Le jihâd (Johan Bourlard)
J'avais brièvement cité Johan Bourlard dans un article précédent, en me promettant de revenir ultérieurement à son dernier livre (Le Jihâd: les textes fondateurs de l’Islam face à la modernité ). J'avais envisagé d'en faire un commentaire, mais Alain-Jean Mairet m'a précédé. Je me contenterai donc de renvoyer à son excellent résumé dont on trouve ci-dessous un court passage :
[ Ce livre] réalise une parfaite symbiose entre un travail strictement académique, dont il garde la rigueur de l’argumentation, le sérieux des sources et le contrôle par des pairs chevronnés, et un ouvrage de vulgarisation, dont il a le langage fluide, les idées claires et le choix pertinent, toujours éclairant, jamais digressant, des éléments présentés.
Pour permettre de comprendre les causes de l’agressivité actuelle du monde musulman ainsi que les formes, si souvent terroristes, que celle-ci revêt, Johan Bourlard (licencié en histoire, licencié en traduction, master en sciences des religions, orientation islam) emmène le lecteur le long des principales étapes de l’histoire du prophète, telle qu’elle est révélée par les textes sacrés islamiques, et en indique à chaque fois le contexte essentiel, avec des citations tirées des meilleurs ouvrages français sur le sujet. (...)
Ces quelque 170 pages d’introduction au djihad fournissent un survol aisé et d’une qualité exceptionnelle ainsi qu’une précieuse base de références pour qui souhaite approfondir la matière sans quitter la langue française. À lire absolument, à faire connaître, à distribuer dans les écoles, les paroisses, les associations autour de vous. À commander chez l’éditeur ou chez amazon.
Je n'ai rien à ajouter, si ce n'est qu'on peut entendre Johan Bourlard s'entretenir avec J.-L. de Caruccia et parler du jihâd sur le site Lumière 101. On peut également l'entendre (avec Anne-Marie Delcambre) sur le site Liberty Vox (enregistrements de la radio canadienne Rockick). Comme j'en ai l'habitude, je vous propose pour finir quelques extraits significatifs de ce livre à découvrir de toute urgence.
« (...) l'Occident contemporain souffre d'un paradoxe : alors que les attentats commis au nom de l'islam font régulièrement la une des médias et suscitent quantité de débats, de conférences et de travaux de réflexion, il est pratiquement impossible de soumettre l'islam à la critique sans subir les protestations virulentes et les manoeuvres d'intimidation de la part de musulmans outrés qui déclarent (...) que l'islam est une religion de paix, d'amour et de tolérance, quitte, pour se faire comprendre, à verser le sang de l'un ou l'autre homme d'Eglise ou artiste irrévérencieux et avec pour résultat, un débat de fond toujours biaisé par des Occidentaux apeurés et culpabilisés qui se confondent en excuses et battent publiquement leur coulpe sous peine de passer pour de vulgaires islamophobes ou, pire encore, pour d'ignobles racistes.
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Pour résoudre la question du jihâd, il n'y a pourtant pas d'autre solution que de remonter, tant que faire se peut, aux sources de l'islam, c'est-à-dire à l'islam des origines, l'islam des textes fondateurs, dont on connaît finalement peu de choses en comparaison avec tout ce qui se dit et s'écrit au sujet des musulmans et de leur religion. Et à l'examen des textes (...), que voyons-nous ? Omniprésent dans les dernières sourates coraniques révélées à Mahomet, le jihâd s'étale en long et en large dans les différents recueils de hadîth qui forment la Sunna. Il constitue, en outre, le thème sur lequel se focalisent les premiers récits de la vie du Prophète, les fameux maghâzî mais aussi et surtout la Sîra d'Ibn Hicham, le document de référence auquel ont puisé, dans les siècles ultérieurs, tous les biographes de Mahomet.
