n’apparaîtront que petit à petit à partir d'un mélange d'influences culturelles, politiques, économiques et religieuses pour finir par se cristalliser dans le dogme du Mahdi, le révéré Imam dont la venue est attendue par les Chiites. Mahdi qui est censé apparaître quand le monde aura atteint le comble de la corruption et du désespoir (du point de vue d’un chiite bien entendu !).
Voyons cela :
Nous avons donc vu que l’ambition d’Ali finit par entraîner une guerre civile au cours de laquelle périrent Ali puis Hassan et Husayn, les deux fils qu’il avait eu de Fatima, la fille de Mahomet.
La lignée des 12 Imams débute donc avec Ali, suivi de son fils aîné Hassan puis de son frère Husayn (ou Hussein) comme troisième Imam.
Le dogme de l’imamat se développa assez rapidement : la direction politique et spirituelle de la communauté des musulmans ne peut être assurée que par un membre de la Ahl al-Bayt (gens de la maison de Mahomet : Ali, Fatima, Hassan et Husayn et leurs descendants) car seuls ils bénéficient de l’Ismah (infaillibilité, protection) et ont une parfaite compréhension du sens du Coran y compris son sens ésotérique inaccessible au simple mortel. La notion de Mahdi n’apparut qu’après la mort de Husayn (Hussein.)
Après la mort de Hussein, ses partisans prirent comme imam son demi-frère Muhammad ibn al-Hanafiya (4ième et dernier Imâm pour le kaysanisme - fils qu'Ali avait eu avec une femme de la tribu des Hanîfa après la mort de Fatima),
A la mort de Muhammad ibn al-Hanafiya vers 700, une partie des chiites menés par un certain Kaysân de Koufa, affirmèrent qu’en réalité il n’était pas mort mais vivait désormais caché, miraculeusement soustrait aux yeux des mortels, et que dans un proche avenir, il sortirait triomphant de sa cachette, réunirait ses partisans et écraserait les Omeyyades pour établir le pouvoir du véritable islam et « combler la terre de justice et d'équité.» La notion d'attente du Mahdi venait de prendre forme pour la première fois. C'est ce modèle, de l'occultation et du retour attendu du véritable imam, développé par les kaysanites (de Kaysân) qui allait être repris par toutes les autres branches successives du chiisme.
Quoi qu’il en soit, la majorité des chiites se rallièrent au fils cadet de Hussein, Ali Zayn al-Abidin (l’aîné était mort à Karbala) pour lui succéder comme Imam (4ième Imam pour les Ismaéliens et duodécimains qui ne reconnaissent pas l’Imamité de Muhammad ibn al-Hanafiya à cause de sa mère.)
A la mort de Ali Zayn al-Abidin, la majorité des croyant se rallièrent encore à son fils, Muhammad Al-Baqir (5ième Imam) mais une minorité, les zaydites prit parti pour son autre fils Zayd ibn Ali qui estimait que son frère était indigne de l’imamat puisqu’il ne voulait pas se déclarer publiquement imam. Muhammad al-Bâqir répondit à son frère que leur père ne s'était jamais déclaré publiquement et qu'il n'en avait pas moins été imam. Zayd et ses partisans finirent massacrés en tentant un soulèvement contre les Omeyyades.
En 750, un événement qui ne rentrait pas dans les plans des chiites se produisit : le califat Omeyyade tant détesté fut renversé mais ce fut un troisième larron qui tira les marrons du feu au nez et à la barbe des descendants d’Ali. Le nouveau calife était un descendant d’Abbas, l’oncle du prophète, famille dont nous avons pu apprécier la si exemplaire loyauté… Un usurpateur succédait à un autre usurpateur. C’était d’autant plus frustrant que l’insurrection avait été lancée par les chiites. En tout cas, si les faits et gestes des Imams étaient déjà étroitement contrôlés par les Omeyyades, l’arrivée au pouvoir des Abbassides empira encore la surveillance dont ils faisaient l’objet et, en pratique, ils furent prisonniers à domicile presque toute leur vie.
