Bon!
Je ne sais pas si c'est au bon endroit,mais je crée un petit topo quand même.
L'histoire et l'archéologie sont-elles des sciences ?
A priori oui,peut-être pas exactes. Mais en constant remaniement.
C'est une recherche passionnante.
Rien ne se perds, rien ne se crée en matière de religion !
C'est. un recyclage permanent.
Et de le savoir permet de relativiser certaines croyances !
On va commencer par Canaan !
Syncrétisme religieux, histoire des religions,recherche,arch
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Innana
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Syncrétisme religieux, histoire des religions,recherche,arch
"La liberté, c'est la liberté de dire que 2 et 2 font 4. Lorsque cela est accordé, le reste suit." George Orwell, 1984
DOM JUAN: Je crois que deux et deux sont quatre, Sganarelle, et que quatre et quatre sont huit.
TARTUFFE :Couvrez ce sein que je ne saurais voir:
Par de pareils objets les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pensées.
DORINE:Vous êtes donc bien tendre à la tentation,
Et la chair sur vos sens fait grande impression!
Certes je ne sais pas quelle chaleur vous monte:
Mais à convoiter, moi, je ne suis pas si prompte,
Et je vous verrais nu du haut jusques en bas
Toujours Molière ! :
DOM JUAN: Je crois que deux et deux sont quatre, Sganarelle, et que quatre et quatre sont huit.
TARTUFFE :Couvrez ce sein que je ne saurais voir:
Par de pareils objets les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pensées.
DORINE:Vous êtes donc bien tendre à la tentation,
Et la chair sur vos sens fait grande impression!
Certes je ne sais pas quelle chaleur vous monte:
Mais à convoiter, moi, je ne suis pas si prompte,
Et je vous verrais nu du haut jusques en bas
Toujours Molière ! :
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Innana
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Re: Syncrétisme religieux, histoire des religions,recherche,
vox in rama... la voix luciférienne.
L'ultime rébellion, en religion comme en politique, c'est de réfléchir... de ne pas croire au pied de la lettre... quel meilleur symbole que cet ange qui, voulant des hommes une foi raisonnée, non aveugle, a été déchu...
dimanche 28 avril 2013
Yahvé et les dieux de Canaan : syncrétisme ou assimilation ?
Baal
A lire la Bible ; on ne peut que constater que le tour de force du judaïsme est d’exister comme modèle civil et religieux dans un univers polythéiste. Au Peuple élu de s’imposer et de maintenir la cohésion de son groupe. Dieux et idoles font partie de la vie quotidienne des Hébreux. Croient-ils nécessairement en ces divinités païennes ? Possible au regard des actes d’apostasie évoqués par le terme « passer ses enfants par le feu » … Idée d’ailleurs accréditée par les nombreuses recommandations du Lévitique. Bien que la société hébraïque soit la seule religion alors monothéiste, les allusions nombreuses dans l’Ancien Testament interpellent : servent-elles à l’édification des masses afin de démontrer l’erreur de l’idolâtrie en contradiction avec le Décalogue ou sont-elles, plus prosaïquement, le reflet d’une réalité confirmée par les sources extrabibliques.
Il faut donc, pour tenter d’y répondre de s’intéresser aux dieux cananéens principaux pour tenter d’apporter une réponse à cette évocation quasi obsessionnelle de ces derniers et, au passage, déduire quel devenir ils ont eu dans la théogonie judaïque, notamment par les emprunts faits à ceux-ci dans le cadre d’un réel syncrétisme. La promiscuité religieuse offre donc à la fois conflits et « aménagements »
Les principaux dieux de Canaan
Le panthéon cananéen est vaste, autant que celui des Egyptiens. Il est pléthore de dieux à prier pour toutes les occasions (à l’image des saints du catholicisme). Selon J. Nougaryol, dans Le dictionnaire des Noms de la Bible, Ugarit compte une trentaine de dieux) et il est impossible à un Hébreu de ne pas croiser ces derniers dans sa vie quotidienne.
Cependant, loin d’un Yahvé abstrait, voire conceptuel, qu’on ne peut représenter ni même invoquer sous son propre nom sous peine de blasphème, les dieux cananéens sont proches des hommes. Comme eux, et comme dans toutes les religions polythéistes, ils naissent, ont des parents ou des descendants, vivent, parfois même au milieu des hommes et parfois… meurent. Des sujets qu’éclipsent les hébreux : Nulle mention de la naissance de Dieu si ce n’est qu’au début était le Verbe, il ne s’adresse au peuple élu que par l’intermédiaire des Prophètes ou parfois d’anges, comme dans le cas de Lot à Sodome, et, si l’on se place dans la continuité, le Nazaréen ne peut pas être le fils de Dieu. Il y a deux mondes : l’espace divin et la condition humaine…
Or, l’approche polythéiste est plus terre à terre. Dans les sociétés humaines, chaque « être » possède une fonction, un rôle et une place définis, il en est de même pour les dieux. Leur image d’ailleurs est importante car loin des représentations zooïdes des idoles égyptiennes, l’anthropomorphisme cananéen est rassurant : les hommes peuvent s’identifier à leurs dieux et l’on peut en même temps se demander dans quelle mesure la réciproque est vraie ;
Hommes et dieux répondent au même schéma : leur préoccupation essentielle est faite de besoins primaires : se nourrir (pour les dieux par prières et dévotions), survivre et (pro)créer. Obsessions nécessaires quand l’on considère le milieu dans lequel ils évoluent ; une plaine nourricière, étroite, coincée entre mer, montagnes et déserts, cernée d’ennemis et qui peine à assurer la survie de ses habitants.
De plus, deux types de paganisme cohabitent : l’idolâtrie et l’astrolâtrie qui pourtant, sur le fond, ne forment qu’une seule et même religion. Leur imbrication les rend impossible à séparer, il est donc inutile de tenter de défaire leurs liens. Aussi, et sachant le nombre impressionnant de divinités, il convient de ne s’intéresser ici qu’aux plus importants, ceux dont la place est prépondérante tant dans la mythologie que dans la vie quotidienne.
El : El est le premier d’entre tous les dieux. A la fois maître et père des divinités, il se place à la tête du Panthéon et possède pour attributs sagesse et miséricorde, tel un père bienveillant. Proche des hommes, il se révèle indispensable à toute chose. Mais au-delà de sa place de créateur, il a aussi une fonction de régulateur en présidant l’assemblée des dieux que l’on nomme « la totalité des fils de El ». El rassemble en lui toute la potentialité du divin. Père et roi son rôle est attesté par les représentations iconographiques : un vieillard couronné d’une tiare surmontée de cornes, une main levée en bénédiction. Au-dessus de lui plane un disque solaire ailé. Faut-il y voir une influence égyptienne ? Les cornes surmontant sa tiare sont celles du taureau. Dans La Légende de Keret, texte mythologique ougaritique, el est surnommé « tr él » : le taureau El. Image non fortuite représentant force et virilité, lui conférant aussi un caractère sacré représentant la fécondité. L’animal est un symbole propice pour El qui possède toutes les capacités et tous les pouvoirs.
El, par l’effet du syncrétisme, est rapidement assimilé par Yahvé. Il accapare en effet certains de ses attributs, certainement une survivance de l’époque où les Hébreux et Cananéens cohabitaient dans le Néguev mais au-delà, il faut aussi rappeler que les Hébreux, une fois sortis d’Egypte ont eu à combattre pour s’imposer et ont été dans l’obligation, souvent, de s’assimiler aux autres populations. L’idée d’un panthéon n’est pas incompatible avec la pratique monothéiste ainsi que l’atteste le psaume LXXXII, 1 l’atteste : « Dieu se dresse au milieu du conseil divin, au milieu des dieux, il juge ». Yahvé cohabite avec les autres dieux à dessein de les dominer et, possédant les attributs de El, il peut alors plus facilement atteindre les autres populations et étendre son auditoire. Yahvé est à la fois dieu des Hébreux puis dieu cananéen. Père et maître des dieux, il assure par la suite sa victoire, tout au moins chez les Hébreux et les populations avec qui les contacts sont les plus étroits, réduisant les autres dieux au rang de serviteurs ou de démons, ainsi que l’est devenu Baal-Zebub, transformé lentement en Belzébuth…
Cependant, El est perçu avant tout comme un dieu débonnaire, cédant régulièrement à la faiblesse des passions et des désirs terrestres. Ayant eu soixante-douze fils avec Atirat, il n’hésite pas à engendrer Schachar (aurore) et Shalem (paix, crépuscule ?) avec deux mortelles, sans dédaigner les plaisirs de la chair. Inutile de préciser que les époux de ces deux mortelles ne connaissent pas la vraie paternité de ces enfants. D’autant plus sympathique est ce dieu qui ne punit pas, ne fait pas la guerre…
Baal : de tous les dieux, Baal est celui dont le nom est le plus répandu au travers de la toponymie, ce qui le rend très proche des hommes. A Ugarit, son temple se trouve au milieu de la ville. Les nombreuses mentions de son nom dans la Bible hébraïque attestent de son importance mais encore faut-il s’en méfier car Baal désigne l’ensemble des « faux dieux » et de fait, il est régulièrement mentionné au pluriel (apparaissant une vingtaine de fois sous ce vocable).
Très vénéré en Canaan, ses lieux saints sont les montagnes, quoi de plus logique lorsque l’on sait la place qu’occupent ces massifs en cette région. Désigné le « chevaucheur des nuées », résumant parfaitement ses attributions, il assure la protection de tous les hommes car sa fonction de « chevaucheur des nuées » est d’assurer la fertilité. Dieu de l’orage, qui amène la pluie, et principe masculin de la fécondité, il apparait aussi comme « le dieu de justice, la terreur des malfaisants ». Il est donc aussi un régulateur de la vie.
Outre la foudre, les cornes du taureau, son animal sacré à Baalbek, sont ses attributs pour les mêmes raisons évoquées que pour Baal. Sa puissance est affirmée par sa voix : le tonnerre, singe de sa royauté qui fait trembler ses ennemis… mais son importance est aussi liée à la pluralité de formes locales…
Sa présence importante dans la Bible hébraïque ne tient pas tant à sa popularité contre laquelle il faut lutter, qu’à ce qui représente. Dans le Cycle de Baal, à Ougarit, on le décrit s’unissant à Anat avant de partir combattre Mot, le dieu de l’été… Or Anat est représentée comme une génisse, ce qui répond aux rites de bestialité ayant aussi cours à l’époque, rites précisément nommés et interdits par le Lévitique : « tu ne donneras ta couche à aucune bête, tu en deviendrais impur. Une femme ne s’offrira pas à un animal pour s’accoupler à lui. Ce serait une abomination » (Lev. XVIII, 23), « l’homme qui donne sa couche à une bête, il devra mourir et vous tuerez la bête. La femme qui s’approche d’un animal quelconque pour s’accoupler à lui : tu tueras la femme et l’animal » (Lev. XX, 15-16).
Baal incarne l’ennemi par excellence, l’idolâtrie et ses rites. Sa représentation, ainsi que l’évolution de celle-ci ne peut qu’être péjorative. Les textes mentionnent régulièrement la dénomination de « Baal-zebub »… Littéralement « le seigneur des mouches », déformation de Belzébul, « le prince Baal ». Baal devient alors le seigneur du fumier. Par assimilation, l’importance de ce culte déteint sur la culture hébraïque. Le psaume XXIX, « hymne au seigneur de l’orage » semble en effet être inspiré des rituels destinés à Baal. La force de Yahvé est représentée par le tonnerre – sa voix – qui montre sa toute-puissance. Il y a transfert des attributs de Baal à Yahvé, le syncrétisme est évident…
Le rapport entre ses deux divinités oscille entre combat et assimilation car si le combat de Yahvé contre Baal est relaté dans les textes d’Elie ou de Daniel, dans lequel Baal est le « serpent », les apostasies de Manassé et d’Amon prouvent la réalité et l’influence quotidienne de son culte.
Astarté : Astarté est, sinon la plus importante, la plus considérée des déesses, même si elle n’apparaît pas explicitement dans les récits mythologiques. Cependant, en Phénicie, elle est l’objet de la plus grande des vénérations, et son adoration est observée à Sumer et Babylone d’où elle semble être originaire… Elle présente deux aspects. Elle est une divinité avant tout anthropomorphe mais est aussi une étoile : la Reine du Ciel ou Ishtar, ni plus ni moins que Vénus, l’astre du matin. Précisons toutefois qu’à Ougarit, elle est appelée Attartu mais elle y est surtout confondue avec Anat, la parèdre de Baal et, comme lui, ses formes locales sont variées.
