Allah pharmacie
Publié : dim. 3 oct. 2010 06:07
Je voudrais, pour faire comprendre l'abîme qui sépare les sociétés musulmanes du monde libre, présenter le récit d'une petite anecdote qui m'est arrivée au maghreb.
Là bas, pas un sex-shop, pas un magazine vaguement érotique, pas un film« X » chez la myriade de loueurs de DVD, inhibition maximale. L’importation de ce genre de produit est gravement sanctionnée par la police des frontières, que l’on soit touriste ou pas, et la seule possession en est interdite.
Le simple fait pour un homme d’aller acheter une boîte de préservatifs en pharmacie le rend malade. Il se contorsionne gauchement devant la pharmacienne hilare, c’est souvent en effet une femme et elle a fréquemment fait ses études à l’étranger, puis, il lui murmure sa demande à voix basse presque dans le creux de l’oreille. Il faudra des décennies avant qu’apparaissent des distributeurs automatiques dans les rues, déjà, dans le lycée français où je travaillais les parents d’élèves avaient intrigué avec succès pour faire décrocher du mur celui que l’infirmière avait courageusement réussi à faire installer.
Face à ces scènes de pauvres hommes si empruntés, la voix nouée par la preuve évidente qu’ils allaient commettre un odieux péché mais qu’en la matière ils s’asseyaient volontiers sur leur religion, j’ai éprouvé de grands moments de joyeuse complicité avec la pharmacienne. Mon tour venu, je demandais la voix claire et posée, dans une attitude de décontraction, de franche normalité, si elle vendait des modèles au goût fraise, banane, ou si les modèles avec picots avaient bien les qualités stimulatrices que le descriptif leur prêtait. Et les modèles fluorescents la nuit, ça marche ?
Terreur dans la pharmacie ! Silence de plomb où ma voix et les rires décomplexés de la pharmacienne emplissaient l’air subitement profané, les moustachus regardaient ailleurs, les femmes voilées prenaient un air pincé, dégoûté, mais tous étaient ébahis comme s’ils prenaient vaguement conscience d’être rejetés dans une sorte de réserve des patrimoines humains moyenâgeux. L’espace de la pharmacie, avec toutes ses techniques, tous ses produits issus du monde occidental, désintégrait avec la force tranquille de l’humanité en marche leur univers archaïque. Non, elle n’avait pas honte cette femme qui avait fait ses études à l’étranger de plaisanter sur le sexe, elle n’éprouvait aucune gêne, pas plus que ce gawri qui parlait de ça comme si de rien n’était…
La pensée les effleura que le reste du monde devait avoir la même désinvolture, d’un seul coup, c’était eux qui étaient rejetés dans l’étrange, dans la marginalité, mis au musée.
Là bas, pas un sex-shop, pas un magazine vaguement érotique, pas un film« X » chez la myriade de loueurs de DVD, inhibition maximale. L’importation de ce genre de produit est gravement sanctionnée par la police des frontières, que l’on soit touriste ou pas, et la seule possession en est interdite.
Le simple fait pour un homme d’aller acheter une boîte de préservatifs en pharmacie le rend malade. Il se contorsionne gauchement devant la pharmacienne hilare, c’est souvent en effet une femme et elle a fréquemment fait ses études à l’étranger, puis, il lui murmure sa demande à voix basse presque dans le creux de l’oreille. Il faudra des décennies avant qu’apparaissent des distributeurs automatiques dans les rues, déjà, dans le lycée français où je travaillais les parents d’élèves avaient intrigué avec succès pour faire décrocher du mur celui que l’infirmière avait courageusement réussi à faire installer.
Face à ces scènes de pauvres hommes si empruntés, la voix nouée par la preuve évidente qu’ils allaient commettre un odieux péché mais qu’en la matière ils s’asseyaient volontiers sur leur religion, j’ai éprouvé de grands moments de joyeuse complicité avec la pharmacienne. Mon tour venu, je demandais la voix claire et posée, dans une attitude de décontraction, de franche normalité, si elle vendait des modèles au goût fraise, banane, ou si les modèles avec picots avaient bien les qualités stimulatrices que le descriptif leur prêtait. Et les modèles fluorescents la nuit, ça marche ?
Terreur dans la pharmacie ! Silence de plomb où ma voix et les rires décomplexés de la pharmacienne emplissaient l’air subitement profané, les moustachus regardaient ailleurs, les femmes voilées prenaient un air pincé, dégoûté, mais tous étaient ébahis comme s’ils prenaient vaguement conscience d’être rejetés dans une sorte de réserve des patrimoines humains moyenâgeux. L’espace de la pharmacie, avec toutes ses techniques, tous ses produits issus du monde occidental, désintégrait avec la force tranquille de l’humanité en marche leur univers archaïque. Non, elle n’avait pas honte cette femme qui avait fait ses études à l’étranger de plaisanter sur le sexe, elle n’éprouvait aucune gêne, pas plus que ce gawri qui parlait de ça comme si de rien n’était…
La pensée les effleura que le reste du monde devait avoir la même désinvolture, d’un seul coup, c’était eux qui étaient rejetés dans l’étrange, dans la marginalité, mis au musée.