Entre-temps al-Baqir était mort, et son fils Ja'far al-Sadiq (6ième Imam) préféra prudemment décliner les appels des chiites qui le pressaient de se proclamer calife.
La mort de Ja'far al-Sadiq provoqua un nouveau schisme. Le fils cadet de Ja'far, Ismail, que son père avait désigné pour être son successeur, était mort avant lui. Cela n'empêcha pas certains groupes de chiites de le tenir pour le septième et dernier imâm en lui appliquant le modèle de l'imâm occulté. Le chiisme septimain ou ismaélisme était né.
Pour compliquer encore la situation, tous les fils de Ja'far al-Sadiq furent proclamés Imam par diverses sectes chiites rivales : outre Ismail mort avant son père il y avait encore Abdullah, Muhammad, Zakariyya, Ishaq et enfin Musa Al Kazemi vers qui la grande majorité des chiites se tourna finalement. Il est donc le 7ième Imâm pour le chiisme duodécimain.
La même confusion se reproduisit à la mort de Musa. Certains nièrent sa mort, assurant qu’il reviendrait dans le futur, certains prirent comme Imam son fils Ahmad tandis que les autres choisissaient son autre fils, Ali al-Rida (8ième Imam.)
Après la mort de al-Rida, son fils Muhammad al-Jawwad , également connu sous le surnom de al-Taqi devint le 9ième Imâm auquel succéda son fils Ali al-Hadi ou an-Naqi (10ième Imâm) . A la mort de Ali al-Hadi, les chiites adoptèrent comme nouvel et onzième Imam son fils Hassan al-Askari, alors âgé de 22 ans.
Nous avons ainsi brossé un aperçu succinct de la tumultueuse genèse du chiisme jusque l’accession à l’imamat de Hassan al-Askari, fils de Ali al-Hadi, et dixième descendant en ligne directe de Ali et de son épouse Fatima (la fille de Mahomet.)
Six ans plus tard, en 874, la communauté des chiites était secouée par le plus grand cataclysme de son histoire pourtant riche en péripéties : Hassan al-Askari gisait sur son lit de mort et contrairement à ses prédécesseurs il n’avait pas eu d’enfants, personne vers qui les chiites pourraient se tourner comme leur nouvel Imam.
Ceux des Chiites qui considéraient Hassan al-Askari comme leur Imam, étaient en plein désarroi. Etait-ce la fin de l’Imamat ? Autant dire que c’était la fin du chiisme. Ils n’étaient vraiment pas préparés à cette situation.
La confusion qui régnait parmi les Chiites après la mort de Hassan al-Askari est décrite par l’un de ses contemporains, l’écrivain chiite, Hassan ibn Moosa an-Nawbakhti, qui signale l’apparition d’au moins 14 sectes chez les fidèles de Hassan al-Askari, chacune ayant un point de vue distinct sur le futur de l’Imamat et l’identité du prochain Imam. Un autre écrivain chiite contemporain, Sa'd ibn Abdullah al-Qummi, dénombre 15 sectes, et un siècle plus tard l’historien al-Mas'udi dresse une liste de 20 sectes distinctes.
Parmi toutes ces sectes qui tentaient d’apporter une solution à l’absence d’héritier légitime mâle issu de la lignée d’Ali et de Fatima pour succéder à l’Imam, grosso modo quatre écoles de pensées prédominèrent.
Un de ces groupes se résigna à la mort de Hassan al-Askari et au fait qu’il ne laissait pas de descendance. Pour eux l’Imamat venait de s’achever de la même manière que la Nubuwat (mission de Mahomet lui-même) s’était achevée avec sa mort. Pourtant même dans ce groupe certains gardaient l’espoir de la venue d’un nouvel Imam.