Représentée le plus souvent sous les traits d’une jeune femme dénudée, l’érotisme de l’idole traduit le principe féminin de la fécondité. Son culte, très populaire, ne peut donc qu’être associé à celui de Baal, d’autant plus que son nom semble pouvoir étymologiquement se traduire par la « brebis de Baal ». Cette traduction peut d’ailleurs être confirmée par le nom donné aux brebis gestantes : les « Astartés du petit bétail ».
Très proche des croyants, son culte est célébré par des offrandes simples cependant, l’on recourt à la prostitution sacrée. Les hiérodules, qui comptent aussi bien des hommes que des femmes dans leurs rangs, assurent par leur action, l’union intime des fidèles avec la divinité, pratique qu’atteste le Deutéronome : « Il n’y aura pas de prostituée sacrée parmi les filles d’Israël, ni de prostitué sacré parmi les fils d’Israël. » (Dt XXII, 19). Il ne s’agit pas ici d’un « amusement » de recherche de plaisirs charnels mais d’assurer par un acte sacré, la continuité de la vie, ou de la favoriser. Une fois de plus, une des préoccupations des hommes est exprimée au travers de la sacralité religieuse.
Et du côté des dieux « secondaires » ?
Ces divinités sont secondaires et non pas mineures, leur culte n’est pas prépondérant mais il est important et leur place au sein du panthéon cananéen est considérable. Leurs relations avec les dieux principaux sont aussi intéressantes que les prérogatives qu’on leur concède.
Anat : Cette déesse pose un problème sérieux. Sœur et épouse de Baal, elle reçoit une adoration très répandue alors qu’elle ne possède pas de grands sanctuaires qui lui soient dédiés. Le lien de parenté avec Baal ne semble pas poser de problème outre mesure aux fidèles : faut-il y voir un signe des temps ou une influence égyptienne profonde où elle est assimilée à Isis par le biais d’un temple à Thèbes. La mythologie Ougaritique la montre très active et lui donne de fait une place de premier ordre dans la vie quotidienne de ses adorateurs…
Son nom signifierait « source ». Source de vie ? Cela est possible au regard de son épithète « btlt », « betalot » ou Vierge, faisant d’elle le prototype de la féminité naissante. A l’inverse des autres déesses, il semble qu’elle n’ait eu de rapports qu’avec Baal. Concevant sans enfanter, elle est représentée nue sur son animal sacré, le lion. Les symboles qui lui sont associés sont forts et évocateurs : dans une main, elle tient le lys représentant le charme et dans l’autre, une paire de serpents, signes de fécondité. Outre ses représentations iconographiques, elle est montrée comme l’épouse parfaite, à la forte personnalité. Attention cependant, les tablettes d’Ougarit la montre fidèle… mais pas soumise. A la mort de Baal, elle recherche son corps et met tout en œuvre pour qu’il puisse ressusciter. Voilà encore un rapprochement avec l’Isis égyptienne possible.
Elle reçoit un écho certain auprès des Hébreux : les Juifs de la colonie d’Eléphantine en Egypte la désignent comme parèdre de Yahvé, l’intégrant au paysage religieux hébraïque par son nom de « Anat Yehu » ou « Anat Bethel ».
Symbole de la permanence de la fécondité, elle n’est pas réellement combattue par les Hébreux car sa fécondité est plus chaste que celle d’Astarté, Anat ne connaissant pas d’autres amants que son frère et ne recourant pas aux hiérodules.
Atirat : Elle est vénérée en tant que déesse-mère. S’il est peu d’informations à son sujet, elle est cependant la figure de proue de la mythologie cananéenne. Epouse de El, elle est féconde, ne lui donne-t-elle pas soixante-douze fils, les « bn ilm », dont les plus importants sont :
- Yam, le dieu de la mer, ennemi de Baal, représentant le danger constant pour les peuples navigateurs,
- Mot, le dieu de la chaleur et de l’été, divinité apparemment bénéfique mais dont la victoire sur Baal est temporaire.
- Nahar, le dieu des fleuves.
Avant tout phénicienne, elle est la mère nourricière, représentée comme une femme allaitant deux hommes. Elle aussi porte des cornes, symboles de toute-puissance, rassurante à l’inverse de son fils Yam… Créant les dieux, elle nourrit les hommes ;
Dagon : non associé à Atirat, il représente un autre aspect de la création. Paradoxalement, ce dieu agraire est essentiellement vénéré par les « peuples de la mer ». Faut-il y voir une survivance de leur vie avant la sédentarisation en Canaan ? La mer est présente grâce à Atirat, les campagnes ne sont pas délaissées pour autant. Mentionné comme le père de Baal, Dagon est la divinité du blé et de la céréaliculture : le fils fertilise la création du père. Assis sur un trône, portant la barbe (signe de sagesse ?), il tient un épi de blé de la main gauche et bénit de la droite. Un dieu qui semble donc protecteur mais dont il faut nuancer certains aspects.
Avec El, il compte parmi les plus anciens dieux de la théogonie sémitique, son culte est célébré à Akkad dès le XXVe siècle avant notre ère. Même en étant le dieu principal des Philistins, il n’a cependant pas été importé par ces derniers, ce qui peut apporter une réponse à la question précédente. Cette affirmation est confirmée par les toponymes qui révèlent que les noms des lieux sont antérieurs à l’établissement de cette nation. Adoré en Palestine et en Phénicie, il ne semble pas recueillir une grande audience dans les royaumes judéens, et n’est de fait, pratiquement pas assimilé par Yahvé qui, d’ailleurs, protège déjà les cultures. Au dernier stade de son évolution, Dagon est représenté comme un poisson, une évolution secondaire car il garde ses attributs agraires alors que 60% de ses sanctuaires sont proches, voire très proches de la mer.
Dagon est donc avant tout perçu comme un dieu protecteur en parfaite adéquation avec un besoin primaire humain : la subsistance
Une théogonie essentielle
Une théogonie n’est pas inutile mais l’établir est affaire malaisée. En effet, les divinités n’apparaissent pas toujours dans tous les récits mythologiques et quand cela se produit, les noms sont soit déformés, soit attribués à d’autres divinités, ce qui ne peut qu’en limiter la portée. Il faudra donc ici se limiter à un résumé de leurs relations.
Si à l’origine El est le père des dieux, il a soixante-douze fils avec Atirat et deux filles avec deux mortelles, Schachar, l’aurore et Schalem, la paix ou le crépuscule. Quant à Dagon, il engendre Baal qui s’unit à Anat, laquelle lui donne au moins trois enfants (Lumière, Rosée et terre) et s’associe à Astarté mais au-delà de ces relations familiales (voie plus haut), il faut évoquer d’autres dieux, mineurs, dont les fonctions ne sont pas liées spécifiquement aux besoins primaires. Parmi elles, l’on trouve des « Kutaratu », des sages-femmes divines qui assistent aux naissances privilégiées. L’on trouve ensuite des dieux aux spécialités répondant à des aspirations moins terre à terre.
Ces autres dieux, dont nous ne dresserons pas ici une liste exhaustive, reflètent la société du moment : Kotaru ou Khotar We Hasis, le constructeur des temples divins, armurier des dieux, orfèvre aussi est une divinité liée à la magie, Haranu ou Horon, d’aspect redoutable, guérit des morsures de serpent, Attaru (forme masculine d’Astarté avec qui il n’a aucune parenté) est un dieu du désert, très antérieur à la sédentarisation. Il a essayé de remplacer Baal au moment où, selon les mythes d’Ougarit, ce dernier a été remplacé par Mot. L’on rencontre aussi Sapsu, déesse phénicienne dont le nom signifie « lampe divine »…
Reste pléthore de dieux de rang mineur qui « cadrent » la vie quotidienne…
Quant aux localisations…
Religions juive et païennes sont enchevêtrées de la même façon que les populations coexistent plus ou moins bien. Inutile d’énumérer tous les sanctuaires, ce serait long, fastidieux et finalement, desservirait le propos. Il faut cependant que pour une religion monothéiste exclusive telle que le Judaïsme, le danger est à la fois extérieur (les royaumes voisins) et intérieur (les sanctuaires tels le Ben-Himmon, in 2e Livre des Rois, XXIII, 10). Les oracles contre les Nations des différents prophètes ou les réformes de Josias sont nombreux pour l’attester. Il faut donc doubler la conquête territoriale d’une conquête religieuse afin de combattre le polythéisme. En totale opposition avec le culte de Yahvé, tout lieu peut servir aux cultes païens : dans les temples mais aussi hors de leurs enceintes. Ici, la diversité prime. Malgré cette diversité, il appert au moins un point particulier : les sanctuaires sont urbains et la majorité d’entre eux sont dans les régions côtières. De haute antiquité, on en trouve aussi à Jérusalem et Samarie.
El possède deux grands sanctuaires. A Ougarit, son temple a une place prépondérante dans la ville. Quant à celui de Jérusalem, tout laisse à penser que El y est honoré en regard des différents emprunts faits par Yahvé à ce dieu. Au final, il est honoré dans tout Canaan.
La géographie du culte de Baal est plus intéressante. Baal ne « vit » pas que dans les temples, ses lieux saints sont les montagnes. Le « chevaucheur des nuages » vit au-dessus des cimes, ce qui permet un développement important du culte, avec des sanctuaires urbains mais aussi des temples « naturels » comme le Mont Carmel ou le Mont Hermôn (aujourd’hui le Mont Syron). Ce culte est largement célébré dans les royaumes judéens et fait partie intégrante de l’horizon religieux des Hébreux. Néanmoins, l’adoration qu’il reçoit à Jérusalem est aussi et surtout liée à l’apostasie de Manassé, qui lui érige un autel dans le temple de la ville (2Rois, XXI, 3), semblant confirmer un culte plus ancien ;
Dagon est plus lié à la spécificité des Philistins et des Phéniciens : si ses temples sont absents des royaumes de Juda et d’Ephraïm, à l’exception de Bet-Shean, consécutivement à l’occupation par les Philistins (voir 1 Samuel, V, au sujet de l’arche et des Philistins)
Autre culte plus intéressant à étudier est celui d’Astarté. Très importante par l’étendue de son culte, elle l’est aussi par le type d’adoration exercée dans son sanctuaire. Les croyants ont recours à la prostitution sacrée, légale, recommandée et généralisée dans ses sanctuaires, cela se pratiquant autant dans le sanctuaire hiérosolymitain que dans ceux de province. Officialisé par Salomon, décision certainement liée à l’origine d’une de ses compagnes, ce type d’idolâtrie est interdit par la réforme religieuse de Josias : « Il fit transporter hors du temple et de Jérusalem la représentation de la déesse Asherah. On la brûle dans la vallée du Cédron et on jette les cendres dans la fosse commune. Par son ordre également, sont démolies les maisons de prostituées sacrées qui se trouvaient dans le temple et les chambres où les femmes tissaient des robes pour la déesse Asherah » (2Rois, XXIII, 6-7). Ce culte est pourtant répandu et populaire puisque l’éventualité pour des Hébreux de devenir hiérodules est interdite par le Lévitique.
Si Anat ne possède pas de grand sanctuaire en Canaan, elle est quand même honorée en tant que déesse. Son culte peut sembler mineur mais il est prégnant, voire de première importance dans les cultes populaires. Encore faut-il préciser une fois de plus qu’elle est largement confondue avec Astarté en Phénicie et surtout à Ougarit.
Quant à Atirat, elle semble essentiellement honorée en Phénicie, sans toutefois posséder de sanctuaire attitré.
Idolâtrie et Judaïsme sont donc étroitement imbriqués, rendant plus importante encore le conflit entre ces deux religions et par-delà même, ces deux conceptions et organisations sociales.
Attributions et fonctions divines
Anat : fertilité et fécondité
Astarté : fécondité
Reine du ciel (Astarté) : fertilité, amour et guerre
Atirat : création
Baal : fertilité et orage
Dagon : création
El : sagesse et création
Mot : guerre
Force est de constater que le rôle de chaque dieu est parfaitement défini, à l’image des catégories sociales bien que certaines divinités soient ambivalentes comme la reine du ciel (parèdre d’Astarté), à la fois amour et guerre. La fertilité est au centre des préoccupations des hommes et des dieux. Perpétuer la création est donc assurer la survie du groupe, rendant la fécondité tout autant importante.
La guerre est un élément à prendre en considération aussi puisque le milieu dans lequel évoluent ces sociétés n’est pas toujours propice à leur développement. La guerre, dans les actions divines, est ambivalente puisque Mot est le dieu de la guerre mais aussi de l’été or la chaleur peut aussi détruire. Il faut se protéger contre le milieu mais aussi contre les hommes. La guerre a donc ici une dimension salvatrice…
L’espace dans lequel évolue chaque divinité est tout aussi important :
Anat : terre
Astarté : terre
Atirat : terre / mer
Baal : terre / montagnes
Dagon : terre / céréaliculture
El : air / terre / mer
Mot : air / terre
Yam : mer (le danger constant)
Il faut cependant garder en mémoire que ces dieux sont aussi adorés hors de Canaan, assimilés ou éventuellement importés. Il n’existe pas de modèle unique mais des variantes assez proches.