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A la lumière des textes fondateurs, le jihâd apparaît incontestablement comme le pivot autour duquel tourne toute la carrière du prophète de l'islam depuis son émigration de la Mecque, en 622, jusqu'à sa mort, dix ans plus tard, à Médine. Dès qu'il projette de quitter sa ville natale, Mahomet romp tout lien avec sa tribu d'origine et conclut avec ses nouveaux alliés médinois des accords et une charte dont le but exclusif est la lutte armée contre tous ceux qui n'adhèrent pas au message de Mahomet avec une récompense sans limites pour ceux qui combattent dans le sentier d'Allah : un abondant butin pour les vainqueurs et, pour leurs compagnons morts au combat, le paradis. A mesure que le prophète guerrier augmente en puissance, le jihâd au départ essentiellement défensif prend un tour de plus en plus offensif. Les combats, razzias et assassinats s'enchaînent à un rythme soutenu - 8 expéditions par an, en moyenne - et sur un territoire toujours plus grand : le Hijâz, ensuite la péninsule arabique, enfin le Croissant fertile qui ouvre la voie à la conquête du reste du monde. (...)
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(...) si le défi de la modernité en Islam ne peut être relevé que par les musulmans eux-mêmes, les Occidentaux ne doivent pas pour autant rester étrangers à ces évolutions, car c'est en Occident que viennent s'établir de plus en plus de musulmans, dont des activistes qui souhaitent islamiser nos démocraties. Face à ce danger les responsables occidentaux croient bon de faire des concessions en favorisant l'installation de l'islam en Occident et en masquant les problèmes que posent les franges les plus radicales des communautés musulmanes. Ce n'est pas de cette façon que nous allons aider les musulmans à avancer. Les problèmes d'intégration doivent être pris à bras le corps et les dirigeants occidentaux ne doivent pas, dans cette entreprise, négliger la fermeté. Jusqu'à présent le régime des concessions a surtout permis l'établissement et la diffusion, au coeur même de l'Occident, de l'islam le plus radical qui considère la politique de la main tendue comme un aveu de faiblesse de la part des Occidentaux et comme une preuve de la vocation de l'islam à dominer le monde.
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Dans leur politique d'intégration, la plupart des dirigeants occidentaux souffrent d'un grave handicap : l'ignorance de l'islam des des textes, de l'islam des origines qui domine encore tellement l'inconscient collectif des musulmans. De plus, cette ignorance s'accompagne souvent d'une indifférence qui les fait croire que toutes les religions sont pareilles et qu'on résoudra le problème de l'islam comme on a résolu celui du christianisme. Faut-il rappeler que Mahomet n'est pas Jésus et que le Coran n'est pas l'Evangile ? Dès 622, Mahomet est devenu l'homme fort de Médine. Il s'est ensuite imposé à la Mecque et dans toute la Péninsule arabique en exerçant la force armée et la terreur. Ensuite dans les deux siècles qui ont suivi l'Hégire, les musulmans ont dominé politiquement et militairement partout où ils sont allés. Arrivés en conquérants, ils se sont taillés un empire dans lequel ils ont immédiatement dominé, contrairement aux chrétiens qui ont dû attendre trois siècles avant de jouir d'une liberté de culte pleine et entière.
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Pour toute personne qui connaît un tant soit peu le christianisme et l'islam, il est clair qu'un chrétien qui voudrait imiter le Christ et ses apôtres n'adopterait pas le même comportement qu'un musulman désireux de suivre l'exemple donné par Mahomet et ses compagnons. On pourra toujours en effet reprocher à un chrétien utilisant la violence pour défendre et/ou propager sa religion, d'avoir trahi l'esprit de son maître. Pour un musulman, ce reproche ne tient pas.
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Dans le projet d'intégration de l'islam dans la modernité, l'Occident a donc un rôle à jouer mais pas celui qu'il a tenu jusqu'à présent et qui ressemble davantage à la diplomatie de capitulation face à un islam intégriste et fondamentaliste de plus en plus arrogant. C'est un autre comportement qu'il faut désormais adopter (...).
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La politique de l’apaisement qui a prévalu jusqu’à présent et qui n’a fait que nourrir le complexe munichois des Occidentaux mais aussi l’esprit de conquête des islamistes, doit maintenant faire place, pendant qu’il en est encore temps, à une politique de fermeté excluant toute concession unilatérale, quitte à déplaire à toute une partie de la communauté musulmane vivant en Occident. Car il y va de la survie de nos démocraties. »