Un autre groupe refusait d’admettre la mort de Hassan al- Askari et se mit à prétendre qu’il était occulté et reviendrait dans le futur pour établir la justice sur terre.
Un autre groupe chargea le manteau de l’Imamat sur les épaules de Jaa'far, le frère de Hassan.
Le dernier grand groupe était mené par Uthman ibn Sa'id al-'Amri qui affirmait qu’en réalité Hassan al-Askari avait un fils âgé de quatre ans nommé Muhammad, comme le Prophète, mais qu’il l’avait fait cacher pour le protéger et que pour des raisons de sécurité, à part quelques initiés personne ne pouvait le rencontrer. Cet Uthman ibn Sa'id al-'Amri ajoutait en outre qu’en tant que Wakeel (représentant) de l’Imam c’était à lui qu’il revenait de collecter l’argent au nom des Imams de la Ahl al-Bayt (descendance de Mahomet). Sachant que chaque chiite était supposé verser jusque un cinquième de ses revenus cela laisse rêveur…
La famille de Hassan al-Askari eut beau démentir l’existence de ce prétendu fils et partager son héritage entre son frère Jaa'far et sa mère, Uthman ibn Sa'id et son gang répliquèrent en dénonçant Jaa'far comme al-Kadhdhab (le Menteur) et emportèrent l’allégeance de la grande majorité des croyants,
Le chiisme duodécimain venait de naître.
Uthman ibn Sa'id devint donc le Wakeel “représentant” de l’Imam caché, le seul lien entre les chiites et le mystérieux Muhammad. Il produisait régulièrement des tawqi‘at, messages écrits, qu’il prétendait que l’Imam caché avait envoyé aux chiites. Une bonne partie de ces prétendues lettres (qui ont été compilées dans des livres comme le Kitab al-Ghaybah) consistaient surtout en invectives contre ceux qui contestaient la lucrative position du « représentant. » La littérature chiite relative à Uthman ibn Sa'id regorge d’ailleurs de références aux collectes.
A la mort d’Uthman ibn Sa'id, son fils Abu Ja‘far Muhammad produisit une lettre de l’Imam caché qui le désignait comme son nouveau représentant. Tout comme son père il défendit et renforça sa position à coup de tawqi‘at dénonçant ses rivaux. Son règne dura environ 50 ans.
Son successeur fut Abul Qasim ibn Rawh an-Nawbakhti, qui était son principal adjoint pour la collecte de la taxe d’un cinquième du revenu des chiites.
A sa mort Abul Qasim an-Nawbakhti désigna Abul Hasan as-Samarri pour le remplacer. Les trois premiers représentants étaient de purs escrocs mais Abul Hasan as-Samarri se révéla un personnage plus scrupuleux ou plus timoré. Durant les trois années où il fut représentant, il y eut une chute subite dans la fréquence des tawqi‘at. Il faut dire que près de septante ans après la mort de Hassan al-Askari, il devenait probablement de plus en plus difficile de faire avaler aux gogos que le prétendu Muhammad allait se montrer d’un jour à l’autre et que l’un de ses fils lui succèderait.
Comme on lui demandait à l’approche de la mort qui serait son successeur il répondit qu’Allah y pourvoirait ! Etait-ce le remord de s’être rendu complice d’une telle tromperie ? Il produisit aussi une dernière tawqi‘at par laquelle l’Imam déclarait qu’à partir de ce jour et jusqu’à son retour il ne se montrerait plus jamais et que tous ceux qui prétendraient l’avoir vu seraient des menteurs.
Il fut donc admis que face à la tyrannie et à l'oppression croissantes, l'imâm Muhammad avait décidé de complètement se retirer du monde ; c'était le début de la « grande occultation ». On vit alors se développer l'idée que lors de sa réapparition future, l'imâm mènerait les chiites à la victoire sur leurs adversaires et transformerait la terre en paradis. Ce règne du douzième imâm, les chiites duodécimains l'attendent toujours...