Egypte : Anat/Isis, Astarté/Isis, Baal/Horus
Philistins : Baal/Haddad
Phénicie : Astarté/ Tanit, Baal/Haddu
Ougarit : Astarté/Attartu
Assyrie : Astarté/Ishtar, Dagon/Enlil (dieu de l’atmosphère)
Babylone : Astarté/Ishtar
Summer : Astarté/Inanna
Hourrites et Hittites : Dagon/Kumarbi (père des dieux)
Moab : Astarté/Kemosh
Rome : Astarté/Aphrodite-Venus
Araméens : Dagon/Hadad
Sur le plan iconographique, le taureau est omniprésent. Sur le plan symbolique, il représente à la fois la fécondité et la tempête, la force virile et la voracité. Quant à l’utilisation, les cornes, attributs divins sont conférés à Baal et El, il est un animal sacré chez les Araméens, les Hittites, à Babylone et en Egypte (Apis).
C’est aussi, malgré l’interdiction du Décalogue, le taureau est la représentation la plus populaire de Yahvé (le veau d’or de l’Exode, les veaux d’or de Roboam qui, en tant que symbole de l’ennemi, rabaisse Dieu au même rang que ses adversaires mais l’on peut aussi arguer que, compte-tenu de la représentation du dieu Madalad Hamon les chevauchant, ces veaux sont le piédestal du trône invisible de Yahvé, pouvant constituer une autre forme de syncrétisme judaïque. Le taureau est cependant perçu comme une forme massive de puissance, monolithique, sans nuances, reprenant le thème de la fécondité et de la création mais il faut ajouter que cet animal ne sert pas qu’à la reproduction, l’on fait aussi appel à lui, et au bœuf suivant le cas, pour l’agriculture. Comment ne pas, pour la bête de somme ou pour la saillie, l’utiliser comme symbole de force et de puissance.
Reste un point commun à toutes ces divinités que nous n’aborderons que maintenant en raison de la confusion qui règne souvent autour du nom du Molek, transcrit du terme hébreu « mlk » et qui a longtemps été confondu avec le terme « melek », ou « dieu-roi » ; Molek désigne quant à lui un rite sacrificiel très répandu. La linguistique renforce le propos : en assyrien : makil, à Mari : Muluk, chez les Ammonites : Milkom ou Molok, en Phénicie : Molk, chez les Grecs : Moloch… cette floraison de termes montre que cet usage est répandu. Aujourd’hui on le conçoit comme un sacrifice votif dans lequel on immole soit des enfants, soit des agneaux. Ce rite, interdit par le Lévitique est désigné dans la Bible par le terme « passer ses enfants par le feu » mais il semble bien que sous le règne d’Achaz, cette pratique ait eu cours dans les royaumes judéens, en raison d’une forte influence phénicienne. Par la suite, il prend un sens métaphorique synonyme de conversion au paganisme, notamment en devenant hiérodule.
Ce type de sacrifice qui « profanait le Nom » était réalisé au brûloir de la vallée du Ben-Himon au sud-ouest de Jérusalem, pratique abolie par la réforme de Josias (2rois, XXIII, 10) sans toutefois disparaître totalement. La confusion vient de la désignation du dieu auquel on sacrifie l’enfant ou l’agneau. Par exemple, Baal-Moloch a longtemps fait croire que le Baal de Carthage était une variante du Baal cananéen, auquel on sacrifiait des humains. Or ce type de sacrifice est commun autant aux dieux de Canaan qu’à Yahvé lui-même mais dans ce cas, il est assimilé à l’holocauste. Rite de rédemption, rite de fondation, le Molek est un élément cultuel qui été assimilé longtemps assimilé comme une divinité d’où l’impossibilité de ne pas y faire au moins une courte illusion, d’autant plus que la confusion est régulièrement reprise dans la Bible.
L’idolâtrie est donc un phénomène recouvrant très largement les royaumes judéens, coexistant avec le monothéisme, lequel en reprend par syncrétisme mais aussi par habitude quelques points : comme pour la question de la poule et de l’œuf, il est impossible de savoir si les emprunts sont volontaires ou liés à cette coexistence, toute la population de Canaan n’était pas hébraïque et que leurs vies ne sont pas séparées.
La prostitution d’Israël
Dans les écrits bibliques, l’idolâtrie est perçue de différentes façons et peut être évoquée de diverses façons mais concernant les « fils d’Abraham », la chose est sensiblement différente. La « prostitution d’Israël », qui n’est que l’apostasie, la conversion d’Hébreux aux différentes formes de paganisme, est évoquée par le Deutéronome et son châtiment est prescrit dans le Lévitique qui promet une punition divine et humaine. La « prostitution d’Israël » existe sur deux plans. Elle s’opère soit en représentant Yahvé sous la forme d’idole ou en accompagnant son culte d’images idolâtriques, soit, suprême abomination, en abandonnant Dieu pour l’adoration des idoles païennes. Dans les deux cas, le phénomène est combattu par les prophètes, tant à l’encontre des autres Nations que contre les rois impies, puisque cela risquerait en effet de faire perdre aux royaumes israéliens leur identité face à leurs voisins mais plusieurs raisons président à ce phénomène.
Il est en effet certains que l’existence tangible des dieux est concrétisée par leurs images (stèles, sceaux, statues, etc.) et qu’à défaut de plaire aux populations, elles les rassurent puisque ces dernières « voient » le dieu, communique avec lui. Le sentiment de perte de puissance, ou d’intérêt de Yahvé, peut donner l’envie de se tourner vers des dieux « présents ». Comment ne pas expliquer autrement l’épisode du Veau d’or au moment où Moïse, en train de recueillir les commandements, son peuple fonde un veau d’or… l’on retrouve l’image du taureau, fait de ce que les Egyptiens qu’ils viennent de fuir, appellent la « chair des dieux ». Or un dieu réduit à un concept, une abstraction, n’est pas chose aisée à concevoir pour une foi simple. La surprise ici vient de la réaction de Dieu, il punit son peuple élu d’une errance de quarante ans dans le désert alors qu’ils n’ont pas encore reçu La Loi. Chose incompréhensible au demeurant : non avertis de la sanction, celle-ci est terrible, d’autant plus que son prophète Moïse a le droit de voir la Terre Promise mais pas d’y pénétrer. Punition terrible mais il faut tout de même nuancer le propos : le désespoir des Hébreux les poussent à fabriquer un dieu qui ait une représentation tangible, ayant quitté un pays où les dieux sont omniprésent et où les rois sont eux même des dieux. L’errance de quarante ans peut être perçue comme symbolique puisque la taille du désert du Néguev nécessiterait de tourner en rond longtemps… ou alors, plus prosaïquement, les hébreux retournent à leur mode de vie initial du nomadisme tout en attendant d’avoir assez de force pour entrer en Canaan.
Mais on peut aussi voir dans la « prostitution d’Israël » des raisons politiques ou diplomatiques dont le meilleur exemple est la dédicace d’un temple à Astarté par Salomon sur une colline face à Jérusalem, édification certainement liée à l’un de ses compagnes.
Finalement
L’existence des idoles ne semble pas gêner outre-mesure les populations juives de Canaan qui vraisemblablement n’y étaient pas insensibles et dont la présence ne semble pas plus incompatible avec la pratique du monothéisme. Cependant, ce dernier est aussi et avant tout un facteur d’unité interne sans que cela nuise aux relations diplomatiques et aux alliances avec d’autres peuples. D’ailleurs, les guerres ne sont que rarement présentées sous un motif religieux.
Il faut donc en convenir, le Judaïsme emprunte certains éléments à l’idolâtrie autant par syncrétisme que par transfert lié à une coexistence quotidienne, par le brassage des populations…
Hans Shots à 20:15
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L'ultime rébellion, en religion comme en politique, c'est de réfléchir... de ne pas croire au pied de la lettre... quel meilleur symbole que cet ange qui, voulant des hommes une foi raisonnée, non aveugle, a été déchu...
dimanche 28 avril 2013
Yahvé et les dieux de Canaan : syncrétisme ou assimilation ?
Baal
A lire la Bible ; on ne peut que constater que le tour de force du judaïsme est d’exister comme modèle civil et religieux dans un univers polythéiste. Au Peuple élu de s’imposer et de maintenir la cohésion de son groupe. Dieux et idoles font partie de la vie quotidienne des Hébreux. Croient-ils nécessairement en ces divinités païennes ? Possible au regard des actes d’apostasie évoqués par le terme « passer ses enfants par le feu » … Idée d’ailleurs accréditée par les nombreuses recommandations du Lévitique. Bien que la société hébraïque soit la seule religion alors monothéiste, les allusions nombreuses dans l’Ancien Testament interpellent : servent-elles à l’édification des masses afin de démontrer l’erreur de l’idolâtrie en contradiction avec le Décalogue ou sont-elles, plus prosaïquement, le reflet d’une réalité confirmée par les sources extrabibliques.
Il faut donc, pour tenter d’y répondre de s’intéresser aux dieux cananéens principaux pour tenter d’apporter une réponse à cette évocation quasi obsessionnelle de ces derniers et, au passage, déduire quel devenir ils ont eu dans la théogonie judaïque, notamment par les emprunts faits à ceux-ci dans le cadre d’un réel syncrétisme. La promiscuité religieuse offre donc à la fois conflits et « aménagements »
Les principaux dieux de Canaan
Le panthéon cananéen est vaste, autant que celui des Egyptiens. Il est pléthore de dieux à prier pour toutes les occasions (à l’image des saints du catholicisme). Selon J. Nougaryol, dans Le dictionnaire des Noms de la Bible, Ugarit compte une trentaine de dieux) et il est impossible à un Hébreu de ne pas croiser ces derniers dans sa vie quotidienne.
Cependant, loin d’un Yahvé abstrait, voire conceptuel, qu’on ne peut représenter ni même invoquer sous son propre nom sous peine de blasphème, les dieux cananéens sont proches des hommes. Comme eux, et comme dans toutes les religions polythéistes, ils naissent, ont des parents ou des descendants, vivent, parfois même au milieu des hommes et parfois… meurent. Des sujets qu’éclipsent les hébreux : Nulle mention de la naissance de Dieu si ce n’est qu’au début était le Verbe, il ne s’adresse au peuple élu que par l’intermédiaire des Prophètes ou parfois d’anges, comme dans le cas de Lot à Sodome, et, si l’on se place dans la continuité, le Nazaréen ne peut pas être le fils de Dieu. Il y a deux mondes : l’espace divin et la condition humaine…
Or, l’approche polythéiste est plus terre à terre. Dans les sociétés humaines, chaque « être » possède une fonction, un rôle et une place définis, il en est de même pour les dieux. Leur image d’ailleurs est importante car loin des représentations zooïdes des idoles égyptiennes, l’anthropomorphisme cananéen est rassurant : les hommes peuvent s’identifier à leurs dieux et l’on peut en même temps se demander dans quelle mesure la réciproque est vraie ;
Hommes et dieux répondent au même schéma : leur préoccupation essentielle est faite de besoins primaires : se nourrir (pour les dieux par prières et dévotions), survivre et (pro)créer. Obsessions nécessaires quand l’on considère le milieu dans lequel ils évoluent ; une plaine nourricière, étroite, coincée entre mer, montagnes et déserts, cernée d’ennemis et qui peine à assurer la survie de ses habitants.
De plus, deux types de paganisme cohabitent : l’idolâtrie et l’astrolâtrie qui pourtant, sur le fond, ne forment qu’une seule et même religion. Leur imbrication les rend impossible à séparer, il est donc inutile de tenter de défaire leurs liens. Aussi, et sachant le nombre impressionnant de divinités, il convient de ne s’intéresser ici qu’aux plus importants, ceux dont la place est prépondérante tant dans la mythologie que dans la vie quotidienne.
El : El est le premier d’entre tous les dieux. A la fois maître et père des divinités, il se place à la tête du Panthéon et possède pour attributs sagesse et miséricorde, tel un père bienveillant. Proche des hommes, il se révèle indispensable à toute chose. Mais au-delà de sa place de créateur, il a aussi une fonction de régulateur en présidant l’assemblée des dieux que l’on nomme « la totalité des fils de El ». El rassemble en lui toute la potentialité du divin. Père et roi son rôle est attesté par les représentations iconographiques : un vieillard couronné d’une tiare surmontée de cornes, une main levée en bénédiction. Au-dessus de lui plane un disque solaire ailé. Faut-il y voir une influence égyptienne ? Les cornes surmontant sa tiare sont celles du taureau. Dans La Légende de Keret, texte mythologique ougaritique, el est surnommé « tr él » : le taureau El. Image non fortuite représentant force et virilité, lui conférant aussi un caractère sacré représentant la fécondité. L’animal est un symbole propice pour El qui possède toutes les capacités et tous les pouvoirs.
