La loi du talion est une des plus anciennes lois de l'humanité. On la trouve formalisée pour la première fois dans le Code de Hammourabi :
Le Code de Hammourabi a écrit :94. Si un homme confie son enfant à une nourrice et que l'enfant meurt entre ses mains, mais que la nourrice, à l'insu du père et de la mère, nourrit un autre enfant, alors ils la feront juger pour avoir nourri un autre enfant à l'insu de son père et de sa mère et ses seins seront tranchés.
195. Si un fils frappe son père, ses mains seront tranchées à la hache.
196. Si un homme arrache l'oeil d'un autre homme, son oeil sera arraché.
197. Si un homme brise un os d'un autre homme, son os sera brisé.
198. Si il arrache l'oeil d'un affranchi, ou brise un os a un affranchi, il lui paiera une livre d'or.
199. Si il arrache l'oeil de l'esclave d'un autre homme, ou brise un os de l'esclave d'un autre homme, il devra payer la moitié de sa valeur.
200. Si un homme brise une dent de son égal, une dent doit lui être brisée aussi.
201. Si il brise une dent d'un affranchi, il lui paiera le tiers d'une livre d'or.
202. Si un homme frappe un homme plus élevé dans la hiérarchie, il recevra six coups de nerf de boeuf en public.
203. Si un homme né libre frappe un homme né libre de rang égal, il paiera une livre d'or.
204. Si un affranchi frappe un autre affranchi, il paiera la somme de dix shekels.
205. Si l'esclave d'un affranchi frappe un affranchi, on lui coupera l'oreille.
206. Si au cours d'une querelle un homme frappe un autre homme et le blesse, il doit jurer: «Je ne l'ai pas blessé volontairement», et il paiera le médecin.
207. Si l'homme meurt de ses blessures, il doit jurer dans les mêmes termes, et si l'homme était né libre, il doit payer une demi livre d'or.
208. Si c'était un affranchi, il doit payer un tiers de livre d'or.
209. Si un homme frappe une femme née libre et qu'elle perde l'enfant à naître, il doit payer dix shekels d'argent pour sa perte.
210. Si la femme meurt, sa fille à lui doit être mise à mort.
211. Si il s’agit d’une femme d'une classe libre et qu’elle perd l'enfant à naître à la suite d'un coup, il devra payer cinq shekels d'argent.
212. Si cette femme meurt, il devra payer une demi livre.
213. S'il frappe la servante d'un homme, et qu'elle perd l'enfant, il devra payer deux shekels d'argent.
214. Si la servante meurt, il devra payer un tiers de livre.
On le voit, ce code est établi sur la base de cas concrets qui ont fait jurisprudence.
Le but avoué est d'empêcher une spirale de meurtres et de vengeances. La Sira (l'histoire de Mahomet et des débuts de l'islam) décrit des guerres fratricides avant la venue du prophète. En pratique, dans les sociétés arabes tribales, celles-ci continuèrent jusqu'à nos jours.
Il est intéressant ici de voir que, contrairement aux autres normes édictées dans le Coran qui ne souffrent pas d'exception (famille, mariage, héritage, guerre sainte...), le Coran conseille ici de ne pas appliquer la règle. Pourquoi cette marge laissée aux victimes ? Tout simplement parce, dans les sociétés tribales, le meurtre est une affaire privée dont la famille tire vengeance elle-même sans passer par aucune juridiction. La charia est d'ailleurs beaucoup moins prolixe dans ce domaine que sur les questions de statut personnel.
On voit dans la règles des cinquante jurants du rite malikite une volonté de mobiliser une grande fratrie afin d'impressionner la famille de la victime et d'empêcher le lynchage.
A titre d'information, voici la loi qui s'appliquait à une époque voisine, en France. Cette loi illustre un autre développement de la loi du talion, et étend la notion de réparation pécuniaire. La
loi salique ou " loi des Francs Saliens " est essentiellement un code de procédure criminelle et un code de la famille, base de la société franque. C'est en réalité une succession d'articles qui se suivent sans logique ni enchaînement, et destinés aux seuls hommes libres. Son dessein et de substituer à la vengeance personnelle la notion de transaction, de compensation, qui payée à la famille de la victime rachète le crime ou le délit et renonce à leurs représailles. Cette amende était fixée par un tribunal composé de jurés choisis parmi les notables. Un tiers des sommes allaient dans les caisses de l' état, à titre de compensation pour trouble causé à la paix public ( appelé le frédus ). La loi salique entre à ce sujet dans les plus petits détails, tous les délits et crimes imaginables sont répertoriés avec un précision d'apothicaire et tarifés selon un barème minutieux.
Le meurtre d'un esclave est évalué à 35 sous, celui d'un artisan à 62 sous et demi, celui d'un homme libre à 200 sous, d'un prêtre idem, d'un noble franc 600 sous, d'un noble gallo-romain 300, d'un évêque 900. On mesure l'importance de la somme quand on sait qu'un bœuf se vend 2 sous et un cheval 12 sous.
Une plaie au crâne vaut 30 sous, mais si l'on aperçoit une partie du cerveau, 45 sous.
Si quelqu'un frappe autrui dans les côtes ou au ventre, d'un coup pénétrant jusqu'aux entrailles, 30 sous plus 5 pour frais médicaux.
L'arrachement d'une main, d'un pied, d'un œil, du nez , 100 sous, mais si la main continue à pendre, 63 sous.