Jusque de nos jours, le cri de supplication du fidèle chiite est toujours Ya Saheb-ul-Zaman, Seigneur des Ages hâte ton retour. Et qui est ce Mahdi tant prié ? Un garçon de quatre ans qui n’a jamais existé ! Un imam caché dans le puits de la mosquée de Jamkaran située à sept kilomètres de la ville de Qom en Iran, puits où le président Ahmadinejad se rend régulièrement pour communiquer avec l’Imam et recevoir ses ordres !
Il est vrai qu’en Islam la foi est toujours aveugle !
Comme nous l’avons vu dans le fil sur « La famille royale de l’islam », le mot arabe shî'a d'où vient le mot « chiite » ne signifie au départ rien d'autre que « parti »: shî'a 'Alî, « le parti d'Ali», soit au départ ceux des musulmans qui pensaient que Mahomet souhaitait que Ali, son cousin et gendre, prenne la direction de la Ummah par opposition à la grande majorité qui, en acceptant comme Calife (successeur du Prophète) Abu Bakr, s’était ralliée aux traditionnelles pratiques patriarcales arabes basées sur la cooptation entre notables de la tribu. Les particularités doctrinales et les différences théologiques entre ces deux courants n’apparaîtront que petit à petit à partir d'un mélange d'influences culturelles, politiques, économiques et religieuses pour finir par se cristalliser dans le dogme du Mahdi, le révéré Imam dont la venue est attendue par les Chiites. Mahdi qui est censé apparaître quand le monde aura atteint le comble de la corruption et du désespoir (du point de vue d’un chiite bien entendu !).
Voyons cela :
Nous avons donc vu que l’ambition d’Ali finit par entraîner une guerre civile au cours de laquelle périrent Ali puis Hassan et Husayn, les deux fils qu’il avait eu de Fatima, la fille de Mahomet.
La lignée des 12 Imams débute donc avec Ali, suivi de son fils aîné Hassan puis de son frère Husayn (ou Hussein) comme troisième Imam.
Le dogme de l’imamat se développa assez rapidement : la direction politique et spirituelle de la communauté des musulmans ne peut être assurée que par un membre de la Ahl al-Bayt (gens de la maison de Mahomet : Ali, Fatima, Hassan et Husayn et leurs descendants) car seuls ils bénéficient de l’Ismah (infaillibilité, protection) et ont une parfaite compréhension du sens du Coran y compris son sens ésotérique inaccessible au simple mortel. La notion de Mahdi n’apparut qu’après la mort de Husayn (Hussein.)
Après la mort de Hussein, ses partisans prirent comme imam son demi-frère Muhammad ibn al-Hanafiya (4ième et dernier Imâm pour le kaysanisme - fils qu'Ali avait eu avec une femme de la tribu des Hanîfa après la mort de Fatima),
A la mort de Muhammad ibn al-Hanafiya vers 700, une partie des chiites menés par un certain Kaysân de Koufa, affirmèrent qu’en réalité il n’était pas mort mais vivait désormais caché, miraculeusement soustrait aux yeux des mortels, et que dans un proche avenir, il sortirait triomphant de sa cachette, réunirait ses partisans et écraserait les Omeyyades pour établir le pouvoir du véritable islam et « combler la terre de justice et d'équité.» La notion d'attente du Mahdi venait de prendre forme pour la première fois. C'est ce modèle, de l'occultation et du retour attendu du véritable imam, développé par les kaysanites (de Kaysân) qui allait être repris par toutes les autres branches successives du chiisme.
Quoi qu’il en soit, la majorité des chiites se rallièrent au fils cadet de Hussein, Ali Zayn al-Abidin (l’aîné était mort à Karbala) pour lui succéder comme Imam (4ième Imam pour les Ismaéliens et duodécimains qui ne reconnaissent pas l’Imamité de Muhammad ibn al-Hanafiya à cause de sa mère.)