El, par l’effet du syncrétisme, est rapidement assimilé par Yahvé. Il accapare en effet certains de ses attributs, certainement une survivance de l’époque où les Hébreux et Cananéens cohabitaient dans le Néguev mais au-delà, il faut aussi rappeler que les Hébreux, une fois sortis d’Egypte ont eu à combattre pour s’imposer et ont été dans l’obligation, souvent, de s’assimiler aux autres populations. L’idée d’un panthéon n’est pas incompatible avec la pratique monothéiste ainsi que l’atteste le psaume LXXXII, 1 l’atteste : « Dieu se dresse au milieu du conseil divin, au milieu des dieux, il juge ». Yahvé cohabite avec les autres dieux à dessein de les dominer et, possédant les attributs de El, il peut alors plus facilement atteindre les autres populations et étendre son auditoire. Yahvé est à la fois dieu des Hébreux puis dieu cananéen. Père et maître des dieux, il assure par la suite sa victoire, tout au moins chez les Hébreux et les populations avec qui les contacts sont les plus étroits, réduisant les autres dieux au rang de serviteurs ou de démons, ainsi que l’est devenu Baal-Zebub, transformé lentement en Belzébuth…
Cependant, El est perçu avant tout comme un dieu débonnaire, cédant régulièrement à la faiblesse des passions et des désirs terrestres. Ayant eu soixante-douze fils avec Atirat, il n’hésite pas à engendrer Schachar (aurore) et Shalem (paix, crépuscule ?) avec deux mortelles, sans dédaigner les plaisirs de la chair. Inutile de préciser que les époux de ces deux mortelles ne connaissent pas la vraie paternité de ces enfants. D’autant plus sympathique est ce dieu qui ne punit pas, ne fait pas la guerre…
Baal : de tous les dieux, Baal est celui dont le nom est le plus répandu au travers de la toponymie, ce qui le rend très proche des hommes. A Ugarit, son temple se trouve au milieu de la ville. Les nombreuses mentions de son nom dans la Bible hébraïque attestent de son importance mais encore faut-il s’en méfier car Baal désigne l’ensemble des « faux dieux » et de fait, il est régulièrement mentionné au pluriel (apparaissant une vingtaine de fois sous ce vocable).
Très vénéré en Canaan, ses lieux saints sont les montagnes, quoi de plus logique lorsque l’on sait la place qu’occupent ces massifs en cette région. Désigné le « chevaucheur des nuées », résumant parfaitement ses attributions, il assure la protection de tous les hommes car sa fonction de « chevaucheur des nuées » est d’assurer la fertilité. Dieu de l’orage, qui amène la pluie, et principe masculin de la fécondité, il apparait aussi comme « le dieu de justice, la terreur des malfaisants ». Il est donc aussi un régulateur de la vie.
Outre la foudre, les cornes du taureau, son animal sacré à Baalbek, sont ses attributs pour les mêmes raisons évoquées que pour Baal. Sa puissance est affirmée par sa voix : le tonnerre, singe de sa royauté qui fait trembler ses ennemis… mais son importance est aussi liée à la pluralité de formes locales…
Sa présence importante dans la Bible hébraïque ne tient pas tant à sa popularité contre laquelle il faut lutter, qu’à ce qui représente. Dans le Cycle de Baal, à Ougarit, on le décrit s’unissant à Anat avant de partir combattre Mot, le dieu de l’été… Or Anat est représentée comme une génisse, ce qui répond aux rites de bestialité ayant aussi cours à l’époque, rites précisément nommés et interdits par le Lévitique : « tu ne donneras ta couche à aucune bête, tu en deviendrais impur. Une femme ne s’offrira pas à un animal pour s’accoupler à lui. Ce serait une abomination » (Lev. XVIII, 23), « l’homme qui donne sa couche à une bête, il devra mourir et vous tuerez la bête. La femme qui s’approche d’un animal quelconque pour s’accoupler à lui : tu tueras la femme et l’animal » (Lev. XX, 15-16).
Baal incarne l’ennemi par excellence, l’idolâtrie et ses rites. Sa représentation, ainsi que l’évolution de celle-ci ne peut qu’être péjorative. Les textes mentionnent régulièrement la dénomination de « Baal-zebub »… Littéralement « le seigneur des mouches », déformation de Belzébul, « le prince Baal ». Baal devient alors le seigneur du fumier. Par assimilation, l’importance de ce culte déteint sur la culture hébraïque. Le psaume XXIX, « hymne au seigneur de l’orage » semble en effet être inspiré des rituels destinés à Baal. La force de Yahvé est représentée par le tonnerre – sa voix – qui montre sa toute-puissance. Il y a transfert des attributs de Baal à Yahvé, le syncrétisme est évident…
Le rapport entre ses deux divinités oscille entre combat et assimilation car si le combat de Yahvé contre Baal est relaté dans les textes d’Elie ou de Daniel, dans lequel Baal est le « serpent », les apostasies de Manassé et d’Amon prouvent la réalité et l’influence quotidienne de son culte.
Astarté : Astarté est, sinon la plus importante, la plus considérée des déesses, même si elle n’apparaît pas explicitement dans les récits mythologiques. Cependant, en Phénicie, elle est l’objet de la plus grande des vénérations, et son adoration est observée à Sumer et Babylone d’où elle semble être originaire… Elle présente deux aspects. Elle est une divinité avant tout anthropomorphe mais est aussi une étoile : la Reine du Ciel ou Ishtar, ni plus ni moins que Vénus, l’astre du matin. Précisons toutefois qu’à Ougarit, elle est appelée Attartu mais elle y est surtout confondue avec Anat, la parèdre de Baal et, comme lui, ses formes locales sont variées.
Représentée le plus souvent sous les traits d’une jeune femme dénudée, l’érotisme de l’idole traduit le principe féminin de la fécondité. Son culte, très populaire, ne peut donc qu’être associé à celui de Baal, d’autant plus que son nom semble pouvoir étymologiquement se traduire par la « brebis de Baal ». Cette traduction peut d’ailleurs être confirmée par le nom donné aux brebis gestantes : les « Astartés du petit bétail ».
Très proche des croyants, son culte est célébré par des offrandes simples cependant, l’on recourt à la prostitution sacrée. Les hiérodules, qui comptent aussi bien des hommes que des femmes dans leurs rangs, assurent par leur action, l’union intime des fidèles avec la divinité, pratique qu’atteste le Deutéronome : « Il n’y aura pas de prostituée sacrée parmi les filles d’Israël, ni de prostitué sacré parmi les fils d’Israël. » (Dt XXII, 19). Il ne s’agit pas ici d’un « amusement » de recherche de plaisirs charnels mais d’assurer par un acte sacré, la continuité de la vie, ou de la favoriser. Une fois de plus, une des préoccupations des hommes est exprimée au travers de la sacralité religieuse.
Et du côté des dieux « secondaires » ?
Ces divinités sont secondaires et non pas mineures, leur culte n’est pas prépondérant mais il est important et leur place au sein du panthéon cananéen est considérable. Leurs relations avec les dieux principaux sont aussi intéressantes que les prérogatives qu’on leur concède.
Anat : Cette déesse pose un problème sérieux. Sœur et épouse de Baal, elle reçoit une adoration très répandue alors qu’elle ne possède pas de grands sanctuaires qui lui soient dédiés. Le lien de parenté avec Baal ne semble pas poser de problème outre mesure aux fidèles : faut-il y voir un signe des temps ou une influence égyptienne profonde où elle est assimilée à Isis par le biais d’un temple à Thèbes. La mythologie Ougaritique la montre très active et lui donne de fait une place de premier ordre dans la vie quotidienne de ses adorateurs…
Son nom signifierait « source ». Source de vie ? Cela est possible au regard de son épithète « btlt », « betalot » ou Vierge, faisant d’elle le prototype de la féminité naissante. A l’inverse des autres déesses, il semble qu’elle n’ait eu de rapports qu’avec Baal. Concevant sans enfanter, elle est représentée nue sur son animal sacré, le lion. Les symboles qui lui sont associés sont forts et évocateurs : dans une main, elle tient le lys représentant le charme et dans l’autre, une paire de serpents, signes de fécondité. Outre ses représentations iconographiques, elle est montrée comme l’épouse parfaite, à la forte personnalité. Attention cependant, les tablettes d’Ougarit la montre fidèle… mais pas soumise. A la mort de Baal, elle recherche son corps et met tout en œuvre pour qu’il puisse ressusciter. Voilà encore un rapprochement avec l’Isis égyptienne possible.
Elle reçoit un écho certain auprès des Hébreux : les Juifs de la colonie d’Eléphantine en Egypte la désignent comme parèdre de Yahvé, l’intégrant au paysage religieux hébraïque par son nom de « Anat Yehu » ou « Anat Bethel ».
Symbole de la permanence de la fécondité, elle n’est pas réellement combattue par les Hébreux car sa fécondité est plus chaste que celle d’Astarté, Anat ne connaissant pas d’autres amants que son frère et ne recourant pas aux hiérodules.
Atirat : Elle est vénérée en tant que déesse-mère. S’il est peu d’informations à son sujet, elle est cependant la figure de proue de la mythologie cananéenne. Epouse de El, elle est féconde, ne lui donne-t-elle pas soixante-douze fils, les « bn ilm », dont les plus importants sont :
- Yam, le dieu de la mer, ennemi de Baal, représentant le danger constant pour les peuples navigateurs,
- Mot, le dieu de la chaleur et de l’été, divinité apparemment bénéfique mais dont la victoire sur Baal est temporaire.
- Nahar, le dieu des fleuves.
Avant tout phénicienne, elle est la mère nourricière, représentée comme une femme allaitant deux hommes. Elle aussi porte des cornes, symboles de toute-puissance, rassurante à l’inverse de son fils Yam… Créant les dieux, elle nourrit les hommes ;
Dagon : non associé à Atirat, il représente un autre aspect de la création. Paradoxalement, ce dieu agraire est essentiellement vénéré par les « peuples de la mer ». Faut-il y voir une survivance de leur vie avant la sédentarisation en Canaan ? La mer est présente grâce à Atirat, les campagnes ne sont pas délaissées pour autant. Mentionné comme le père de Baal, Dagon est la divinité du blé et de la céréaliculture : le fils fertilise la création du père. Assis sur un trône, portant la barbe (signe de sagesse ?), il tient un épi de blé de la main gauche et bénit de la droite. Un dieu qui semble donc protecteur mais dont il faut nuancer certains aspects.
Avec El, il compte parmi les plus anciens dieux de la théogonie sémitique, son culte est célébré à Akkad dès le XXVe siècle avant notre ère. Même en étant le dieu principal des Philistins, il n’a cependant pas été importé par ces derniers, ce qui peut apporter une réponse à la question précédente. Cette affirmation est confirmée par les toponymes qui révèlent que les noms des lieux sont antérieurs à l’établissement de cette nation. Adoré en Palestine et en Phénicie, il ne semble pas recueillir une grande audience dans les royaumes judéens, et n’est de fait, pratiquement pas assimilé par Yahvé qui, d’ailleurs, protège déjà les cultures. Au dernier stade de son évolution, Dagon est représenté comme un poisson, une évolution secondaire car il garde ses attributs agraires alors que 60% de ses sanctuaires sont proches, voire très proches de la mer.
Dagon est donc avant tout perçu comme un dieu protecteur en parfaite adéquation avec un besoin primaire humain : la subsistance
Une théogonie essentielle
Une théogonie n’est pas inutile mais l’établir est affaire malaisée. En effet, les divinités n’apparaissent pas toujours dans tous les récits mythologiques et quand cela se produit, les noms sont soit déformés, soit attribués à d’autres divinités, ce qui ne peut qu’en limiter la portée. Il faudra donc ici se limiter à un résumé de leurs relations.
Si à l’origine El est le père des dieux, il a soixante-douze fils avec Atirat et deux filles avec deux mortelles, Schachar, l’aurore et Schalem, la paix ou le crépuscule. Quant à Dagon, il engendre Baal qui s’unit à Anat, laquelle lui donne au moins trois enfants (Lumière, Rosée et terre) et s’associe à Astarté mais au-delà de ces relations familiales (voie plus haut), il faut évoquer d’autres dieux, mineurs, dont les fonctions ne sont pas liées spécifiquement aux besoins primaires. Parmi elles, l’on trouve des « Kutaratu », des sages-femmes divines qui assistent aux naissances privilégiées. L’on trouve ensuite des dieux aux spécialités répondant à des aspirations moins terre à terre.
