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C’est en 1985, à l’école normale de Kouba, à la périphérie d’Alger, que la jeune femme, licenciée en biologie, se lie d’amitié avec une autre élève, très pieuse et kabyle, comme elle. "On parlait beaucoup de Dieu, mais on n’en parlait pas pareil : ça faisait de grands débats entre nous. Elle a mis beaucoup de temps à m’avouer qu’elle était chrétienne. J’étais effondrée", raconte-t-elle, le visage pâle, bouleversée par ce souvenir. "Pour une musulmane, devenir chrétienne, ça veut dire que vous reniez tout. Chez nous, l’histoire, la culture et la foi sont mêlées : c’était son identité et Dieu lui-même que mon amie avait trahis", insiste-t-elle. Aux yeux de Myriam, cette renégate est devenue "impure". Tout contact doit être banni. Plus question de la recevoir chez elle, plus question même de lui parler. Pis : si Myriam avait suivi son "devoir de musulmane", elle aurait dû la dénoncer. "Quelqu’un qui quitte l’islam devient comme une souillure et mérite la mort - cela se pratique dans certains pays", assure-t-elle.
Mais l’Algérie n’est pas l’Arabie saoudite. Au lieu de rompre avec sa copine, Myriam se met à prier pour elle. "Je la voyais perdue, égarée. Je priais pour qu’elle revienne à l’islam, c’est-à-dire, dans mon esprit, à la raison", explique-t-elle. Le mari de Myriam - "un musulman de Kabylie, pas trop rigide, ni très pratiquant", note-t-elle - lui conseille d’inviter l’" égarée" chez eux, afin de trouver " un moyen de l’aider". L’amie espère, de son côté, que Myriam, "grâce à Dieu", finira par l’accepter telle qu’elle est. Les discussions, un temps interrompues, reprennent donc de plus belle. La partie se révèle inégale. "J’essayais de la convaincre. Mais comment critiquer une religion dont je ne savais pratiquement rien ? Mon amie connaissait le Coran et la Bible. Pas moi", sourit Myriam. Inévitable, arrive le jour où son amie lui propose de lire "le livre des chrétiens". Myriam est effrayée. "Le simple fait de toucher la Bible, c’était un péché, un blasphème. Finalement, j’ai quand même dit oui. Toujours pareil : avec cette idée d’aller voir, de vérifier et de faire revenir mon amie dans le droit chemin."
La suite, c’est un peu l’arroseur arrosé, version religieuse. Durant l’été 1987, "l’été le plus terrible que j’aie jamais vécu", Myriam se plonge dans les Evangiles. "Chercher autre chose, aller en dehors de Mohamed, c’est interdit. Surtout quand on vous a inculqué l’image d’un Dieu redoutable, un Dieu du Jugement - un Dieu qui, dans l’islam, n’est jamais totalement d’amour : il est bourreau aussi, l’un n’allant pas sans l’autre. Surtout quand on vous a appris l’interdiction absolue de questionner le Coran", s’exclame Myriam, qui vit cette transgression avec beaucoup d’angoisse. "Jusque-là, ajoute-t-elle, Jésus était un prophète parmi d’autres. Et là, tout d’un coup, il me fascinait. En lisant le Nouveau Testament, je découvrais un texte facile d’accès - malgré quelques écueils. Cette simplicité m’émerveillait." La "crise" qu’elle vit est telle que la jeune femme en perd l’appétit et le sommeil. Jusqu’à cette nuit, décisive, où elle se met à "parler avec Dieu". Elle s’adresse à lui sans détour : " De ces deux livres, le Coran et la Bible, lequel dois-je suivre ? Où es-tu ? Dans quel Livre ? Dis-le moi et j’irai." Myriam ne parle pas de "révélation". Elle explique simplement qu’" une clarté" s’est faite en elle, "comme un voile qui se levait, quelque chose d’instantané : tout d’un coup, j’étais apaisée et heureuse. Jésus-Christ était le chemin". Myriam, à son tour, est devenue apostate. La pire des choses en islam - qui est religion d’Etat, en Algérie comme au Maroc.
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PHAX