A la mort de Ali Zayn al-Abidin, la majorité des croyant se rallièrent encore à son fils, Muhammad Al-Baqir (5ième Imam) mais une minorité, les zaydites prit parti pour son autre fils Zayd ibn Ali qui estimait que son frère était indigne de l’imamat puisqu’il ne voulait pas se déclarer publiquement imam. Muhammad al-Bâqir répondit à son frère que leur père ne s'était jamais déclaré publiquement et qu'il n'en avait pas moins été imam. Zayd et ses partisans finirent massacrés en tentant un soulèvement contre les Omeyyades.
En 750, un événement qui ne rentrait pas dans les plans des chiites se produisit : le califat Omeyyade tant détesté fut renversé mais ce fut un troisième larron qui tira les marrons du feu au nez et à la barbe des descendants d’Ali. Le nouveau calife était un descendant d’Abbas, l’oncle du prophète, famille dont nous avons pu apprécier la si exemplaire loyauté… Un usurpateur succédait à un autre usurpateur. C’était d’autant plus frustrant que l’insurrection avait été lancée par les chiites. En tout cas, si les faits et gestes des Imams étaient déjà étroitement contrôlés par les Omeyyades, l’arrivée au pouvoir des Abbassides empira encore la surveillance dont ils faisaient l’objet et, en pratique, ils furent prisonniers à domicile presque toute leur vie.
Entre-temps al-Baqir était mort, et son fils Ja'far al-Sadiq (6ième Imam) préféra prudemment décliner les appels des chiites qui le pressaient de se proclamer calife.
La mort de Ja'far al-Sadiq provoqua un nouveau schisme. Le fils cadet de Ja'far, Ismail, que son père avait désigné pour être son successeur, était mort avant lui. Cela n'empêcha pas certains groupes de chiites de le tenir pour le septième et dernier imâm en lui appliquant le modèle de l'imâm occulté. Le chiisme septimain ou ismaélisme était né.
Pour compliquer encore la situation, tous les fils de Ja'far al-Sadiq furent proclamés Imam par diverses sectes chiites rivales : outre Ismail mort avant son père il y avait encore Abdullah, Muhammad, Zakariyya, Ishaq et enfin Musa Al Kazemi vers qui la grande majorité des chiites se tourna finalement. Il est donc le 7ième Imâm pour le chiisme duodécimain.
La même confusion se reproduisit à la mort de Musa. Certains nièrent sa mort, assurant qu’il reviendrait dans le futur, certains prirent comme Imam son fils Ahmad tandis que les autres choisissaient son autre fils, Ali al-Rida (8ième Imam.)
Après la mort de al-Rida, son fils Muhammad al-Jawwad , également connu sous le surnom de al-Taqi devint le 9ième Imâm auquel succéda son fils Ali al-Hadi ou an-Naqi (10ième Imâm) . A la mort de Ali al-Hadi, les chiites adoptèrent comme nouvel et onzième Imam son fils Hassan al-Askari, alors âgé de 22 ans.
Nous avons ainsi brossé un aperçu succinct de la tumultueuse genèse du chiisme jusque l’accession à l’imamat de Hassan al-Askari, fils de Ali al-Hadi, et dixième descendant en ligne directe de Ali et de son épouse Fatima (la fille de Mahomet.)
Six ans plus tard, en 874, la communauté des chiites était secouée par le plus grand cataclysme de son histoire pourtant riche en péripéties : Hassan al-Askari gisait sur son lit de mort et contrairement à ses prédécesseurs il n’avait pas eu d’enfants, personne vers qui les chiites pourraient se tourner comme leur nouvel Imam.
Ceux des Chiites qui considéraient Hassan al-Askari comme leur Imam, étaient en plein désarroi. Etait-ce la fin de l’Imamat ? Autant dire que c’était la fin du chiisme. Ils n’étaient vraiment pas préparés à cette situation.