Ces autres dieux, dont nous ne dresserons pas ici une liste exhaustive, reflètent la société du moment : Kotaru ou Khotar We Hasis, le constructeur des temples divins, armurier des dieux, orfèvre aussi est une divinité liée à la magie, Haranu ou Horon, d’aspect redoutable, guérit des morsures de serpent, Attaru (forme masculine d’Astarté avec qui il n’a aucune parenté) est un dieu du désert, très antérieur à la sédentarisation. Il a essayé de remplacer Baal au moment où, selon les mythes d’Ougarit, ce dernier a été remplacé par Mot. L’on rencontre aussi Sapsu, déesse phénicienne dont le nom signifie « lampe divine »…
Reste pléthore de dieux de rang mineur qui « cadrent » la vie quotidienne…
Quant aux localisations…
Religions juive et païennes sont enchevêtrées de la même façon que les populations coexistent plus ou moins bien. Inutile d’énumérer tous les sanctuaires, ce serait long, fastidieux et finalement, desservirait le propos. Il faut cependant que pour une religion monothéiste exclusive telle que le Judaïsme, le danger est à la fois extérieur (les royaumes voisins) et intérieur (les sanctuaires tels le Ben-Himmon, in 2e Livre des Rois, XXIII, 10). Les oracles contre les Nations des différents prophètes ou les réformes de Josias sont nombreux pour l’attester. Il faut donc doubler la conquête territoriale d’une conquête religieuse afin de combattre le polythéisme. En totale opposition avec le culte de Yahvé, tout lieu peut servir aux cultes païens : dans les temples mais aussi hors de leurs enceintes. Ici, la diversité prime. Malgré cette diversité, il appert au moins un point particulier : les sanctuaires sont urbains et la majorité d’entre eux sont dans les régions côtières. De haute antiquité, on en trouve aussi à Jérusalem et Samarie.
El possède deux grands sanctuaires. A Ougarit, son temple a une place prépondérante dans la ville. Quant à celui de Jérusalem, tout laisse à penser que El y est honoré en regard des différents emprunts faits par Yahvé à ce dieu. Au final, il est honoré dans tout Canaan.
La géographie du culte de Baal est plus intéressante. Baal ne « vit » pas que dans les temples, ses lieux saints sont les montagnes. Le « chevaucheur des nuages » vit au-dessus des cimes, ce qui permet un développement important du culte, avec des sanctuaires urbains mais aussi des temples « naturels » comme le Mont Carmel ou le Mont Hermôn (aujourd’hui le Mont Syron). Ce culte est largement célébré dans les royaumes judéens et fait partie intégrante de l’horizon religieux des Hébreux. Néanmoins, l’adoration qu’il reçoit à Jérusalem est aussi et surtout liée à l’apostasie de Manassé, qui lui érige un autel dans le temple de la ville (2Rois, XXI, 3), semblant confirmer un culte plus ancien ;
Dagon est plus lié à la spécificité des Philistins et des Phéniciens : si ses temples sont absents des royaumes de Juda et d’Ephraïm, à l’exception de Bet-Shean, consécutivement à l’occupation par les Philistins (voir 1 Samuel, V, au sujet de l’arche et des Philistins)
Autre culte plus intéressant à étudier est celui d’Astarté. Très importante par l’étendue de son culte, elle l’est aussi par le type d’adoration exercée dans son sanctuaire. Les croyants ont recours à la prostitution sacrée, légale, recommandée et généralisée dans ses sanctuaires, cela se pratiquant autant dans le sanctuaire hiérosolymitain que dans ceux de province. Officialisé par Salomon, décision certainement liée à l’origine d’une de ses compagnes, ce type d’idolâtrie est interdit par la réforme religieuse de Josias : « Il fit transporter hors du temple et de Jérusalem la représentation de la déesse Asherah. On la brûle dans la vallée du Cédron et on jette les cendres dans la fosse commune. Par son ordre également, sont démolies les maisons de prostituées sacrées qui se trouvaient dans le temple et les chambres où les femmes tissaient des robes pour la déesse Asherah » (2Rois, XXIII, 6-7). Ce culte est pourtant répandu et populaire puisque l’éventualité pour des Hébreux de devenir hiérodules est interdite par le Lévitique.
Si Anat ne possède pas de grand sanctuaire en Canaan, elle est quand même honorée en tant que déesse. Son culte peut sembler mineur mais il est prégnant, voire de première importance dans les cultes populaires. Encore faut-il préciser une fois de plus qu’elle est largement confondue avec Astarté en Phénicie et surtout à Ougarit.
Quant à Atirat, elle semble essentiellement honorée en Phénicie, sans toutefois posséder de sanctuaire attitré.
Idolâtrie et Judaïsme sont donc étroitement imbriqués, rendant plus importante encore le conflit entre ces deux religions et par-delà même, ces deux conceptions et organisations sociales.
Attributions et fonctions divines
Anat : fertilité et fécondité
Astarté : fécondité
Reine du ciel (Astarté) : fertilité, amour et guerre
Atirat : création
Baal : fertilité et orage
Dagon : création
El : sagesse et création
Mot : guerre
Force est de constater que le rôle de chaque dieu est parfaitement défini, à l’image des catégories sociales bien que certaines divinités soient ambivalentes comme la reine du ciel (parèdre d’Astarté), à la fois amour et guerre. La fertilité est au centre des préoccupations des hommes et des dieux. Perpétuer la création est donc assurer la survie du groupe, rendant la fécondité tout autant importante.
La guerre est un élément à prendre en considération aussi puisque le milieu dans lequel évoluent ces sociétés n’est pas toujours propice à leur développement. La guerre, dans les actions divines, est ambivalente puisque Mot est le dieu de la guerre mais aussi de l’été or la chaleur peut aussi détruire. Il faut se protéger contre le milieu mais aussi contre les hommes. La guerre a donc ici une dimension salvatrice…
L’espace dans lequel évolue chaque divinité est tout aussi important :
Anat : terre
Astarté : terre
Atirat : terre / mer
Baal : terre / montagnes
Dagon : terre / céréaliculture
El : air / terre / mer
Mot : air / terre
Yam : mer (le danger constant)
Il faut cependant garder en mémoire que ces dieux sont aussi adorés hors de Canaan, assimilés ou éventuellement importés. Il n’existe pas de modèle unique mais des variantes assez proches.
Egypte : Anat/Isis, Astarté/Isis, Baal/Horus
Philistins : Baal/Haddad
Phénicie : Astarté/ Tanit, Baal/Haddu
Ougarit : Astarté/Attartu
Assyrie : Astarté/Ishtar, Dagon/Enlil (dieu de l’atmosphère)
Babylone : Astarté/Ishtar
Summer : Astarté/Inanna
Hourrites et Hittites : Dagon/Kumarbi (père des dieux)
Moab : Astarté/Kemosh
Rome : Astarté/Aphrodite-Venus
Araméens : Dagon/Hadad
Sur le plan iconographique, le taureau est omniprésent. Sur le plan symbolique, il représente à la fois la fécondité et la tempête, la force virile et la voracité. Quant à l’utilisation, les cornes, attributs divins sont conférés à Baal et El, il est un animal sacré chez les Araméens, les Hittites, à Babylone et en Egypte (Apis).
C’est aussi, malgré l’interdiction du Décalogue, le taureau est la représentation la plus populaire de Yahvé (le veau d’or de l’Exode, les veaux d’or de Roboam qui, en tant que symbole de l’ennemi, rabaisse Dieu au même rang que ses adversaires mais l’on peut aussi arguer que, compte-tenu de la représentation du dieu Madalad Hamon les chevauchant, ces veaux sont le piédestal du trône invisible de Yahvé, pouvant constituer une autre forme de syncrétisme judaïque. Le taureau est cependant perçu comme une forme massive de puissance, monolithique, sans nuances, reprenant le thème de la fécondité et de la création mais il faut ajouter que cet animal ne sert pas qu’à la reproduction, l’on fait aussi appel à lui, et au bœuf suivant le cas, pour l’agriculture. Comment ne pas, pour la bête de somme ou pour la saillie, l’utiliser comme symbole de force et de puissance.
Reste un point commun à toutes ces divinités que nous n’aborderons que maintenant en raison de la confusion qui règne souvent autour du nom du Molek, transcrit du terme hébreu « mlk » et qui a longtemps été confondu avec le terme « melek », ou « dieu-roi » ; Molek désigne quant à lui un rite sacrificiel très répandu. La linguistique renforce le propos : en assyrien : makil, à Mari : Muluk, chez les Ammonites : Milkom ou Molok, en Phénicie : Molk, chez les Grecs : Moloch… cette floraison de termes montre que cet usage est répandu. Aujourd’hui on le conçoit comme un sacrifice votif dans lequel on immole soit des enfants, soit des agneaux. Ce rite, interdit par le Lévitique est désigné dans la Bible par le terme « passer ses enfants par le feu » mais il semble bien que sous le règne d’Achaz, cette pratique ait eu cours dans les royaumes judéens, en raison d’une forte influence phénicienne. Par la suite, il prend un sens métaphorique synonyme de conversion au paganisme, notamment en devenant hiérodule.
Ce type de sacrifice qui « profanait le Nom » était réalisé au brûloir de la vallée du Ben-Himon au sud-ouest de Jérusalem, pratique abolie par la réforme de Josias (2rois, XXIII, 10) sans toutefois disparaître totalement. La confusion vient de la désignation du dieu auquel on sacrifie l’enfant ou l’agneau. Par exemple, Baal-Moloch a longtemps fait croire que le Baal de Carthage était une variante du Baal cananéen, auquel on sacrifiait des humains. Or ce type de sacrifice est commun autant aux dieux de Canaan qu’à Yahvé lui-même mais dans ce cas, il est assimilé à l’holocauste. Rite de rédemption, rite de fondation, le Molek est un élément cultuel qui été assimilé longtemps assimilé comme une divinité d’où l’impossibilité de ne pas y faire au moins une courte illusion, d’autant plus que la confusion est régulièrement reprise dans la Bible.
L’idolâtrie est donc un phénomène recouvrant très largement les royaumes judéens, coexistant avec le monothéisme, lequel en reprend par syncrétisme mais aussi par habitude quelques points : comme pour la question de la poule et de l’œuf, il est impossible de savoir si les emprunts sont volontaires ou liés à cette coexistence, toute la population de Canaan n’était pas hébraïque et que leurs vies ne sont pas séparées.
La prostitution d’Israël
Dans les écrits bibliques, l’idolâtrie est perçue de différentes façons et peut être évoquée de diverses façons mais concernant les « fils d’Abraham », la chose est sensiblement différente. La « prostitution d’Israël », qui n’est que l’apostasie, la conversion d’Hébreux aux différentes formes de paganisme, est évoquée par le Deutéronome et son châtiment est prescrit dans le Lévitique qui promet une punition divine et humaine. La « prostitution d’Israël » existe sur deux plans. Elle s’opère soit en représentant Yahvé sous la forme d’idole ou en accompagnant son culte d’images idolâtriques, soit, suprême abomination, en abandonnant Dieu pour l’adoration des idoles païennes. Dans les deux cas, le phénomène est combattu par les prophètes, tant à l’encontre des autres Nations que contre les rois impies, puisque cela risquerait en effet de faire perdre aux royaumes israéliens leur identité face à leurs voisins mais plusieurs raisons président à ce phénomène.
Il est en effet certains que l’existence tangible des dieux est concrétisée par leurs images (stèles, sceaux, statues, etc.) et qu’à défaut de plaire aux populations, elles les rassurent puisque ces dernières « voient » le dieu, communique avec lui. Le sentiment de perte de puissance, ou d’intérêt de Yahvé, peut donner l’envie de se tourner vers des dieux « présents ». Comment ne pas expliquer autrement l’épisode du Veau d’or au moment où Moïse, en train de recueillir les commandements, son peuple fonde un veau d’or… l’on retrouve l’image du taureau, fait de ce que les Egyptiens qu’ils viennent de fuir, appellent la « chair des dieux ». Or un dieu réduit à un concept, une abstraction, n’est pas chose aisée à concevoir pour une foi simple. La surprise ici vient de la réaction de Dieu, il punit son peuple élu d’une errance de quarante ans dans le désert alors qu’ils n’ont pas encore reçu La Loi. Chose incompréhensible au demeurant : non avertis de la sanction, celle-ci est terrible, d’autant plus que son prophète Moïse a le droit de voir la Terre Promise mais pas d’y pénétrer. Punition terrible mais il faut tout de même nuancer le propos : le désespoir des Hébreux les poussent à fabriquer un dieu qui ait une représentation tangible, ayant quitté un pays où les dieux sont omniprésent et où les rois sont eux même des dieux. L’errance de quarante ans peut être perçue comme symbolique puisque la taille du désert du Néguev nécessiterait de tourner en rond longtemps… ou alors, plus prosaïquement, les hébreux retournent à leur mode de vie initial du nomadisme tout en attendant d’avoir assez de force pour entrer en Canaan.
Mais on peut aussi voir dans la « prostitution d’Israël » des raisons politiques ou diplomatiques dont le meilleur exemple est la dédicace d’un temple à Astarté par Salomon sur une colline face à Jérusalem, édification certainement liée à l’un de ses compagnes.
Finalement
L’existence des idoles ne semble pas gêner outre-mesure les populations juives de Canaan qui vraisemblablement n’y étaient pas insensibles et dont la présence ne semble pas plus incompatible avec la pratique du monothéisme. Cependant, ce dernier est aussi et avant tout un facteur d’unité interne sans que cela nuise aux relations diplomatiques et aux alliances avec d’autres peuples. D’ailleurs, les guerres ne sont que rarement présentées sous un motif religieux.
Il faut donc en convenir, le Judaïsme emprunte certains éléments à l’idolâtrie autant par syncrétisme que par transfert lié à une coexistence quotidienne, par le brassage des populations…
Hans Shots à 20:15
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"La liberté, c'est la liberté de dire que 2 et 2 font 4. Lorsque cela est accordé, le reste suit." George Orwell, 1984
DOM JUAN: Je crois que deux et deux sont quatre, Sganarelle, et que quatre et quatre sont huit.
TARTUFFE :Couvrez ce sein que je ne saurais voir:
Par de pareils objets les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pensées.
DORINE:Vous êtes donc bien tendre à la tentation,
Et la chair sur vos sens fait grande impression!
Certes je ne sais pas quelle chaleur vous monte:
Mais à convoiter, moi, je ne suis pas si prompte,
Et je vous verrais nu du haut jusques en bas
Toujours Molière ! :
DOM JUAN: Je crois que deux et deux sont quatre, Sganarelle, et que quatre et quatre sont huit.
TARTUFFE :Couvrez ce sein que je ne saurais voir:
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DORINE:Vous êtes donc bien tendre à la tentation,
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Re: Syncrétisme religieux, histoire des religions,recherche,
El possède deux grands sanctuaires. A Ougarit, son temple a une place prépondérante dans la ville. Quant à celui de Jérusalem, tout laisse à penser que El y est honoré en regard des différents emprunts faits par Yahvé à ce dieu. Au final, il est honoré dans tout Canaan.
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Re: Syncrétisme religieux, histoire des religions,recherche,
Yahvé et son Asherah !
Et non,dieu n'était pas seul!
Si l'écriture de,l'ancien testament .â, deux sources, Elhohim et Yahviste,plus un bel effort de synthèse rédactionnelle du Ou. Des scribes du retour d'exil de Babylone !
Voici un article de la Vie!
MERCIER JEAN/BOURGUET ROLAND - PUBLIÉ LE 14 JUIN 2001 - LA VIE N°2911
La femme cachée de Yahvé
En exclusivité pour La Vie, deux chercheurs de l’université catholique de Fribourg révèlent l’existence d’Ashéra, la femme de Yahvé. Une histoire qui bouleverse notre rapport à la Bible.
Un tour de clé. Le professeur Othmar Keel ouvre la porte du coffre-fort, installé dans un modeste local du département d’études bibliques de l’université de Fribourg. L’œil bute sur de sages rangées de tiroirs et de boîtes minutieusement référencées. Des écrins de plastique qui renferment pourtant des centaines de merveilles. Des sceaux et des amulettes, sculptés dans la pierre ou modelés dans la terre, objets minuscules et émouvants du quotidien de celles et ceux qui ont vécu de 1800 à 500 avant J.-C., dans les limites actuelles de la Terre sainte. Othmar Keel tire de l’une des boîtes quelques pièces, guère plus grandes que l’ongle du pouce. Et très anciennes. " Entre 1750 et 1550 avant notre ère", précise le savant. Sur toutes, on distingue une femme nue, qui entoure son bassin de deux bras démesurés. " Le sexe est montré de façon réaliste ", commente, très digne, le professeur. " Vous voyez ici un stéréotype. On le retrouve sur des objets qui furent fabriqués en série, puis portés par les femmes, pour obtenir la maternité, probablement. Nous l’appelons la déesse nue ", ajoute-t-il, d’un air sérieux. " On voit à peine ses seins. Elle a de grandes oreilles. Pour mieux entendre les prières des fidèles. " Le professeur sort maintenant de son trésor une dizaine de figurines en terre cuite, aux seins plantureux, hautes comme la paume étendue. " Beaucoup plus récentes, celles-ci ", précise-t-il. " Elles datent des années 750 à 600 av. J.-C. Elles viennent de fouilles de maisons et de tombes, faites en Judée, dont une grande majorité à Jérusalem, la capitale. On en a retrouvé des centaines comme celles-là! Encore la déesse ", sourit Othmar Keel.
Une déesse qui aurait été adorée en Judée, jusqu’à 600 ans avant la naissance du Christ, à Jérusalem, le berceau officiel du monothéisme selon la Bible... Est-ce bien raisonnable ? C’est pourtant ce qu’affirment Othmar Keel et Christoph Uehlinger dans un livre qui paraît le 20 juin aux éditions du Cerf : Dieux, déesses et figures divines. Un livre de spécialistes qui fait la synthèse, en 500 pages et 400 illustrations, des représentations divines produites dans les limites actuelles de la Palestine et d’Israël pendant quinze siècles. Pour la première fois, le gigantesque puzzle de la foi des anciens habitants de la Terre sainte se met en place, pulvérisant nos repères et nos certitudes, comme le fit en son temps la découverte des manuscrits de la mer Morte.
S’il existait une déesse, c’est que le premier commandement du Décalogue "Tu n’auras pas d’autres dieux que moi " n’a pas été respecté par le peuple d’Israël. Et la galerie de divinités que recèle le trésor d’Othmar nous prouve que le deuxième précepte des tables de la Loi, qui interdit de fabriquer des " images taillées ", n’a pas empêché la production d’images sacrées. Les deux interdictions ne seraient entrées dans les mœurs qu’après l’Exil (la déportation du peuple d’Israël en Babylonie en 587 av. J.-C.). " Avant, on a créé des icônes à partir des modèles qu’imposaient les puissances, qui, venues du Nil ou de l’Euphrate, ont culturellement colonisé la Palestine pendant quinze siècles ",explique Othmar Keel.
La déesse, elle, a connu un destin aussi mouvementé que mystérieux. De 1800 à 500 av. J.-C., elle va changer d’aspect. Elle apparaît le plus souvent avec des attributs qui définissent son identité. Le palmier ou la vache pour la fécondité. Le lion, pour sa puissance sacrée. La colombe, pour sa tendresse. Peu à peu, elle disparaît même derrière ces attributs. Voir alors un palmier, un oiseau ou une étoile, c’est voir la déesse, expliquent nos chercheurs, reconnus pour leur sûreté à décoder les avatars du divin.
Si la déesse a existé, qu’en était-il de son rapport avec Yahvé, le dieu d’Israël ? Keel et Uehlinger rouvrent à frais nouveaux l’affaire " Ashéra ". En 1975, on découvre à Kuntilet Ajrud, dans les ruines d’un ancien caravansérail israélite en plein désert du Néguev, des jarres portant des inscriptions mystérieuses, qui invoquent la bénédiction par " Yahweh de Samarie et son Ashéra ". Il se trouve qu’Ashéra est l’épouse du dieu El dans les textes de la religion d’Ougarit, datés du xiiie siècle avant notre ère, c’est-à-dire dans la religion cananéenne. Surgit donc la question essentielle : Ashéra était-elle devenue aussi l’épouse de Yahvé ? Une question d’autant plus pertinente que le yahvisme est l’évolution d’une religion cananéenne ancienne. Toutes les religions voisines d’Israël vénéraient effectivement un dieu masculin associé à une déesse, une " parèdre " selon l’appellation consacrée. On pourrait donc légitimement imaginer que Yahvé a, lui aussi, eu une " épouse ".
La question divise les spécialistes. Face à ceux qui affirment qu’Ashéra est la parèdre de Yahvé, les tenants de la position traditionnelle expliquent qu’une " ashéra " – un terme mentionné 39 fois dans l’Ancien Testament – n’était qu’un simple objet de culte, une idole qu’il fallait " arracher, abattre et brûler " pour purifier les sanctuaires... Cette idole avait la forme d’un arbre sacré, symbole de vie. C’est la position d’André Lemaire, titulaire de la chaire d’épigraphie à l’École pratique des hautes études. " Pour moi ashéra est un nom commun. Je me refuse à y voir une personnalisation. Mais la majorité des chercheurs ne pensent pas comme moi ", reconnaît le savant avec élégance. Keel et Uehlinger, de leur côté, se demandent si cet arbre sacré n’est pas la forme qu’a prise, à une certaine époque, la fameuse déesse venue du fond des âges... Si l’on regarde de près les 39 versets de l’Ancien Testament qui comportent le mot Ashéra, plusieurs versets laissent effectivement entendre qu’elle est une divinité, et pas un simple objet de culte. En plusieurs occasions, par exemple, elle est l’épouse de Baal (livre des Juges, chapitre 3, verset 7, mais aussi premier livre des Rois, ch. 18, v. 19). Le dieu de l’orage cananéen combattu par le prophète Élie, justement, parce que les israélites le confondent avec Yahvé... Ailleurs, la mère du roi judéen Asa est sévèrement punie pour avoir fabriqué " une idole infâme pour Ashéra " (1 Rois, ch. 15, v. 13). Le deuxième livre des Rois nous décrit l’abomination du roi judéen Manassé, qui a introduit "l’idole d’Ashéra " dans le temple de Jérusalem (ch. 21, v. 7) et raconte que des femmes tissaient des robes pour Ashéra à l’intérieur même du Temple (ch. 23, v. 7). Le roi Josias entreprend une grande réforme, qui consiste à purifier Jérusalem de " tous les objets faits en l’honneur de Baal et d’Ashéra " (ch. 23)!
La puissance sacrée féminine, chassée de la représentation anthropomorphe, serait donc revenue au galop sous la forme peu sexuée de l’arbre de vie stylisé, pour perdurer en secret dans l’imaginaire religieux ? Dans ce cas, reconnaissent honnêtement nos deux chercheurs, il serait abusif d’affirmer que Yahvé a eu une parèdre, si l’on entend par là ce que Isis fut à Osiris, ou Junon à Jupiter ! Mais tout de même... André Lemaire, qui se refuse à parler de parèdre, reconnaît que l’Ashéra dont parle la Bible est une vraie figure sacrée : " Sa puissance est telle qu’elle pourrait déboucher sur une déification d’un objet. " Si Yahvé était aussi étroitement lié à son Ashéra, le monothéisme pur et dur n’existait pas, jusqu’aux années 600 avant notre ère.
Christoph Uehlinger espère tenir un élément décisif au sujet d’Ashéra. Il montre fièrement une pièce en terre cuite représentant un homme assis à côté d’une autre figure, debout et imberbe, peut-être une femme. " Cet objet, acquis il y a dix ans sur le marché des antiquités de Jérusalem, provient probablement de la montagne de Juda et date d’environ 700 av. J.-C. Il représente une paire de divinités ", explique Christoph Uehlinger. La pièce, qui va être prochainement soumise à des analyses sophistiquées pour déterminer sa provenance exacte, pose doublement problème. S’il s’agissait vraiment de Yahvé et d’Ashéra, ce serait non seulement l’attestation de l’existence d’une parèdre, mais l’unique preuve, pour l’heure, d’une représentation anthropomorphe de Yahvé lui-même. Ce qui serait une révolution dans le landerneau des spécialistes de l’Ancien Testament. Mais Christoph Uehlinger n’est pas le seul à penser que le temple de Jérusalem, jusqu’avant l’Exil, abritait probablement une figure de Yahvé, à côté d’autres statues de culte. D’ailleurs, il existait bel et bien, rappellent les chercheurs, un " Yahvé de Samarie ", un " Yahvé de Teyman ", à côté du Yahvé de Jérusalem. Et peut-être d’autres encore... Et ces Yahvé n’étaient sûrement pas célibataires. On a retrouvé les traces, dans l’île d’Éléphantine d’Assouan, en Égypte, d’un culte très tardif rendu au Yahvé local, et à sa déesse associée, Anat, à la lointaine origine cananéenne.