La confusion qui régnait parmi les Chiites après la mort de Hassan al-Askari est décrite par l’un de ses contemporains, l’écrivain chiite, Hassan ibn Moosa an-Nawbakhti, qui signale l’apparition d’au moins 14 sectes chez les fidèles de Hassan al-Askari, chacune ayant un point de vue distinct sur le futur de l’Imamat et l’identité du prochain Imam. Un autre écrivain chiite contemporain, Sa'd ibn Abdullah al-Qummi, dénombre 15 sectes, et un siècle plus tard l’historien al-Mas'udi dresse une liste de 20 sectes distinctes.
Parmi toutes ces sectes qui tentaient d’apporter une solution à l’absence d’héritier légitime mâle issu de la lignée d’Ali et de Fatima pour succéder à l’Imam, grosso modo quatre écoles de pensées prédominèrent.
Un de ces groupes se résigna à la mort de Hassan al-Askari et au fait qu’il ne laissait pas de descendance. Pour eux l’Imamat venait de s’achever de la même manière que la Nubuwat (mission de Mahomet lui-même) s’était achevée avec sa mort. Pourtant même dans ce groupe certains gardaient l’espoir de la venue d’un nouvel Imam.
Un autre groupe refusait d’admettre la mort de Hassan al- Askari et se mit à prétendre qu’il était occulté et reviendrait dans le futur pour établir la justice sur terre.
Un autre groupe chargea le manteau de l’Imamat sur les épaules de Jaa'far, le frère de Hassan.
Le dernier grand groupe était mené par Uthman ibn Sa'id al-'Amri qui affirmait qu’en réalité Hassan al-Askari avait un fils âgé de quatre ans nommé Muhammad, comme le Prophète, mais qu’il l’avait fait cacher pour le protéger et que pour des raisons de sécurité, à part quelques initiés personne ne pouvait le rencontrer. Cet Uthman ibn Sa'id al-'Amri ajoutait en outre qu’en tant que Wakeel (représentant) de l’Imam c’était à lui qu’il revenait de collecter l’argent au nom des Imams de la Ahl al-Bayt (descendance de Mahomet). Sachant que chaque chiite était supposé verser jusque un cinquième de ses revenus cela laisse rêveur…
La famille de Hassan al-Askari eut beau démentir l’existence de ce prétendu fils et partager son héritage entre son frère Jaa'far et sa mère, Uthman ibn Sa'id et son gang répliquèrent en dénonçant Jaa'far comme al-Kadhdhab (le Menteur) et emportèrent l’allégeance de la grande majorité des croyants,
Le chiisme duodécimain venait de naître.
Uthman ibn Sa'id devint donc le Wakeel “représentant” de l’Imam caché, le seul lien entre les chiites et le mystérieux Muhammad. Il produisait régulièrement des tawqi‘at, messages écrits, qu’il prétendait que l’Imam caché avait envoyé aux chiites. Une bonne partie de ces prétendues lettres (qui ont été compilées dans des livres comme le Kitab al-Ghaybah) consistaient surtout en invectives contre ceux qui contestaient la lucrative position du « représentant. » La littérature chiite relative à Uthman ibn Sa'id regorge d’ailleurs de références aux collectes.
A la mort d’Uthman ibn Sa'id, son fils Abu Ja‘far Muhammad produisit une lettre de l’Imam caché qui le désignait comme son nouveau représentant. Tout comme son père il défendit et renforça sa position à coup de tawqi‘at dénonçant ses rivaux. Son règne dura environ 50 ans.
Son successeur fut Abul Qasim ibn Rawh an-Nawbakhti, qui était son principal adjoint pour la collecte de la taxe d’un cinquième du revenu des chiites.
A sa mort Abul Qasim an-Nawbakhti désigna Abul Hasan as-Samarri pour le remplacer. Les trois premiers représentants étaient de purs escrocs mais Abul Hasan as-Samarri se révéla un personnage plus scrupuleux ou plus timoré. Durant les trois années où il fut représentant, il y eut une chute subite dans la fréquence des tawqi‘at. Il faut dire que près de septante ans après la mort de Hassan al-Askari, il devenait probablement de plus en plus difficile de faire avaler aux gogos que le prétendu Muhammad allait se montrer d’un jour à l’autre et que l’un de ses fils lui succèderait.