Quel que soit son nom ou son apparence, la Déesse a donc joui d’une belle fortune. Après l’Exil, en Judée et à Jérusalem, l’interdiction stricte de toute représentation divine la fera disparaître, condamnant au tabou tout ce qui relève du sacré féminin. Mais, sur les marges côtières de la Palestine, elle perdurera sous forme de mère allaitante. " Cette figure de la divinité aura un grand avenir. Voyez les Vierges à l’Enfant!", reprend Othmar Keel, qui aime à souligner le message anthropologique des images cultuelles. " Elles sont les témoins d’un système symbolique et religieux très riche que l’on n’a pas assez lu en parallèle avec les textes bibliques ", ajoute Othmar Keel.
Bientôt, la vieille tour qui flanque l’université de Fribourg devrait se métamorphoser en musée pour mettre en valeur le trésor du département d’études bibliques, qui compte près de 14000 pièces. " Dont 6000 sceaux-scarabées, deux fois plus qu’au Louvre", précise le professeur Keel. Les chercheurs fribourgeois, dont le travail est apprécié par certains collègues israéliens qui s’intéressent à une approche non fondamentaliste des origines du judaïsme, souhaitent initier leurs contemporains à un dialogue interreligieux "vertical". "Le christianisme est en rapport de filiation à l’égard du judaïsme. Or, il y a une filiation du judaïsme à l’égard d’un yahvisme qui tolérait les images et incluait des divinités secondaires ", conclut Othmar Keel. L’idée est originale, qui élargit la perspective de l’histoire des religions, et pose la question de la naissance du monothéisme. Sans prétendre mettre la main sur un si grand mystère.
À lire : Le Monde de la Bible, n° 110, " Enquête sur le monothéisme".
Chronologie av. J.-C.
Autour de 950 règne de Salomon
vers 930 le pharaon égyptien Shéshonq fait campagne en Palestine
701 règne d’Ézéchias. Siège de Jérusalem par Sennachérib, roi d’Assyrie
640-609 règne de Josias (royaume de Juda). Réforme religieuse qui vise à purifier le temple des éléments polythéistes, notamment en détruisant Ashéra
598-597 premier siège de Jérusalem par Nabuchodonosor, roi de Babylone, première déportation en Babylonie
587 second siège de Jérusalem par le même. Seconde déportation, et début de l’Exil
538 édit du roi perse Cyrus, qui permet le retour des juifs en Judée.
Repères
Le sceau-scarabée (1 à 2 cm de diamètre).
Richement sculpté dans la pierre ou modelé dans la terre, le sceau-scarabée présente un dos rond de coléoptère, et une surface plane, qui figure une petite scène. Le scarabée, parce qu’il pousse naturellement devant lui des boulettes, évoquait dans l’ancienne Égypte la force divine qui pousse le soleil d’un bord à l’autre du monde.
Le sceau-cylindre (1 cm de diamètre par 5 à 10 cm de haut).
Des milliers de ces sceaux ont servi de signatures à des notables ou à des puissants dans tout le Proche-Orient ancien. De forme cylindrique, ils sont sculptés en creux, le plus souvent dans des pierres semi-précieuses.
Ils représentent une petite scène (roi adorant un dieu, le plus souvent) que l’on voit apparaître en roulant le sceau dans l’argile molle.
L’étonnante naissance du monothéisme
Aujourd’hui, la plupart des chercheurs et des exégètes estiment que la rédaction de l’Ancien Testament est tardive, autour des années 500 à 330 av. J.-C., c’est-à-dire après l’Exil, du temps de la domination perse. Pour eux, les textes décrivent une religion –le monothéisme – qui n’a existé en tant que telle que sur une période très restreinte – quatre siècles – avant l’émergence du christianisme. Le travail de Keel et de Uehlinger vient donc à point nommé pour combler certains non-dits du discours biblique, explique le bibliste le plus autorisé, Thomas Römer, professeur d’Ancien Testament à la faculté de théologie protestante de Lausanne. " L’image est un média fondamental. N’oublions pas que la culture des gens était visuelle, car l’écrit était réservé à une élite. L’iconographie complète ce que disent les textes." Notamment pour nous renseigner sur le polythéisme larvé qui existait avant l’Exil, et que sous-entendent bien des textes bibliques, explique l’exégète. Ashéra, pour le professeur Römer, est clairement l’épouse de Yahvé. Selon lui, la foi monothéiste n’a pas pu exister avant l’Exil. " Avant l’Exil, Yahvé a reçu seulement un culte monolâtrique, ce qui est différent : les dieux des autres peuples sont interdits, mais on ne nie pas leur existence. Après l’Exil, Yahvé deviendra le dieu unique, excluant les autres. Il est le Dieu universel. Ceci apparaît pour la première fois avec le livre du Deuxième Isaïe (Isaïe, chapitre 40 et suivants), même si cela a pu être en germe bien avant chez certains prophètes." Identique son de cloche chez André Lemaire. D’autres spécialistes, comme le père Philippe Gruson, estiment que le monothéisme a dû exister avant l’Exil, du temps du roi judéen Josias (640-609 av. J.-C). D’autres datent le monothéisme de la monarchie, du temps de David et de Salomon. Même s’ils reconnaissent que le yahvisme est nécessairement sorti d’un terreau polythéiste, ils estiment que l’on ne peut pas dénier à " l’Histoire sainte " de la Bible toute valeur de témoignage historique.
Glossaire
Yahvisme : la théologie associée à Yahvé, dieu unique d’Israël: le nom de Dieu est aussi appelé le "Tétragramme ", référence aux quatre lettres yod-hé-vav-hé. Les juifs encore aujourd’hui ne le prononcent pas, par respect, et disent Adonaï à la place (" Mon Seigneur "). On imagine qu’il se prononçait " yahou " ou " yaho " avant la période de l’Exil (600 av. J.-C.).
Canaan : zone géographique correspondant à l’Israël-Palestine actuelle, avant la création du royaume d’Israël, vers 1100 avant notre ère.
Épigraphiste : qui pratique l’épigraphie, science des inscriptions anciennes.
Parèdre : divinité, le plus souvent féminine, associée à un Dieu, pour former un couple divin.
Baal : le dieu de l’orage et de la pluie, dans la religion cananéenne.
Et non,dieu n'était pas seul!
Si l'écriture de,l'ancien testament .â, deux sources, Elhohim et Yahviste,plus un bel effort de synthèse rédactionnelle du Ou. Des scribes du retour d'exil de Babylone !
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MERCIER JEAN/BOURGUET ROLAND - PUBLIÉ LE 14 JUIN 2001 - LA VIE N°2911
La femme cachée de Yahvé
En exclusivité pour La Vie, deux chercheurs de l’université catholique de Fribourg révèlent l’existence d’Ashéra, la femme de Yahvé. Une histoire qui bouleverse notre rapport à la Bible.
Un tour de clé. Le professeur Othmar Keel ouvre la porte du coffre-fort, installé dans un modeste local du département d’études bibliques de l’université de Fribourg. L’œil bute sur de sages rangées de tiroirs et de boîtes minutieusement référencées. Des écrins de plastique qui renferment pourtant des centaines de merveilles. Des sceaux et des amulettes, sculptés dans la pierre ou modelés dans la terre, objets minuscules et émouvants du quotidien de celles et ceux qui ont vécu de 1800 à 500 avant J.-C., dans les limites actuelles de la Terre sainte. Othmar Keel tire de l’une des boîtes quelques pièces, guère plus grandes que l’ongle du pouce. Et très anciennes. " Entre 1750 et 1550 avant notre ère", précise le savant. Sur toutes, on distingue une femme nue, qui entoure son bassin de deux bras démesurés. " Le sexe est montré de façon réaliste ", commente, très digne, le professeur. " Vous voyez ici un stéréotype. On le retrouve sur des objets qui furent fabriqués en série, puis portés par les femmes, pour obtenir la maternité, probablement. Nous l’appelons la déesse nue ", ajoute-t-il, d’un air sérieux. " On voit à peine ses seins. Elle a de grandes oreilles. Pour mieux entendre les prières des fidèles. " Le professeur sort maintenant de son trésor une dizaine de figurines en terre cuite, aux seins plantureux, hautes comme la paume étendue. " Beaucoup plus récentes, celles-ci ", précise-t-il. " Elles datent des années 750 à 600 av. J.-C. Elles viennent de fouilles de maisons et de tombes, faites en Judée, dont une grande majorité à Jérusalem, la capitale. On en a retrouvé des centaines comme celles-là! Encore la déesse ", sourit Othmar Keel.
Une déesse qui aurait été adorée en Judée, jusqu’à 600 ans avant la naissance du Christ, à Jérusalem, le berceau officiel du monothéisme selon la Bible... Est-ce bien raisonnable ? C’est pourtant ce qu’affirment Othmar Keel et Christoph Uehlinger dans un livre qui paraît le 20 juin aux éditions du Cerf : Dieux, déesses et figures divines. Un livre de spécialistes qui fait la synthèse, en 500 pages et 400 illustrations, des représentations divines produites dans les limites actuelles de la Palestine et d’Israël pendant quinze siècles. Pour la première fois, le gigantesque puzzle de la foi des anciens habitants de la Terre sainte se met en place, pulvérisant nos repères et nos certitudes, comme le fit en son temps la découverte des manuscrits de la mer Morte.
S’il existait une déesse, c’est que le premier commandement du Décalogue "Tu n’auras pas d’autres dieux que moi " n’a pas été respecté par le peuple d’Israël. Et la galerie de divinités que recèle le trésor d’Othmar nous prouve que le deuxième précepte des tables de la Loi, qui interdit de fabriquer des " images taillées ", n’a pas empêché la production d’images sacrées. Les deux interdictions ne seraient entrées dans les mœurs qu’après l’Exil (la déportation du peuple d’Israël en Babylonie en 587 av. J.-C.). " Avant, on a créé des icônes à partir des modèles qu’imposaient les puissances, qui, venues du Nil ou de l’Euphrate, ont culturellement colonisé la Palestine pendant quinze siècles ",explique Othmar Keel.
La déesse, elle, a connu un destin aussi mouvementé que mystérieux. De 1800 à 500 av. J.-C., elle va changer d’aspect. Elle apparaît le plus souvent avec des attributs qui définissent son identité. Le palmier ou la vache pour la fécondité. Le lion, pour sa puissance sacrée. La colombe, pour sa tendresse. Peu à peu, elle disparaît même derrière ces attributs. Voir alors un palmier, un oiseau ou une étoile, c’est voir la déesse, expliquent nos chercheurs, reconnus pour leur sûreté à décoder les avatars du divin.
Si la déesse a existé, qu’en était-il de son rapport avec Yahvé, le dieu d’Israël ? Keel et Uehlinger rouvrent à frais nouveaux l’affaire " Ashéra ". En 1975, on découvre à Kuntilet Ajrud, dans les ruines d’un ancien caravansérail israélite en plein désert du Néguev, des jarres portant des inscriptions mystérieuses, qui invoquent la bénédiction par " Yahweh de Samarie et son Ashéra ". Il se trouve qu’Ashéra est l’épouse du dieu El dans les textes de la religion d’Ougarit, datés du xiiie siècle avant notre ère, c’est-à-dire dans la religion cananéenne. Surgit donc la question essentielle : Ashéra était-elle devenue aussi l’épouse de Yahvé ? Une question d’autant plus pertinente que le yahvisme est l’évolution d’une religion cananéenne ancienne. Toutes les religions voisines d’Israël vénéraient effectivement un dieu masculin associé à une déesse, une " parèdre " selon l’appellation consacrée. On pourrait donc légitimement imaginer que Yahvé a, lui aussi, eu une " épouse ".
La question divise les spécialistes. Face à ceux qui affirment qu’Ashéra est la parèdre de Yahvé, les tenants de la position traditionnelle expliquent qu’une " ashéra " – un terme mentionné 39 fois dans l’Ancien Testament – n’était qu’un simple objet de culte, une idole qu’il fallait " arracher, abattre et brûler " pour purifier les sanctuaires... Cette idole avait la forme d’un arbre sacré, symbole de vie. C’est la position d’André Lemaire, titulaire de la chaire d’épigraphie à l’École pratique des hautes études. " Pour moi ashéra est un nom commun. Je me refuse à y voir une personnalisation. Mais la majorité des chercheurs ne pensent pas comme moi ", reconnaît le savant avec élégance. Keel et Uehlinger, de leur côté, se demandent si cet arbre sacré n’est pas la forme qu’a prise, à une certaine époque, la fameuse déesse venue du fond des âges... Si l’on regarde de près les 39 versets de l’Ancien Testament qui comportent le mot Ashéra, plusieurs versets laissent effectivement entendre qu’elle est une divinité, et pas un simple objet de culte. En plusieurs occasions, par exemple, elle est l’épouse de Baal (livre des Juges, chapitre 3, verset 7, mais aussi premier livre des Rois, ch. 18, v. 19). Le dieu de l’orage cananéen combattu par le prophète Élie, justement, parce que les israélites le confondent avec Yahvé... Ailleurs, la mère du roi judéen Asa est sévèrement punie pour avoir fabriqué " une idole infâme pour Ashéra " (1 Rois, ch. 15, v. 13). Le deuxième livre des Rois nous décrit l’abomination du roi judéen Manassé, qui a introduit "l’idole d’Ashéra " dans le temple de Jérusalem (ch. 21, v. 7) et raconte que des femmes tissaient des robes pour Ashéra à l’intérieur même du Temple (ch. 23, v. 7). Le roi Josias entreprend une grande réforme, qui consiste à purifier Jérusalem de " tous les objets faits en l’honneur de Baal et d’Ashéra " (ch. 23)!
La puissance sacrée féminine, chassée de la représentation anthropomorphe, serait donc revenue au galop sous la forme peu sexuée de l’arbre de vie stylisé, pour perdurer en secret dans l’imaginaire religieux ? Dans ce cas, reconnaissent honnêtement nos deux chercheurs, il serait abusif d’affirmer que Yahvé a eu une parèdre, si l’on entend par là ce que Isis fut à Osiris, ou Junon à Jupiter ! Mais tout de même... André Lemaire, qui se refuse à parler de parèdre, reconnaît que l’Ashéra dont parle la Bible est une vraie figure sacrée : " Sa puissance est telle qu’elle pourrait déboucher sur une déification d’un objet. " Si Yahvé était aussi étroitement lié à son Ashéra, le monothéisme pur et dur n’existait pas, jusqu’aux années 600 avant notre ère.
Christoph Uehlinger espère tenir un élément décisif au sujet d’Ashéra. Il montre fièrement une pièce en terre cuite représentant un homme assis à côté d’une autre figure, debout et imberbe, peut-être une femme. " Cet objet, acquis il y a dix ans sur le marché des antiquités de Jérusalem, provient probablement de la montagne de Juda et date d’environ 700 av. J.-C. Il représente une paire de divinités ", explique Christoph Uehlinger. La pièce, qui va être prochainement soumise à des analyses sophistiquées pour déterminer sa provenance exacte, pose doublement problème. S’il s’agissait vraiment de Yahvé et d’Ashéra, ce serait non seulement l’attestation de l’existence d’une parèdre, mais l’unique preuve, pour l’heure, d’une représentation anthropomorphe de Yahvé lui-même. Ce qui serait une révolution dans le landerneau des spécialistes de l’Ancien Testament. Mais Christoph Uehlinger n’est pas le seul à penser que le temple de Jérusalem, jusqu’avant l’Exil, abritait probablement une figure de Yahvé, à côté d’autres statues de culte. D’ailleurs, il existait bel et bien, rappellent les chercheurs, un " Yahvé de Samarie ", un " Yahvé de Teyman ", à côté du Yahvé de Jérusalem. Et peut-être d’autres encore... Et ces Yahvé n’étaient sûrement pas célibataires. On a retrouvé les traces, dans l’île d’Éléphantine d’Assouan, en Égypte, d’un culte très tardif rendu au Yahvé local, et à sa déesse associée, Anat, à la lointaine origine cananéenne.
Quel que soit son nom ou son apparence, la Déesse a donc joui d’une belle fortune. Après l’Exil, en Judée et à Jérusalem, l’interdiction stricte de toute représentation divine la fera disparaître, condamnant au tabou tout ce qui relève du sacré féminin. Mais, sur les marges côtières de la Palestine, elle perdurera sous forme de mère allaitante. " Cette figure de la divinité aura un grand avenir. Voyez les Vierges à l’Enfant!", reprend Othmar Keel, qui aime à souligner le message anthropologique des images cultuelles. " Elles sont les témoins d’un système symbolique et religieux très riche que l’on n’a pas assez lu en parallèle avec les textes bibliques ", ajoute Othmar Keel.
Bientôt, la vieille tour qui flanque l’université de Fribourg devrait se métamorphoser en musée pour mettre en valeur le trésor du département d’études bibliques, qui compte près de 14000 pièces. " Dont 6000 sceaux-scarabées, deux fois plus qu’au Louvre", précise le professeur Keel. Les chercheurs fribourgeois, dont le travail est apprécié par certains collègues israéliens qui s’intéressent à une approche non fondamentaliste des origines du judaïsme, souhaitent initier leurs contemporains à un dialogue interreligieux "vertical". "Le christianisme est en rapport de filiation à l’égard du judaïsme. Or, il y a une filiation du judaïsme à l’égard d’un yahvisme qui tolérait les images et incluait des divinités secondaires ", conclut Othmar Keel. L’idée est originale, qui élargit la perspective de l’histoire des religions, et pose la question de la naissance du monothéisme. Sans prétendre mettre la main sur un si grand mystère.
À lire : Le Monde de la Bible, n° 110, " Enquête sur le monothéisme".
Chronologie av. J.-C.
Autour de 950 règne de Salomon
vers 930 le pharaon égyptien Shéshonq fait campagne en Palestine
701 règne d’Ézéchias. Siège de Jérusalem par Sennachérib, roi d’Assyrie
640-609 règne de Josias (royaume de Juda). Réforme religieuse qui vise à purifier le temple des éléments polythéistes, notamment en détruisant Ashéra
598-597 premier siège de Jérusalem par Nabuchodonosor, roi de Babylone, première déportation en Babylonie
587 second siège de Jérusalem par le même. Seconde déportation, et début de l’Exil
538 édit du roi perse Cyrus, qui permet le retour des juifs en Judée.
Repères
Le sceau-scarabée (1 à 2 cm de diamètre).
Richement sculpté dans la pierre ou modelé dans la terre, le sceau-scarabée présente un dos rond de coléoptère, et une surface plane, qui figure une petite scène. Le scarabée, parce qu’il pousse naturellement devant lui des boulettes, évoquait dans l’ancienne Égypte la force divine qui pousse le soleil d’un bord à l’autre du monde.
Le sceau-cylindre (1 cm de diamètre par 5 à 10 cm de haut).
Des milliers de ces sceaux ont servi de signatures à des notables ou à des puissants dans tout le Proche-Orient ancien. De forme cylindrique, ils sont sculptés en creux, le plus souvent dans des pierres semi-précieuses.
Ils représentent une petite scène (roi adorant un dieu, le plus souvent) que l’on voit apparaître en roulant le sceau dans l’argile molle.
L’étonnante naissance du monothéisme
Aujourd’hui, la plupart des chercheurs et des exégètes estiment que la rédaction de l’Ancien Testament est tardive, autour des années 500 à 330 av. J.-C., c’est-à-dire après l’Exil, du temps de la domination perse. Pour eux, les textes décrivent une religion –le monothéisme – qui n’a existé en tant que telle que sur une période très restreinte – quatre siècles – avant l’émergence du christianisme. Le travail de Keel et de Uehlinger vient donc à point nommé pour combler certains non-dits du discours biblique, explique le bibliste le plus autorisé, Thomas Römer, professeur d’Ancien Testament à la faculté de théologie protestante de Lausanne. " L’image est un média fondamental. N’oublions pas que la culture des gens était visuelle, car l’écrit était réservé à une élite. L’iconographie complète ce que disent les textes." Notamment pour nous renseigner sur le polythéisme larvé qui existait avant l’Exil, et que sous-entendent bien des textes bibliques, explique l’exégète. Ashéra, pour le professeur Römer, est clairement l’épouse de Yahvé. Selon lui, la foi monothéiste n’a pas pu exister avant l’Exil. " Avant l’Exil, Yahvé a reçu seulement un culte monolâtrique, ce qui est différent : les dieux des autres peuples sont interdits, mais on ne nie pas leur existence. Après l’Exil, Yahvé deviendra le dieu unique, excluant les autres. Il est le Dieu universel. Ceci apparaît pour la première fois avec le livre du Deuxième Isaïe (Isaïe, chapitre 40 et suivants), même si cela a pu être en germe bien avant chez certains prophètes." Identique son de cloche chez André Lemaire. D’autres spécialistes, comme le père Philippe Gruson, estiment que le monothéisme a dû exister avant l’Exil, du temps du roi judéen Josias (640-609 av. J.-C). D’autres datent le monothéisme de la monarchie, du temps de David et de Salomon. Même s’ils reconnaissent que le yahvisme est nécessairement sorti d’un terreau polythéiste, ils estiment que l’on ne peut pas dénier à " l’Histoire sainte " de la Bible toute valeur de témoignage historique.
Glossaire
Yahvisme : la théologie associée à Yahvé, dieu unique d’Israël: le nom de Dieu est aussi appelé le "Tétragramme ", référence aux quatre lettres yod-hé-vav-hé. Les juifs encore aujourd’hui ne le prononcent pas, par respect, et disent Adonaï à la place (" Mon Seigneur "). On imagine qu’il se prononçait " yahou " ou " yaho " avant la période de l’Exil (600 av. J.-C.).
Canaan : zone géographique correspondant à l’Israël-Palestine actuelle, avant la création du royaume d’Israël, vers 1100 avant notre ère.
Épigraphiste : qui pratique l’épigraphie, science des inscriptions anciennes.
Parèdre : divinité, le plus souvent féminine, associée à un Dieu, pour former un couple divin.
Baal : le dieu de l’orage et de la pluie, dans la religion cananéenne.
"La liberté, c'est la liberté de dire que 2 et 2 font 4. Lorsque cela est accordé, le reste suit." George Orwell, 1984
DOM JUAN: Je crois que deux et deux sont quatre, Sganarelle, et que quatre et quatre sont huit.
TARTUFFE :Couvrez ce sein que je ne saurais voir:
Par de pareils objets les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pensées.
DORINE:Vous êtes donc bien tendre à la tentation,
Et la chair sur vos sens fait grande impression!
Certes je ne sais pas quelle chaleur vous monte:
Mais à convoiter, moi, je ne suis pas si prompte,
Et je vous verrais nu du haut jusques en bas
Toujours Molière ! :
DOM JUAN: Je crois que deux et deux sont quatre, Sganarelle, et que quatre et quatre sont huit.
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Innana
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Re: Syncrétisme religieux, histoire des religions,recherche,
Exact !Maried a écrit :El possède deux grands sanctuaires. A Ougarit, son temple a une place prépondérante dans la ville. Quant à celui de Jérusalem, tout laisse à penser que El y est honoré en regard des différents emprunts faits par Yahvé à ce dieu. Au final, il est honoré dans tout Canaan.
El elohim allah
El est LE grand dieu de Canaan
Redouté et redoutable.
Parfois proche de ses adorateurs, créatures humaines,mais pas vraiment un Bon Dieu.
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TARTUFFE :Couvrez ce sein que je ne saurais voir:
Par de pareils objets les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pensées.
DORINE:Vous êtes donc bien tendre à la tentation,
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Re: Syncrétisme religieux, histoire des religions,recherche,
Ashera, l'épouse de Yahvé.
La plus plus probable des histoires. Moise et ses adeptes ont formé une secte monothéiste en mémoire du culte monothéiste egyptien devenu interdit. En fuite, il atterrit dans le Mont Sinai pour s'installer dans le coin, il reprends "yahvé" à son compte, conteste ce qui est dit ou la représentation en cours. Il inventera une histoire mythologique pour embellir le tout. Moise éliminera dans ses rangs les adeptes qui refusent ce nouveau culte et les païens attaché à le leur. Il renversera ensuite toutes les tribus à son compte et les cultes païens en place dans les régions avoisinantes.
En voici la représentation. Une déesse adulée par une grande majorité des hébreux du VIIe et VIe siècles av. notre ère, au côté de son époux "Yavhé". Le taureau.

La plus plus probable des histoires. Moise et ses adeptes ont formé une secte monothéiste en mémoire du culte monothéiste egyptien devenu interdit. En fuite, il atterrit dans le Mont Sinai pour s'installer dans le coin, il reprends "yahvé" à son compte, conteste ce qui est dit ou la représentation en cours. Il inventera une histoire mythologique pour embellir le tout. Moise éliminera dans ses rangs les adeptes qui refusent ce nouveau culte et les païens attaché à le leur. Il renversera ensuite toutes les tribus à son compte et les cultes païens en place dans les régions avoisinantes.
En voici la représentation. Une déesse adulée par une grande majorité des hébreux du VIIe et VIe siècles av. notre ère, au côté de son époux "Yavhé". Le taureau.

Ni Dieu, Ni Maitre. Athéisme naturaliste et humaniste. l'auto gestion comme forme politique. L'écologie pour nous sauver. La vie comme une romance gothique!.
"Vous n'avez pas besoin de religion pour justifier l'amour, mais c'est le meilleur outil jamais inventé pour justifier la haine."
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