Comme on lui demandait à l’approche de la mort qui serait son successeur il répondit qu’Allah y pourvoirait ! Etait-ce le remord de s’être rendu complice d’une telle tromperie ? Il produisit aussi une dernière tawqi‘at par laquelle l’Imam déclarait qu’à partir de ce jour et jusqu’à son retour il ne se montrerait plus jamais et que tous ceux qui prétendraient l’avoir vu seraient des menteurs.
Il fut donc admis que face à la tyrannie et à l'oppression croissantes, l'imâm Muhammad avait décidé de complètement se retirer du monde ; c'était le début de la « grande occultation ». On vit alors se développer l'idée que lors de sa réapparition future, l'imâm mènerait les chiites à la victoire sur leurs adversaires et transformerait la terre en paradis. Ce règne du douzième imâm, les chiites duodécimains l'attendent toujours...
Jusque de nos jours, le cri de supplication du fidèle chiite est toujours Ya Saheb-ul-Zaman, Seigneur des Ages hâte ton retour. Et qui est ce Mahdi tant prié ? Un garçon de quatre ans qui n’a jamais existé ! Un imam caché dans le puits de la mosquée de Jamkaran située à sept kilomètres de la ville de Qom en Iran, puits où le président Ahmadinejad se rend régulièrement pour communiquer avec l’Imam et recevoir ses ordres !
Il est vrai qu’en Islam la foi est toujours aveugle !
-
lorie
- Status : Hors-ligne
Re: La genèse du chiisme
Salut caius ...
Je n'ai pas voulu reprendre tes écrits (que je trouve détaillés et vraiment très bons ... voir excellent) pour essayer de faire comprendre certaines choses à nos z'amis obtus muzzzzzzz ....
Mais je tiens à te remercier pour ce travail de fond ... j'espère que tu pourras être publié et disponible pour tous car c'est vraiment super
Je n'ai pas voulu reprendre tes écrits (que je trouve détaillés et vraiment très bons ... voir excellent) pour essayer de faire comprendre certaines choses à nos z'amis obtus muzzzzzzz ....
Mais je tiens à te remercier pour ce travail de fond ... j'espère que tu pourras être publié et disponible pour tous car c'est vraiment super
- victorien3
- Adjudant Virtuel

- Messages : 1318
- Inscription : mer. 23 juil. 2008 08:00
- Status : Hors-ligne
Re: La genèse du chiisme
salut caius .
si je me reppele bien . tu as ouvert unnouveau thread sur la science du hadith
alors sois homme et rejoigne moi pour discuter un peu sur cette science

si je me reppele bien . tu as ouvert unnouveau thread sur la science du hadith
alors sois homme et rejoigne moi pour discuter un peu sur cette science
-
caius
- Caporal-chef Virtuel

- Messages : 253
- Inscription : ven. 1 août 2008 08:00
- Status : Hors-ligne
Re: La genèse du chiisme
Bonjour et merci Lorie,lorie a écrit :Salut caius ...
Je n'ai pas voulu reprendre tes écrits (que je trouve détaillés et vraiment très bons ... voir excellent) pour essayer de faire comprendre certaines choses à nos z'amis obtus muzzzzzzz ....
Mais je tiens à te remercier pour ce travail de fond ... j'espère que tu pourras être publié et disponible pour tous car c'est vraiment super
N'hésitez-pas à reposter ce texte, il est là pour circuler.
-
lorie
- Status : Hors-ligne
Re: La genèse du chiisme
Je croyais que tu n'étais pas un scientifique ????victorien3 a écrit :
alors sois homme et rejoigne moi pour discuter un peu sur cette science![]()
![]()
![]()